
Un univers glacé entre science-fiction et humanité
Dans le cinquième tome de La Compagnie des glaces, le glaciologue Lien Rag tombe amoureux de Jdrou, une femme du peuple des Roux. Avec elle, il se réfugie dans une exploitation forestière tenue par Pietr et Lena Hansen. Parti vendre du bois en compagnie de Pietr, Lien apprend de Yeuse, la danseuse de cabaret qui lui a gardé son affection, que des groupes de Roux sauvages sont capturés et vendus à la Compagnie avant d'être enfermés dans des cages. Lien craint le pire pour Jdrou et décide de se lancer à sa recherche.
Qui est sauvage, qui est civilisé ? Au fil de l'adaptation en bande dessinée de l'œuvre de G.-J. Arnaud, le peuple des Roux est confronté à la bestialité et à la cupidité des humains, fragiles créatures réfugiées sous leurs dômes de verre. Face à la chasse aux Roux menée par des groupes de chasseurs pour le compte de la Compagnie, Lien Rag apparaît comme l'un des derniers défenseurs des opprimés et de la liberté. Cette saga futuriste, où se mêlent aventure et réflexion sur l'avenir de l'humanité, révèle au fil des albums sa dimension prophétique. (Présentation Dargaud)
Une adaptation BD ambitieuse d'une saga monumentale
Vingt et un ans après la naissance de La Compagnie des glaces écrite par G.-J. Arnaud, une adaptation de cette grande saga de science-fiction a vu le jour en 2003 et compte déjà cinq albums. Cette adaptation représente un véritable pari, puisque la série originale d'Arnaud (authentique héritier des grands feuilletonistes) comporte 62 romans dans la toute première édition chez Fleuve Noir, collection Anticipation.
Ce projet immense requiert une organisation particulière. Le studio Jotim a été spécialement créé pour cette adaptation BD par Philippe Bonifay. À noter que ce studio est virtuel : les partenaires du projet ne se rencontrent pas mais s'envoient leurs travaux via Internet.
Le contexte : une Terre gelée sous domination ferroviaire
Petit retour sur le scénario pour ceux qui auraient raté les premiers épisodes : la Terre n'est plus qu'une boule de glace sur laquelle la civilisation survit dans d'immenses trains circulant entre des cités sous coupole. Ce thème avait déjà été exploité en BD dans les années 1970 et par la suite avec la série Transperceneige, inventée au départ par Lob et Alexis. La Compagnie des Glaces présente une société dominée par la dictature des compagnies ferroviaires.
Dans les premiers albums de la série, le fil conducteur est le glaciologue Lien Rag. Pour Christian Rossi, l'idée forte du découpage est de suivre cet homme « à la piste et avec lui entrer dans ce monde de glace et de train » (Interview dans BoDoï, n°55). Il est celui qui se pose des questions et représente les « bons côtés » de l'humanité dans un monde de violence, de haine et de racisme. Ce sixième album est encore plus sombre que les précédents et explore les turpitudes de l'humanité.
Structure narrative et cycles de lecture
Cette adaptation BD est découpée en cycles correspondant à des événements importants de l'histoire et permettant normalement une autonomie de lecture. Le premier cycle s'arrête à la naissance de Jdrien, donnant justement son nom à ce cycle. Pour les lecteurs des romans, ce premier cycle correspond au premier tome de l'édition Omnibus.
L'évolution graphique et la mise en page
Côté graphique, un changement net a été opéré par rapport aux premiers albums de la série. Le dessin devient moins froid et se rapproche des essais préliminaires qui avaient été rejetés. On retrouve toujours l'empreinte de Rossi sur la mise en page : dessins sur double page et enchevêtrement de certaines cases.
Les décors et les étendues recouvertes de glace sont bien rendus, et certaines scènes spectaculaires expriment à merveille l'imaginaire de cet écrivain visionnaire qu'est Arnaud.
Fiche technique
Série : La Compagnie des Glaces
Cycle : Jdrien
Titre : Tome 6 - Yeuse
Auteur : Jotim
Éditeur : Dargaud