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Livres

La supplication, leur supplication

La Supplication de Svetlana Alexievitch donne la parole aux victimes de Tchernobyl. Une enquête littéraire bouleversante, composée de témoignages poignants sur cette catastrophe nucléaire.

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Qu'est-ce que « La Supplication » de Svetlana Alexievitch ?

La Supplication est un livre sous forme d'enquête littéraire, composé de témoignages et de réflexions de personnes ayant côtoyé ce désastre humanitaire.

C'est en quelque sorte l'histoire de cette catastrophe nucléaire vue et vécue par ceux qui l'ont subie. Pas une histoire romancée, mais une réalité vécue par des milliers de personnes qui, encore aujourd'hui, subissent les conséquences.

Qui est Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature ?

Svetlana Alexievitch est une écrivaine et journaliste biélorusse. Elle écrit pour donner la parole aux oubliés de l'histoire, pour contredire les messages officiels. Il paraît qu'elle a développé un cancer dû à ses nombreux passages dans les lieux irradiés. Elle a également subi de nombreux heurts avec le pouvoir de son pays.

Ce livre est avant tout un recueil de confidences, d'émotions, de douleurs et d'incompréhensions qu'ont eues « les autres » face à ce malheur quasiment invisible. Ce livre donne la parole aux contaminés, aux oubliés de Tchernobyl.

La parole des « liquidateurs » : témoignages poignants

Pour commencer, voici une phrase d'un soldat envoyé pour décontaminer la zone, qui m'a donné à réfléchir :

« Avant notre départ, on nous a prévenus que les intérêts de l'État exigeaient le maintien du secret sur ce que nous avions vu. À part nous, personne ne sait vraiment ce qui s'est passé là-bas. Nous n'avons rien compris, mais nous avons tout vu. »

Voilà, grossièrement, l'esprit politique de ce pays : voir et se taire, ne rien dire, se taire à jamais !

Je pense que nous-mêmes avons été bernés. On a essayé de nous faire croire que ce fameux nuage s'arrêtait à nos frontières... Stop, ici la France, nuage tu ne rentreras pas... et pourtant.

La catastrophe de Tchernobyl : comprendre l'ampleur

Le 26 avril 1986, à 1h23, le réacteur et le bâtiment de la quatrième tranche de la centrale nucléaire de Tchernobyl furent détruits par une série d'explosions.

Ce fut un désastre pour plus de 10 millions de Biélorusses, qui avaient déjà subi lors de la Seconde Guerre mondiale une destruction en masse de leurs villages par les nazis. Tchernobyl a détruit 485 villages. Le territoire ukrainien est touché à 4,8 %, celui de la Russie à 0,5 %...

La propagation du nuage radioactif

Selon les observations du 29 avril 1986, un haut niveau de radiation fut enregistré dans différents pays comme la Pologne, l'Autriche et la Roumanie.

Le 30 avril 1986, ce fut au tour de la Suisse, de l'Italie du Nord. Les 1er et 2 mai : la France, la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et le Nord de la Grèce. Le 3 mai : Israël, le Koweït, la Turquie...

Mais hélas, cela ne s'arrête pas là. Les substances gazeuses et volatiles projetées à très haute altitude eurent une diffusion globale : le 2 mai, au Japon ; le 4, en Chine ; le 5, en Inde ; les 5 et 6, aux États-Unis et au Canada !

Voilà pour cette note informative sur la progression de ce nuage venu de Tchernobyl.

Un livre polyphonique sur le monde de Tchernobyl

Ce livre est fait de textes divers, de longs monologues, de cris, de SOS, de douleurs... Svetlana Alexievitch a voyagé durant trois années dans ce Tchernobyl. Elle a questionné des travailleurs de la centrale, des médecins, des soldats, des anciens fonctionnaires, des hommes, des femmes, des paysans, des intellectuels...

Elle explique d'ailleurs :

« Un évènement raconté par une seule personne est son destin. Raconté par plusieurs, il devient l'histoire. Voilà le plus difficile : concilier les deux vérités, la personnelle et la générale. Et l'homme d'aujourd'hui se trouve à la fracture de deux époques... »

Il faut dire que Tchernobyl n'est pas la seule catastrophe de ce pays. Il reste l'autre : la catastrophe sociale, celle de cet immense pays socialiste qui a fait naufrage, où il faut trouver de l'argent pour vivre. En dehors de leurs préoccupations de santé, ils sont aussi préoccupés par le quotidien.

Ce livre ne parle pas vraiment de Tchernobyl, mais plutôt du monde de Tchernobyl, de ceux qui ont fait une vie après cette catastrophe, qui vivent avec, qui souffrent avec.

Ce livre est le témoin de ces vies gâchées, de ce monde différent. Des aveux, des tourments de ces gens presque comme tout le monde sont décrits ici, des vérités dites sans artifice.

J'ai trouvé ce livre très dur, très émouvant. Il y a de très forts passages, comme ceux sur les conséquences directes des radiations sur le corps humain.

Extrait émouvant : monologue d'un habitant de la zone

Monologue sans titre – un cri...

« Bonnes gens, laissez-moi tranquille ! Nous autres, nous habitons ici. Vous, vous allez causer et repartir. Mais nous resterons !

Regardez ces cartes médicales. Je les prends. Je les compulse chaque jour !

Ania Boudaï, née en 1985 : 380 rems.
Vitia Grinkevitch, né en 1986 : 785 rems.
Nastia Chablovskaïa, née en 1986 : 570 rems.
Aliocha Plenine, né en 1985 : 570 rems.
Andreï Kotchenko, né en 1987 : 450 rems...

On prétend que ce n'est pas possible. Comment peuvent-ils vivre avec une thyroïde pareille ? Mais c'est la première fois qu'un tel événement se produit dans le monde. Je lis... Je vois... Jour après jour. Pouvez-vous être d'un quelconque secours ?

Non ! Alors, à quoi bon venir ? Nous poser des questions ? Nous toucher ? Je ne veux pas faire commerce de leur malheur, ni philosopher là-dessus. Bonnes gens, laissez-moi ! C'est à nous de rester vivre ici. »

Pourquoi lire La Supplication aujourd'hui ?

Pour finir, je n'ai pas l'intention de vous donner plus d'extraits de ce livre. À vous de le lire, à vous de ressentir...

Écoutez les voix de ces suppliciés de Tchernobyl...

Nous sommes l'air, pas la terre...

Merab Mamardachvili

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