
Un héritage qui tourne au cauchemar
Indalecio Gomez et sa famille sont ravis : ils viennent d'hériter d'une vieille tante une maison à la campagne, avec terrain, rivière et tous les agréments. Hélas, les Gomez déchantent rapidement en découvrant les lieux : la maison n'est qu'une masure et la rivière plus que l'ombre d'elle-même. Qu'à cela ne tienne, pensent-ils, les travaux adéquats sauront redonner à la bâtisse et à son environnement son lustre d'antan ! Mais c'était compter sans les précieuses reliques archéologiques du campement celte qui se trouve tout près – interdit d'y toucher, bien sûr – et sans l'accord de la municipalité, qui se fait beaucoup attendre...
C'est une bande dessinée surprenante qui a fait son apparition dans le catalogue de Casterman en août dernier. La demeure des Gomez, album scénarisé et dessiné par l'Espagnol Miguelanxo Prado en 2005, nous conte une véritable chronique sociale dans l'Espagne contemporaine.
Une critique sociale sans complaisance
Ici, pas de super-héros ni d'événements incroyables, mais la vie quotidienne et banale, où des petites gens se font rouler par des plus rusés qu'eux. Comme souvent, Prado porte un regard désabusé sur la société dont il enregistre les moindres changements, qu'ils soient urbanistiques ou économiques. L'auteur détaille tous nos travers : mesquinerie, mensonge, naïveté, escroquerie.
L'art de raconter une descente inéluctable

L'exercice tenté par l'auteur aurait pu être périlleux et tomber rapidement dans une critique lourde et stérile. Rien de tout cela avec Prado, qui évoque la descente de la famille Gomez avec une justesse impeccable. Pas d'élément superflu, mais six actes qui s'enchaînent de manière imparable à partir d'un mauvais choix initial. Cependant, Prado ne sombre pas dans le cynisme complet puisqu'au final, la petite famille s'exclame : « C'est la belle vie ». Les dialogues sont percutants et toujours très réels.
Un graphisme au service de l'émotion
Le graphisme de l'album est clair et lisible. Prado ne s'attache pas aux détails des décors, mais à l'expression des personnages en prise avec les événements. Les plans serrés sur les visages sont légion, exprimant des sentiments variés et complexes, comme peut l'être la vie elle-même.
Informations pratiques
Titre : La demeure des Gomez
Auteur : Miguelanxo Prado
Éditeur : Casterman