
Un univers oriental mystérieux et captivant
Dans « Les Chercheurs de Trésor », le lecteur est dès la première planche plongé dans un monde oriental, dans un univers des Mille et Une Nuits. David B. ancre son récit à Bagdad en l'an 808, sous le règne du Calife Haroun al-Rachid. Lors d'une réunion de la corporation des chercheurs de trésor, le bourreau du Calife montre à ses compagnons une pièce d'or trouvée dans la poche d'une de ses victimes. Cette pièce possède une particularité fascinante : elle n'a pas d'ombre. Et elle n'est pas la seule. L'Hérétique, un autre membre de la corporation, n'a plus d'ombre non plus. Une nuit, réfugié dans les ruines du Château de Mug, il se l'est fait voler par des êtres étranges qui marchaient à l'intérieur de son âme.
Comme l'ombre d'un homme est précieuse, les chercheurs de trésor décident de retrouver le voleur. Celui-ci se révèle être le Prophète voilé, que l'on croyait mort brûlé. Les rumeurs courent à son sujet : il aurait soixante-douze visages et pourrait en changer à volonté, ou il se cacherait parce qu'il serait lépreux. Mais son mystère reste entier...
Un mélange impressionnant de mythes et de genres
L'auteur de L'Ascension du haut-mal (dont le tome 1 fut nominé à Angoulême pour le « meilleur album de l'année » en 1997, et dont le tome 4 reçut le prix du « meilleur scénario » en 2000) nous livre une nouvelle fois un univers très personnel et original. « Les Chercheurs de Trésor » ne se limite pas à un simple conte oriental, mais se caractérise par un brassage impressionnant de mythes. David B. mélange allègrement les genres et évite ainsi une classification sclérosante de son œuvre.
À l'univers des Mille et Une Nuits se mêle celui des feuilletons du début du siècle, qui tiennent le lecteur en haleine jusqu'au prochain épisode : « Le Bourreau et le Fantôme sortiront-ils de la Nuit ? Le Prophète voilé arrivera-t-il à s'emparer du trône du Calife en dansant ? Que se cache-t-il derrière son voile ? Quelle menace pèse sur la princesse Diya et sur Nasir ? Vous le saurez en lisant La Ville froide. » À la lecture de ce premier tome, où le thème de la disparition des ombres des personnages est particulièrement bien exploité, il serait étonnant que vous n'ayez pas envie de lire la suite.
Un travail graphique remarquable sur les contrastes
Je vous conseille vivement d'entrer dans ce monde sombre et inquiétant, mais aussi fascinant et lumineux, grâce à une mise en couleur magnifique (point à souligner quand on sait que David B. est considéré comme un maître du noir et blanc). Le dessin de David B. joue constamment sur le contraste entre les ombres et les parties brillamment enluminées. L'auteur est très à l'aise pour dépeindre une multiplicité de personnages impressionnants, comme le Bourreau de Bagdad, à la fois effrayant et émouvant, et des créatures extravagantes.
Une maquette soignée et immersive
Il faut aussi noter le travail soigné porté sur la maquette du livre. La quatrième de couverture est complètement dessinée et s'inscrit comme une dernière planche de l'album, nous plongeant un peu plus dans l'univers du feuilleton. Les pages de couvertures intérieures sont elles aussi exploitées par l'auteur pour nous présenter les personnages. En résumé, une œuvre à lire et à relire pour en mesurer toute la richesse.
Informations pratiques
Série : Les Chercheurs de Trésor
Titre : Tome 1 – L'Ombre de Dieu
Auteur : Scénario et dessins de David B.
Éditeur : Dargaud
Collection : Poisson Pilote
Du même auteur
Chez Dargaud :
- Urani avec Joann Sfar
- Hiram Lowatt & Placido avec Christophe Blain
Chez Dupuis :
- La Lecture des ruines
Chez L'Association :
- L'Ascension du haut-mal