
"Espagne, années 1920. Dans un village perdu où les croyances ancestrales et les superstitions vont bon train, la petite Artemis est irrésistiblement attirée par l'astre lunaire. Mais, la nuit, elle est en proie à de terribles cauchemars et rêve que son frère va connaître un sort funeste. De sombres présages qui deviennent triste réalité quand il périt, noyé au fond d'un puits. Dès lors, Artemis s'enferme chez elle pour ne plus voir personne. Jusqu'au jour où elle renaît à la vie pour connaître à nouveau le bonheur." (Présentation Dargaud)
Un conte fantastique espagnol revisité
En cette fin d'année, deux auteurs espagnols nous offrent un beau conte fantastique. Le Signe de la Lune est à l'origine une œuvre de 24 pages réalisée par Enrique Bonet et éditée en 1995 dans un tirage limité à 150 exemplaires. Fasciné par cette histoire, José Luis Munuera s'associe à Bonet pour l'étoffer et en faire un album complet. Le résultat : un très bel ouvrage de 136 pages.
Un récit initiatique entre onirisme et cruauté
Le lecteur se plonge dans un récit dense où les légendes se mêlent à l'aventure. Les auteurs ont choisi une structure en deux parties correspondant à deux âges de la vie : l'enfance et l'âge adulte. Le récit prend alors des allures de parcours initiatique. Même si les personnages grandissent, ils continuent d'être influencés par les mythes, Artemis restant attirée par la Lune. Malgré cet univers chimérique, les personnages sont confrontés à des réalités bien plus cruelles. Une tension permanente entre ces deux pôles—onirisme et cruauté—sous-tend l'album.
Symbolique et univers des contes traditionnels
Les auteurs reprennent des motifs et des personnages typiques des contes, créant ainsi un univers riche de symboles. Pour les motifs, on retrouve le monstre au fond du trou et le loup comme figure de menace, les images de la forêt et de la lune envoûtante, le chaperon rouge... Côté personnages, apparaissent la Guérisseuse, les enfants, le charlatan, la vieille femme qui narre le conte, l'homme monstre et l'homme qui parle aux animaux.
Cependant, certains personnages mériteraient d'être davantage développés. Quelle est par exemple l'histoire de la Guérisseuse et de ce mystérieux étranger qui ne vieillit pas ? L'objectif des auteurs est peut-être de renforcer leur exotisme, mais le lecteur reste un peu sur sa faim.
Un graphisme envoûtant et maîtrisé
Avec Le Signe de la Lune, José Luis Munuera (dessinateur de Nävis, de Merlin et de certains albums de Spirou et Fantasio) change de registre. Pour son graphisme, il utilise une technique mixte de lavis à l'aquarelle et postproduction à l'ordinateur, qui lui permet de jouer sur les effets de profondeur et de lumière. Le noir et blanc ainsi que les effets de brume créent un univers envoûtant et accentuent le suspens.
Munuera joue également sur une mise en page variée pour rythmer les 136 pages et sur des cases en pleine planche pour donner du souffle à l'ensemble. La belle maquette de l'ouvrage et le papier épais font honneur au travail magistral des auteurs.
Informations pratiques
Titre : Le Signe de la Lune
Scénario : Enrique Bonet
Dessin : José Luis Munuera
Éditeur : Dargaud
Collection : Long courrier
Pour plonger encore plus en profondeur dans cet univers, consultez le blog officiel des auteurs.