
Un thriller romanesque à Paris en 1843
Nous sommes en 1843. La Vengeance du Comte Skarbek raconte, en diptyque, les tribulations romanesques d'un peintre, Louis Paulus, de retour d'exil. Sous l'identité du Comte Skarbek, le peintre revient à Paris pour confondre un célèbre marchand de tableaux véreux, Daniel Northbrook. Pour ce faire, il usera des « talents » de son ancienne muse, la belle Magdalène. Flash-back et témoignages ponctuent le procès plein de rebondissements qui s'étale sur les deux albums. On ne s'attend pas à un tel dénouement, qui mêle fiction et réalité, revisite même l'Histoire et fait tomber les masques de la plus surprenante des façons. Du grand art ! Un passionnant thriller romanesque dans la lignée des grands feuilletons populaires de Victor Hugo et d'Alexandre Dumas. La Vengeance du Comte Skarbek est une fiction rigoureusement documentée, qui dépeint avec réalisme la société parisienne et l'univers des artistes romantiques du XIXe siècle.
L'atmosphère du Comte de Monte-Christo revisitée
Sente et Rosinski offrent une sombre histoire de vengeance qui évoque l'atmosphère du Comte de Monte-Christo de Dumas. Les références aux artistes du XIXe siècle sont légion. Dans la partie du procès, les portraits des avocats font irrémédiablement penser aux tableaux et dessins d'Honoré Daumier sur cette profession, notamment dans les années 1865-1868. Le scénariste Yves Sente voulait « montrer que la BD est une vraie discipline artistique en jetant des ponts entre écriture BD et littérature, entre dessin BD et peinture ».

Un scénario construit sur le mécanisme de la révélation
Le scénario est très bien monté et joue sur le mécanisme de la révélation faite petit à petit au fil des planches. Le scénariste place le lecteur dans la position de ceux qui sont dans la salle d'audience. Nous assistons en même temps qu'eux aux révélations du comte et sommes tout aussi avides de savoir la fin de son récit. Tout le scénario de Sente est entièrement axé sur du ressentiment.
La dualité du héros : vengeance et justice
Le visage à moitié détruit du héros indique que l'irréparable a été commis. Il revient à Paris pour plonger en pleine lumière les escrocs, pour qui la peinture n'est plus qu'un objet de spéculation. Mais ce visage scindé rend perceptible un duel intérieur chez le héros. Est-il bon ? Sera-t-il contaminé par la hideur de la société ? Sa recherche de la justice ne le plongera-t-elle pas dans le délire et le crime ? Sa capacité à être ambidextre est un autre signe de la dualité de ce personnage trouble.
Contrairement au Comte de Monte-Christo, le héros de Yves Sente va imaginer une vengeance « économique ». Selon le scénariste : « Ses ennemis seront punis par où ils ont péché ».

L'art pictural au cœur du dessin de Rosinski
Ce scénario convient parfaitement au talent du peintre-dessinateur Rosinski qui livre avec La Vengeance du comte Skarbek une BD hautement chargée en peinture. Ayant toujours refusé la mise au net par le trait, Rosinski a véritablement peint La Vengeance du comte Skarbek sur des planches de 1 mètre sur 70 centimètres à la verticale. Pour donner toute sa mesure à son travail, l'histoire est éditée en deux albums en grand format.
Les couleurs chatoyantes de Magdalène
Comment ne pas apprécier les tableaux du Comte représentant la sublime Magdalène ? Les couleurs sont chatoyantes, le rouge de la chevelure de Magdalène contrastant avec la noirceur du monde décrit dans l'album. Rosinski se plaît souvent à confronter dans la même case le modèle plein de sensualité et la force du tableau le représentant. Le thème ancien du peintre et du modèle est ainsi revisité par Rosinski et Sente.
Fiche technique
Titre : La Vengeance du comte Skarbek, premier chapitre
Auteurs : scénario de Yves Sente, dessin de Grzegorz Rosinski
Éditeur : Dargaud