
Pills découvre le corps de Stéphanie
Pills courut jusqu'à sa voiture. Il démarra en trombe et poussa son véhicule à son maximum pour tailler la route aussi vite que le son.
Pills oublia que Wolf avait disparu. Il s'en contrefichait. Il sentait le cœur de Stéphanie battre à distance. Tout ce qu'elle avait pu faire n'avait plus d'importance.
Il se souvint alors du temps où les battements de leurs cœurs étaient synchronisés. Il se souvrit qu'il l'aimait. La voiture roulait si vite qu'elle percuta un panneau « STOP » qui fit voler le pare-brise en éclats, mais qui n'enleva pas le pied de Pills de l'accélérateur. Le soleil se levait et abreuvait les routes désertes de ses rayons. Pills stressait. La sueur le recouvrait. Il avait les mains qui tremblaient sur le volant. Il espérait de tout son cœur que cette vision était fausse.
Une fois devant leur maison, il sortit de sa voiture avec tant de hâte qu'il trébucha et tomba sur le gazon. Il ne frappa pas à la porte. Une fois à l'intérieur, il cria son prénom, mais rien. Il le cria à s'en égosiller. Il ouvrit les portes une à une, puis derrière la porte de la salle de bains, elle était là, couchée, froide, sans vie.
Une grosse larme chaude perla sur la joue de Pills, qui s'agenouilla au-dessus d'elle. Il pleurait en lui caressant le visage. Son visage si fin était labouré d'un côté. D'abord, Pills pensa que c'était un cauchemar. Elle ne pouvait pas le laisser pour toujours.
Il aurait tellement voulu lui dire qu'il regrettait de n'avoir pas été un bon mari, de ne pas l'avoir assez chérie. Mais il était trop tard. Pills se releva en soulevant le corps de Stéphanie et, les yeux humides, la porta jusque dans la voiture.
La lettre de Wolf et la fuite vers les Pyrénées
Pills se souvint alors qu'il y avait une lettre par terre dans la salle de bains. Pills posa Stéphanie dans la voiture et retourna chercher l'enveloppe.
À Pills,
« Tu sais, en anglais, Wolf veut dire loup, mais je penche côté lézard en ce moment. Je me suis dit que je devais aller voir Stéphanie de ta part, mais elle a hurlé en me voyant. J'ai paniqué, et je l'ai tuée. Après, je passerai à tes parents, et puis ce sera à toi. Au fait, tu avais raison, ça abîme le cerveau. Tu dois te sentir comme le Docteur Frankenstein devant la créature que tu as engendrée. Mais ne t'inquiète pas, Beethoven est là, le violon aussi, le sang sera au rendez-vous. Un dernier conseil, Pills : ne ferme plus jamais les yeux. »
Pills déchira la lettre, jeta les morceaux et leva les bras au ciel en hurlant. Ses jambes cessèrent de le porter ; il s'écroula.
Couché, il réfléchissait : que faire ? Pour ses parents, pas de crainte, il y a longtemps qu'ils étaient en lieu sûr. Pills avait un chalet dans les montagnes des Pyrénées. Il prit la direction des Pyrénées-Orientales. Il roula jusque dans la nuit. Puis une fois arrivé, il sortit Stéphanie, lui coupa une mèche de cheveux. Ensuite, il sortit une pelle et une pioche et enterra Stéphanie dans le jardin. Au lieu d'aller se coucher, Pills sortit des catalogues de matériels électroniques et passa le reste de la nuit à sélectionner ce dont il avait besoin. La photo de son épouse sur le bureau, il commanda pour des fortunes de matériel.
Il reconstruit son laboratoire dans son sous-sol. Pills ne buvait plus d'alcool, car l'alcool détruit les cellules nerveuses et il en avait trop besoin.
Au bout d'un mois, le laboratoire fut achevé. Il sortit la mèche de cheveux, puis le téléphone sonna :
— ALLO ?
Aucune réponse. Pills raccrocha et sortit. La forêt était calme et des animaux nocturnes s'agitaient. Du ciel chargé, une goutte tomba sur Pills. Il alla se coucher.
