
Un univers de glace et de rébellion
À bord du Flèche d'argent, le train de la Transeuropéenne, les actionnaires de la compagnie réunis en assemblée extraordinaire attendent Floa Sadon, la fille du gouverneur. Soudain, des pirates du rail prennent d'assaut leur convoi en plein milieu du désert de glace. Leur chef, un certain Kurts, est un demi-roux. Il exige une rançon du gouverneur. Mais Lien Rag, le glaciologue, décide de porter secours à Floa, son ancienne maîtresse. Son destin prend une nouvelle dimension. Désormais, la soif de liberté guide ses pas.
Ce troisième tome est l'adaptation en BD du roman-fleuve – 60 volumes totalisant 15 000 pages ! – écrit par G.-J. Arnaud. Cette saga d'anticipation magistrale transporte le lecteur en l'an 2340. La Terre, conquise par les glaces, est sillonnée par d'immenses trains appartenant à des compagnies ferroviaires. Dans ce nouvel épisode, le lecteur fait connaissance de plus près avec les mystérieux hommes roux, ces êtres mythiques capables de résister au froid et qui sont les seuls à échapper au pouvoir totalitaire des compagnies. Une trame fascinante servie par une mise en scène graphique impressionnante : bienvenue dans l'univers de la Compagnie des glaces !
Un projet collaboratif ambitieux
L'aventure continue pour le studio virtuel Jotim qui a entrepris l'adaptation périlleuse de cette série de science-fiction créée par Arnaud. Rappelons que la vingtaine de participants à ce projet communique essentiellement par Internet. Ce système de fonctionnement permet une cadence assez rapide dans la publication des albums : le premier est sorti en septembre, le deuxième deux mois après, et voici en mars la troisième livraison.
Ce rythme effréné ne doit pas trop ralentir, car il faudra de nombreuses années pour adapter les 15 000 pages de la saga romanesque. Cependant, on peut reprocher à cette série une certaine froideur et un manque de véritable identité visuelle. Pour nuancer, il faut noter que le troisième album constitue une nette amélioration par rapport aux précédents.

Un scénario qui gagne en profondeur
Avec ce troisième opus, le lecteur rentre de plus en plus dans l'histoire. Au fil de la lecture, on comprend mieux les rapports entre les personnages et on les apprécie davantage. Sur un plan strictement dramatique, on est définitivement accroché par l'intrigue. Plusieurs fils narratifs nouveaux sont tirés : cet album insiste davantage sur la guerre entre les compagnies ferroviaires, et le personnage éponyme Kurts apparaît, destiné à devenir un autre personnage de premier plan dans la série.
Il est important de souligner l'incroyable travail consacré à l'adaptation. Les auteurs condensent l'œuvre gigantesque d'Arnaud – chaque roman fait environ 200 à 300 pages – en des BD de 46 planches. Sur ce plan, c'est plutôt une réussite : les épisodes s'enchaînent bien sans que l'on sente des coupes très importantes dans le scénario. Le passage d'un groupe de personnages à un autre est dynamique et donne un bon rythme de lecture à l'ensemble.

Un dessin qui reste perfectible
Par contre, le bât blesse toujours au niveau graphique. Même si on sent un effort pour rendre le dessin moins froid et les personnages moins rigides, on reste encore déçu par le résultat. L'encrage est, par exemple, un peu trop marqué : un exemple frappant est le visage de l'homme à la planche 3. On retrouve en revanche le travail ingénieux de Rossi sur la mise en page. La violence de l'arraisonnement du Flèche par les pirates est vraiment bien rendue à la planche 5 par le découpage en diagonale.
En conclusion : une série à suivre
Grâce au scénario qui déploie un univers passionnant, on attend le quatrième album avec impatience, même si les faiblesses du dessin amoindrissent légèrement le plaisir de lecture. Dernière remarque : le prix du troisième album a baissé par rapport aux deux premiers, passant de 9,45 à 6 euros. Les petits budgets apprécieront cette réduction bienvenue.