
Le Tueur à Cuba : une mission qui remet tout en question
Cuba. Le Tueur est à La Havane, en mission. Sa cible : un jeune et brillant Cubain très proche de la présidence, commissaire spécial en charge des affaires pétrolières. De toute évidence, le Tueur est ici l'instrument d'intérêts stratégiques américains.
Mais cette fois, le scénario n'est plus aussi limpide que lors de ses précédents engagements. Le Tueur est réticent à aller jusqu'au bout, il n'aime ni la mission qu'on lui a confiée, ni l'identité et les motivations de ses commanditaires. Alors, pour la première fois, il va se laisser aller à jouer double jeu : sauver la mise de sa cible tout en donnant le change à ceux dont il est l'exécuteur.
Un jeu particulièrement dangereux, évidemment. Pas de quoi affoler le Tueur. Le danger, il connaît. Et que ne ferait-il pas pour complaire à l'officier traitant que lui ont affecté les Cubains, la sculpturale Katia... (Présentation Casterman)
Un personnage charismatique en crise de conscience
En cette rentrée littéraire, l'un des personnages les plus charismatiques de la bande dessinée de cette décennie refait surface : Le Tueur. Ce personnage n'a pas d'autre nom que ce qualificatif tranchant décrivant son caractère froid et implacable. Les auteurs Matz et Jacamon ont créé une véritable personnalité complexe que le lecteur découvre au fil des albums.
Son long monologue révèle au lecteur ses pensées et ses réflexions absolument non orthodoxes sur la vie, l'hypocrisie de la société et bien d'autres sujets. Dans les premières planches de ce septième album, il nous confronte de manière brutale aux turpitudes et aux atrocités que nos sociétés occidentales, soit-disant si policées et civilisées, ont commises. Son raisonnement implacable bouscule sans ménagement la bonne conscience du lecteur.
L'évolution d'un tueur : du doute à la rébellion
Depuis qu'il est sorti de sa retraite (que l'on pensait à tort définitive), le Tueur enchaîne les plans foireux qui le dépassent complètement. Tuer est son métier, qu'il exécutait sans état d'âme. Déjà dans le sixième album, des questions avaient commencé à le tarauder pour la première fois de sa carrière d'exécuteur.
Dans ce dernier tome, il décide carrément de ne pas exécuter son contrat et de donner le change à ses commanditaires. Ce double jeu s'avère dangereux, mais il n'a pas d'autre choix que d'accepter d'être manipulé par les uns et les autres. Le Tueur qui devient un pion... C'est un comble ! Cette faille rend ce personnage implacable encore plus attachant auprès du lecteur.
Le lecteur ne peut s'empêcher d'apprécier ce personnage, pourtant meurtrier et cynique. Ce début de changement permet aux auteurs de donner plus de profondeur à leur anti-héros et de leur offrir un nouvel espace narratif à explorer. Il reste à voir dans le prochain album où tout cela va le mener.
Un scénario captivant et des illustrations magistrales
Du point de vue narratif, Matz construit un scénario captivant. On se plonge dans ce polar aux dimensions politiques avec un plaisir indéniable, qui confirme la qualité du premier cycle.
Jacamon retrouve toute sa maîtrise dans ce septième tome pour nous livrer des planches magnifiques. Chaque case constitue à elle seule un plan cinématographique. L'auteur sait alterner intelligemment les effets pour éviter toute lassitude du lecteur. À la fin de l'album, il éclate complètement la mise en page classique pour donner l'impression de chaos causé par la fusillade en cours.
Ce deuxième cycle du Tueur semble prendre le chemin du succès tracé par les cinq premiers albums, salués par un véritable plébiscite des lecteurs.
Informations sur la série
- Série : Le Tueur
- Titre : Le Commun des mortels
- Auteurs : Jacamon – Matz
- Éditeur : Casterman