
« Il sera exactement cinq heures du soir sous la pluie froide de novembre quand la camionnette du libraire Vollard, lancée à vive allure sur l'avenue, heurta de plein fouet une petite fille qui se précipite soudain sous ses roues. »
Un drame absurde et irréparable
Dans un récit, tout peut avoir lieu. Même le pire : l'absurdité irréparable, la violence des hasards décisifs, le temps suspendu entre la vie et la mort.
C'est ce que raconte Pierre Péju en mettant des mots sur les maux, en glissant d'une blessure à l'autre. De la librairie à l'hôpital, de l'hôpital à la librairie, son écriture simple et délicate tisse une histoire grave mais toujours sobre, juste, émouvante.
La rencontre de trois solitudes
Aussi pudique que la rencontre singulière et tragique de trois solitudes. Celle de « l'enfant privée d'enfance », celle de sa maman « transparente » et vaguement mère, celle du gros libraire « encombré de lui-même ».
Le pouvoir des mots face au coma
Il faut lui parler à cette petite fille plongée dans le coma. Alors le libraire hypermnésique lui récite des contes, des textes qui reviennent au hasard mais dont il se souvient toujours à la perfection. Hugo, La Fontaine, Nabokov, Sarraute... La « rugueuse voix des livres » jusqu'à la victoire, qui est aussi une défaite : Eva (la petite fille comateuse) quitte l'hôpital mais elle ne parlera plus.
Les promenades dans le massif de la Grande Chartreuse
Main dans la main, mutisme contre mutisme, Eva et le « berger des lettres » se retrouvent alors pour des promenades entre les plis du massif de la Grande Chartreuse. La force de la nature pourra-t-elle lutter contre « ce regard pas même triste mais vide, insoutenable d'abandon » de l'enfant cloîtrée ? Un roman, même lorsqu'il est écrit en virtuose, ne finit pas toujours bien...
Pourquoi lire La Petite Chartreuse ?
Qu'importe, puisque c'est ainsi que des histoires et des vies traversent alors la vie : de plein fouet.
Il faut lire et faire lire La Petite Chartreuse !