La Communauté contre Fraithure le Fourbe
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La Communauté contre Fraithure le Fourbe

Olivius et ses compagnons forment une communauté pour renverser le tyran Fraithure le Fourbe. Une aventure épique pleine d'humour, de magie et de combats.

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La Communauté contre Fraithure le Fourbe
La Communauté contre Fraithure le Fourbe

Cette histoire est dédiée à David Mortier... Repose en paix mon pote.

Le Royaume de Wharaim et la tyrannie de Fraithure

Au début, il y avait la terre, la mer et le ciel. Des forêts verdoyantes et des rivières de miel. Des fruits d'or poussaient sur les arbres. La vigne s'enlaçait discrètement sur les colonnes de marbre, où nichaient des oiseaux de toutes espèces.

C'était une pièce mise en scène par un maître parfait et dans ce tableau, l'homme fut élevé.

On racontait que si l'Éden fut l'écrin de ce monde établi, l'humain devait être le rubis qui l'avait serti. Peut-être à sa première heure, lorsqu'il n'avait pas peur des choses qui meurent, le bonheur était une somme de choses simples d'une vie dans un état appelé Royaume de Wharaim.

L'homme prospérait, le monde embellissait. Dans cette ère de paix, le roi s'appelait Fraithure le Bon.

Fraithure était comblé car il ne manquait de rien, protégé de Dieu et respecté par les siens. Mais une nuit, dans ses rêves, Satan le visita et lui demanda : « Aimerais-tu le pouvoir ? »

Il lui offrit un coffre renfermant tous les malheurs et lui insuffla la haine et l'envie dans le cœur. Le lendemain fut le premier jour triste sur la terre : Fraithure assassina son propre père, lui ravit ses biens, enleva son épouse, Sophyre, et réduisit en esclavage les tribus au nombre de douze.

Il fit changer son nom en Fraithure le Fourbe.

Il leva une armée forte et robuste pour gouverner d'une manière cruelle et injuste.

Pour le seconder, il pervertit l'âme de Sophyre, qui était douce et gentille, lui rasa les cheveux derrière la tête et l'épousa.

Il corrompit Iohanne, le magicien, et s'attacha les services de Rouharde, une donzelle de descendance noble mais à l'âme aussi pourrie que la sienne.

Iohanne effrayait le peuple par sa magie satanique et par sa grande taille, sorte de vautour géant habillé de noir, tandis que Rouharde avait été nommée chef des armées de scout. Un proverbe Reumycourvillois dit d'ailleurs : « Une armée de chiens conduite par un loup est plus redoutable qu'une armée de loups conduite par un chien ».

Les scouts patrouillaient dans tout le Comté de Wharaim, terrorisant les pauvres gens, les torturaient et tuaient, voire violaient dans le meilleur des cas. Leurs tâches étaient de s'assurer que les règles instaurées par Fraithure étaient respectées.

Rouharde, par l'entremise de Fraithure, avait donné les pleins pouvoirs à sa milice de scouts, et ceux-ci ne se gênaient pas pour infliger les pires supplices aux contrevenants. S'ils n'étaient pas exécutés sur place, ils étaient jetés en prison et confiés aux bons soins de Kevinard, le bourreau attitré du Roi.

L'attaque des scouts sur Lamino

Dans une petite bourgade tranquille du nom de Lamino, qui fait partie du Comté de Reumycourville, le jeune Olivius menait une vie paisible. Il occupait ses journées à traire les vaches, couper du bois et récolter du blé. Il sortait d'une liaison courte mais intense avec la princesse Zozo, qui l'avait plaqué sans raison apparente. Pour oublier, il s'était investi à fond dans ses vaches.

Un soir d'orage, ses bêtes étaient très nerveuses et ne cessaient de beugler dans l'étable.

Hélas, Olivius n'était pas très apprécié par ses voisins. Ceux-ci, pour une sombre histoire de vitres brisées pendant sa folle enfance, lui en voulaient. Tout le monde le sait, la rancœur est tenace dans le cœur des gens de la campagne.

Bien sûr, Olivius n'avait jamais payé les dégâts, mais était-ce une bonne raison pour le haïr à ce point ?

