
Une quête épique dans les Andes : le synopsis de La Nuit de l'Inca
Maki le manchot traverse le village avec ses lamas. Comme d'habitude, les enfants lui jettent des cailloux, sauf le petit Cuzquiño, qui prend toujours sa défense. Ils montent sur les hauts plateaux avec les lamas, et Maki raconte à l'enfant une vision qu'il a eue ici un soir. Il a cru lire dans les étoiles qu'un jour prochain, le soleil ne se lèverait plus. « Carrément ? » demande Cuzquiño, un brin sceptique. Mais voilà qu'en effet, après un superbe coucher de soleil sur les lamas, le jour ne revient pas et on entend des cris monter du village. « Le soleil ne s'est pas levé ! Punaise de punaise ! » (Présentation Dargaud)
L'éclipse comme point de départ du scénario
Les histoires d'éclipse au pays des Incas ne sont pas rares en bande dessinée, et l'album de Tintin Le Temple du soleil revient dans toutes les mémoires. Mais ici, le scénariste Vehlmann pousse le mécanisme de l'éclipse jusqu'à la disparition complète du soleil, qui devient le point de départ du scénario. Cette disparition constitue l'élément perturbateur qui va bouleverser la vie de Maki et le lancer malgré lui à la quête du soleil.
De plus, les auteurs nous mènent au pays des « huacas » (présences surnaturelles, sacrées). L'histoire se déroule donc sur fond de superstition, et on retrouve toutes les images attendues de la civilisation des Incas.
Maki, un personnage marginal et élu des dieux
La marginalité de Maki se caractérise par son infirmité physique : il n'a plus qu'un bras. Étonnamment, le dessin laisse parfois penser que Maki a aussi une jambe de bois (plusieurs cases donnent cette impression, même s'il n'en est rien). À cause de cette infirmité, il est repoussé par son village.
En tant que marginal, Maki est aussi proche des divinités, ce qui lui vaut d'être détesté par Ruphasqa, le gardien des huacas. Maki devient finalement une sorte d'élu des dieux.
L'art graphique lumineux de Duchazeau
Au niveau graphique, une des réussites de cet album est d'être très lumineux alors que durant tout le récit les Incas sont plongés dans le noir. Les nombreuses images frappent par leur beauté, à commencer par la couverture qui attire immédiatement l'œil. La séquence du coucher de soleil est vraiment magnifique, et à la fin de celle-ci, les auteurs offrent une superbe image de Maki les pieds dans l'eau, dans laquelle se reflètent les étoiles.
Les techniques de dessin remarquables
On apprécie les bulles travaillées et le lettrage fait à la main et non à l'ordinateur. Duchazeau a travaillé le côté graphique des onomatopées, comme on peut le voir à la planche 21 ou la planche 29 quand un homme souffle dans un coquillage. Le dessinateur donne beaucoup de vivacité à son personnage en s'intéressant au mouvement. Par exemple, à la planche 13, Maki fait un mouvement de tête qui est rendu par le dessin des deux états de la tête avant et après le mouvement.
La composition des plans
Une singularité dans le dessin se fait jour : quand le dessinateur se concentre sur un ou quelques personnage(s), il y a peu de décor. Ainsi, souvent il n'y a pas de profondeur de champ, et donc pas de second plan. Nous sommes en plan rapproché sur les personnages. Il faut attendre de grandes assemblées de personnages pour que le décor soit plus élaboré.
Une bande dessinée de charme et d'originalité
Encore une fois, la collection Poisson Pilote nous livre une BD qui a beaucoup de charme. On se laisse prendre par sa subtilité et son originalité. Cet album mêle admirablement humour et émotion. Mais il faudra attendre le deuxième album pour connaître la fin du périple de Maki.
Informations complémentaires
Vous pouvez lire une brève interview de Duchazeau dans le numéro 73 de La Lettre (septembre/octobre) publiée par Dargaud.
Titre : La Nuit de l'Inca
Auteurs : scénario de Vehlmann, dessin de Duchazeau, couleur de Walter
Éditeur : Dargaud
Collection : Poisson Pilote