Relire l'acte 01 (pour une compréhension optimale)
L'affrontement final entre Pills et Wolf
Pills et le monstre, qui n'était autre que Wolf, se regardaient en silence.
Pills arma son fusil.
— Docteur, rendez-moi mon apparence.
— Demande à Stéphanie.
Et il lui envoya une cartouche dans le thorax. Wolf tomba sur le dos et glissa sur deux mètres. De la fumée sortait des trous creusés par les plombs du fusil.
Pills jeta les cartouches et en remit deux autres. Wolf se releva, l'air déséquilibré. Pills tira. Wolf retomba en vomissant des flots de sang noir. Pendant que Pills cherchait d'autres cartouches, Wolf lui prit l'arme et la cassa en deux. Pills envoya un coup de poing à Wolf qui l'arrêta net. Il envoya alors son poing gauche, mais lui aussi fut stoppé. Wolf lui broya les doigts, et Pills sentit quelque chose s'enrouler autour de son cou. La queue de Wolf se resserrait sur lui, les articulations de Pills craquaient.
Pills, sur le point de faiblir, revit le sourire de Stéphanie et mordit si fort dans la queue de Wolf qu'il en arracha un bout. Ce dernier sauta au plafond et y resta accroché.
Pills recracha le bout de viande et ouvrit le tiroir, il en sortit un couteau de boucher.
— Allez, Wolf, descends, qu'on en finisse.
Wolf lui tomba dessus. Pills lui envoya un coup de couteau de toutes ses forces ; le bras gauche de Wolf tomba sur la table, renversant les fioles de mixtures.
Pendant que Wolf constatait son amputation, Pills lui planta le couteau dans le dos. Mais Wolf le sentit à peine, seul son sang noir s'écoulait de sa bouche.
Un éclair tomba sur le portail, dans un délire d'étincelles.
Pills ramassa une bouteille de whisky pendant que Wolf arrivait en titubant. Puis il se dirigea vers la cuisinière et, le monstre toujours à ses trousses, il ouvrit le gaz. Le monstre s'arrêta en face de lui.
— Wolf, il y a assez de produit inflammable pour faire voler cette pièce en éclats. Recule, ou je fais tout péter.
— Du bluff !
Pills devint triste et sa bouche articula une dernière fois :
— Pour Stéphanie !
Il but une gorgée de whisky, alluma la flamme de son briquet et il cracha le whisky sur Wolf.
Le visage de ce dernier prit feu et le feu entra en contact avec le gaz et les produits. Tout explosa si fort qu'un hibou à des kilomètres de là déguerpit.
Leurs corps furent déchiquetés, pulvérisés, vaporisés dans l'oubli.
Épilogue : le secret du minuteur moléculaire
Pills, Wolf, Stéphanie, tous morts. Dans le sous-sol secret du chalet, tout était intact. Il y avait là-bas le minuteur moléculaire toujours en marche, en train de reconstruire Stéphanie.
« Quand elle sera réveillée, elle trouvera un livre écrit de ma main où figure tout ce qu'elle a à savoir sur elle et sur moi. Il y a les instructions pour qu'à partir de ma mèche de cheveux, la machine me reconstruise. Il y a le journal de ma vie et de la sienne, les instructions et les codes pour sortir du sous-sol.
Au moment où j'écris ces lignes, je sais que je vais devoir affronter le résultat de ma haine : Wolf. Je sais aussi que je vais mourir.
Mais j'espère que Stéphanie, une fois réveillée, aura la grâce de me ressusciter, pour qu'enfin nous vivions heureux.
Car si je me réveille, jamais je ne détournerai mon regard de ses beaux yeux, parce qu'au fond, nul doute, c'est elle que je veux. »
Docteur J. F. PILLS
— FIN —
Cette histoire est dédiée à chaque lecteur :)
Scénario : Azzoug Alexandre et Serra Pierre
Écriture : Azzoug Alexandre
Correction des fautes d'orthographe : Scheromm Pascale
Publié en 2001 dans le livre « Quand les jeunes écrivent la science ».