Toujours est-il que, à l'écoute de ce tapage nocturne des plus incommodant, ces chers voisins ne se firent pas prier pour envoyer un pigeon voyageur à la garde de scouts qui stationnait non loin de là.

Olivius, occupé à essayer de calmer ses vaches, ne vit pas l'unité de scout s'approcher de sa maison.

Les infâmes scouts frappèrent d'abord à la porte (Rouharde avait bien insisté sur ce point : on frappe d'abord, on défonce ensuite). Comme il ne leur venait en retour que des beuglements de vaches, ils sortirent le bélier et, suivant les ordres de leur maîtresse, défoncèrent joyeusement la porte.

Olivius releva la tête en entendant le bruit.

— Tiens, on a frappé.

Il sortit de l'étable, tombant nez à nez avec la milice de scout.

— Héééé mais vous avez défoncé ma porte, c'est abusé ça !

Pour seule réponse, il eut droit au poing du plus gros scout, balancé violemment en travers de sa figure. Il alla s'écraser contre le mur et essaya de se relever péniblement, se tenant la joue.

Une partie des scouts s'engouffra dans l'étable et fit taire les bêtes.

Le plus gros scout, celui qui l'avait frappé, déclara de sa grosse voix :

— Tu as violé les lois établies par Fraithure le Fourbe, notre maître, tu vas donc payer !

Ils se mirent alors à égorger une à une ses vaches, malgré les cris de protestation d'Olivius, qui avait du mal à se faire entendre au milieu des hurlements de douleur des animaux.

Quand ce fut fait, ils le rouèrent de coups.

Après ce qui lui parut une éternité, ils s'arrêtèrent enfin et le gros, qui devait être le chef, dit :

— Que ça te serve de leçon… et tu as de la chance de pas être jeté en prison.

Ils le laissèrent pour mort, étendu sur le sol.

Olivius sombra dans le coma pendant 24 heures, et fut réveillé le lendemain soir par une main qui le secouait.

Il ouvrit péniblement les yeux et vit une petite tête blonde penchée sur lui : c'était son ami Pécoz le nain.

— Eh ben, lui dit-il, t'as l'air salement amoché… tu t'es cogné quelque part ?

Olivius grommela quelque chose à travers la bouillie de dents éclatées et de sang qui avait coagulé dans sa bouche.

— À la rigueur tu peux articuler, ça sera plus facile pour que je comprenne quelque chose.

Il se leva et alla cracher dans l'évier, ensuite il lui expliqua ce qui lui était arrivé.

Pécoz était outré, il serrait ses petits poings de colère.

— C'est plus possible ! Il faut faire quelque chose ! J'en ai marre que nos droits soient bafoués, vive la démocratie !

— Qu'est-ce que tu veux y faire ? Fraithure contrôle tout, le peuple est asservi, il a levé une grande armée de scouts… et il a Iohanne le magicien qui le protège avec ses sorts.

— Menons bataille contre eux ! Levons une armée, nous aussi ! Ça ne peut plus durer… À la rigueur on n'a rien à perdre, plutôt mourir au combat que vivre dans la terreur toute ma vie.

— Les gens du pays sont trop couards, cela ne nous mènera à rien.

— La couardise est l'excuse des âmes sans volonté !

— J'aimerais bien avoir ton optimisme… mais les gens ont trop peur, peu oseront se soulever contre la dictature de Fraithure le Fourbe.

— Jamais un homme n'a pu redresser les autres en se courbant lui-même, retiens bien ça, Olivius.

Celui-ci allait répliquer quand on frappa à un bout de bois qui était resté accroché au chambranle. Ils se retournèrent en même temps, décidés cette fois à ne plus se laisser faire si les scouts étaient revenus finir le travail.

La rencontre avec Ludwig, prince de Germanie

— E me préhente, 'e m'appelle Hudwig, prin'he de 'Hermanie, 'he huis en hoyage dans la réhion, pouhiez hou m'ohrir l'hospitalité hour la nuit ? grommela la personne devant eux.

— Qu'est-ce qu'il raconte ? demanda Pécoz à Olivius.

— Il s'appelle Ludwig, prince de Germanie, il est en voyage dans la région et il demande l'hospitalité pour la nuit.

— Ah d'accord…

— Soyez le bienvenu dans ma modeste demeure, noble sir, répondit Olivius.

