
Une quête initiatique à Bagdad
Grand amateur de contes, le calife de Bagdad organise un concours épique : dans trois ans, mille et un conteurs s'affronteront. Le gagnant connaîtra gloire et richesse, le perdant testera le supplice du pal. Les cinq meilleurs conteurs de Bagdad se lancent donc dans un long voyage, chacun prêt à raconter à son retour ce qu'il a découvert à sa façon.
Parmi eux : Nazim, Tarek, Wahid (en réalité Wahida, une femme déguisée en homme), Ahmed (l'enfant du calife) et Anouar, le vieux maître de Tarek. Ce dernier est réputé le meilleur conteur, mais ses histoires sont trop inquiétantes pour le citoyen moyen. Il refuse d'ailleurs de s'inscrire à cette « connerie » : « Je pisse dans la bouche du calife et je chie méthodiquement dans les plis de son turban », lance-t-il provocateur.
Avant de partir, moyennant vingt dinars, nos héros consultent la meilleure devineresse de Bagdad. C'est une très mauvaise idée. La prédiction inclut, entre autres calamités, le meurtre d'Anouar par le gentil Nazim et le mariage de Tarek avec Wahida. Ils se mettent en route dans une ambiance plutôt lourde, conscients du destin qui les attend.
Un roman graphique dense et structuré
Après la publication de La Nuit de l'Inca chez Dargaud dans la collection Poisson Pilote, Vehlmann et Duchazeau se retrouvent pour signer un nouvel album merveilleux. Les Cinq conteurs de Bagdad paraît dans la collection Long Courrier : un one-shot de 68 pages, véritable roman graphique au scénario très structuré et dense.
L'histoire emmène ses lecteurs dans une multitude de récits qui rivalisent d'imagination, de ridicule et de merveilleux. Les auteurs lancent leurs personnages dans un voyage initiatique qui les transformera irrémédiablement. Bien que connaissant dès le début la fin de leur périple, les personnages se découvrent d'étape en étape à travers leurs différentes rencontres et les contes qu'ils entendent.
La puissance de la parole et du conte
Ces histoires sont aussi l'occasion d'une réflexion profonde sur la parole, ses effets et son but final. Comme l'exprime le récit : « offrir un peu de rêve et de soleil » ou, plus ambitieusement, « changer la manière de voir les choses de ceux qui l'entendront et changer le regard sur le monde, c'est déjà changer le monde ».
L'art graphique de Duchazeau : maîtrise et luminosité
Dès la couverture, on reconnaît le « style Duchazeau ». Ses caractéristiques demeurent présentes : utilisation des hachures et expressivité des visages. Cependant, le dessin paraît plus maîtrisé et abouti. Le dessinateur laisse davantage de place aux décors en arrière-plan, tout en renouant parfois avec les aplats de couleurs sur lesquels se détachent les personnages.
Son graphisme se démarque particulièrement par son jeu subtil sur la luminosité. Duchazeau alterne habilement les scènes lumineuses aux atmosphères sombres, transportant ainsi le lecteur d'univers en univers avec fluidité et poésie.
Informations pratiques
Titre : Les Cinq conteurs de Bagdad
Auteurs : Scénario de Vehlmann, dessin de Duchazeau, couleur de Walter
Éditeur : Dargaud
Collection : Long Courrier