— Hèh y hé pahé ihi ? hou hou hêtes disputé ahec hotre femme ?

— …..

— Hourquoi tout est hassé ihi ? articula-t-il avec beaucoup d'efforts.

Et pour la deuxième fois en 10 minutes, Olivius raconta son histoire.

— Hes hommes de main de Fraithure le Fourbe ! Enhore eux !

— Expliquez-vous, fit Pécoz.

— H'étais tranquillement à une hête de hillage, hand un de hes scouts m'a lâchement attaqué dans le hos. Et il m'a his : « Avec hes compliments de Fraithure le Fourbe, on haime pas les hétrangers ihi. Hai du aller à chez le druide pour réparer ma mahoire, et cette haloperie de prothèse m'empêche de parler horrehtement. »

Pécoz sauta sur l'occasion.

— Rejoignez-nous, sir, nous levons une armée pour renverser la dictature du Fourbe.

Olivius, voyant qu'il n'était pas le seul à avoir subi les abus de pouvoir, essaya aussi de convaincre Ludwig de Germanie.

Il ne fut pas long à convaincre.

— Eh hien, hourquoi ha, dehui hon ahiddent he ne rehe que he me hanger, et he n'ai rien à haire he huis un hoyaheur holihaire… mais il nous haut des harmes et des hehaux… et heul nous hahiherons has à haincre son harmée, il nous haut de l'aide.

— Pour les armes, je connais bien Boulette le Forgeron, c'est un ami, il pourra nous forger des épées, dit Olivius.

— Hai déha une hépée et un hehal moi.

— Et moi un arc à flèches, ajouta Pécoz.

— Bon ok, ya que moi qui n'ai pas d'arme quoi.

— À la rigueur tu peux prendre ton lance-pierre.

— Bon attendez-moi là.

Boulette le Forgeron l'accueillit d'une drôle de façon :

— Toi ? une épée ? Si c'est pour couper ta pelouse autant acheter une tondeuse, haha.

Olivius choisit une épée et s'en alla après avoir entendu deux ou trois blagues sur les blondes qui le firent rire, malgré son mal de dents.

De retour à sa maison, il vit Pécoz et Ludwig qui l'attendaient avec des chevaux.

— On a été récupérer des chevaux chez le vieux Leroi.

Olivius n'avait jamais bien compris qui était ce personnage. Certains racontaient que c'était un ancien roi qui avait dû quitter son trône, d'autres qu'il avait été alchimiste durant sa jeunesse et avait appris à changer le plomb en or.

Ils se mirent en selle et chevauchèrent vers le château de Wharaim. Ils avaient convenu qu'ils iraient voir Sandralle, une elfe blonde, qui avait des dons pour la magie. Selon Olivius, elle pourrait sûrement les aider à combattre Fraithure le Fourbe.

Ils chevauchèrent toute la nuit au milieu de la forêt et s'arrêtèrent au petit matin, au bord d'une rivière pour laisser les chevaux boire et se reposer.

Ludwig, dont l'oreille était très fine, entendit le premier des bruits suspects dans les fourrés. Pécoz, qui avait été bercé trop près du mur quand il était petit, n'entendit rien et continua de parler de son futur projet de taverne changée en cage de prison à Olivius.

Ludwig leur fit signe de se taire et d'écouter. Ils avancèrent dans les fourrés jusqu'à la source du bruit… Ils débouchèrent sur une clairière et virent un homme assis en tailleur, fredonnant gaiement une musique inconnue.

Il tenait entre ses doigts une feuille et essayait de rouler une drôle de cigarette avec des herbes connues pour être des substances hallucinogènes.

L'homme leva les yeux et s'exclama :

— Hola Hombre ! ¿¿ Que pasa ??

— Qui êtes-vous ? questionna Olivius, brandissant son épée toute neuve en se disant qu'il aimerait bien l'essayer.

— Je m'appelle Javier Gonzalez Lopez Mateo Gomez Dos Santos De La Playa, je viens du royaume d'Hispanie… Mais vous pouvez m'appeler El Gomez, c'est plus simple… Et vous, qui êtes-vous ?

— Mon nom est Olivius, de Reumycourville, et voici Pécoz le nain et Ludwig, prince de Germanie. Que faites-vous si loin de chez vous, c'est pas un peu abusé ça ?

Jusqu'ici l'homme avait parlé gaiement, mais à l'écoute de cette question, son visage se ferma et il baissa la tête.

— Mon vieux, je suis à la recherche de ma femme, Alicia la Blonde, elle a été kidnappée par un demandeur de rançon, un certain Fraithure le Fourbe, on m'a dit qu'il avait sa demeure par ici… Mon vieux, je vais lui faire payer son crime par le sang, dit-il en brandissant son épée.

Olivius rangea l'épée dans son fourreau, tandis que Pécoz expliquait :

— Nous aussi sommes à la poursuite de cet homme, mais malheureusement pour toi il n'est pas qu'un simple demandeur de rançon, mais un véritable tyran, qui dirige ce pays de manière cruelle et injuste. Nous sommes en route pour le renverser. À la rigueur joins-toi à nous, El Gomez, tu nous aideras dans notre quête et par la même occasion tu pourras retrouver ta dulcinée.

El Gomez sembla réfléchir puis releva la tête.

— D'accord, je suis avec vous… En attendant goûtez-moi donc cette herbe espagnole, vous m'en direz des nouvelles…

La communauté s'agrandit : trolls et nouvelles recrues

Nos 4 héros chevauchaient fièrement dans la forêt depuis le matin. Ils avaient dû s'arrêter plusieurs fois car Pécoz, qui avait un peu abusé des douceurs hispaniques et qui était ballotté dans tous les sens sur son cheval, s'était senti mal à plusieurs reprises et avait dû aller vomir son petit-déjeuner dans les buissons.

Au soir, ils repérèrent une grotte creusée dans la roche et décidèrent de s'arrêter là pour la nuit. Olivius s'occupa du feu (ce qui lui rappelait sa folle jeunesse lorsqu'il faisait des feux de camp à Reumycourville) tandis que ses 3 compagnons étaient chargés de trouver quelque chose qui pourrait remplir leur estomac vide.

Pécoz arriva le premier, il avait trouvé des champignons et des baies, suivi de peu par El Gomez, qui, lui, ramenait quelque chose de plus substantiel : un écureuil qu'il avait délogé à coup de pierre de son nid et qui serait excellent cuit avec des pommes de pin et des racines.

Il ne restait plus que Ludwig, qui arriva à la tombée de la nuit. Il les rejoignit à l'entrée de la grotte, où le feu brûlait vivement.

— Hé les hecs, hehiné he que hé trouhé !!

El Gomez se tourna vers Pécoz :

— Mon vieux, il a pas des problèmes de diction ?

— C'est une longue histoire mais à la rigueur on peut encore comprendre.

Ils firent des yeux comme des soucoupes lorsqu'ils virent ce que ramenait Ludwig : 2 petites choses de plus ou moins 1 mètre de haut, qu'il tenait par les cheveux et qui gesticulaient et criaient de leur petite voix de les laisser tranquilles.

Il les posa enfin au sol et les 2 petites choses se mirent à lui donner des coups de pied dans les tibias et à le mordre.

— HA HU HI HAINTEHANT !!!!!!!! hurla Ludwig… La force du cri plus que les paroles en elles-mêmes (car elles n'avaient pas compris) les dissuada de continuer et elles s'assirent à même le sol, tremblantes de peur.

— T'as trouvé ça où ? questionna El Gomez.

— Helle he cahaient dans hes huihons.

— Buissons, traduisit Olivius pour El Gomez.

— Ça se mange ? demanda Pécoz.

— Noonnn noooon, ne nous mangez pas, ne nous mangez pas ! s'écrièrent en chœur les 2 petites choses.

— Qui êtes-vous alors ? demanda Pécoz.

— Je m'appelle Létizia, dit la première.

— …Et moi c'est Dgényfer, compléta la seconde.

— Nous sommes des trolls, déclarèrent-elles en chœur. Nous vivons dans la forêt et nous avons toutes les deux 437 ans… Vous allez pas nous manger, hein ?!

Pécoz, Olivius, El Gomez et Ludwig se concertèrent :

— On en fait quoi ? demanda Pécoz.

— On les mange, dit El Gomez, j'ai pas envie de bouffer de l'écureuil. Moi je vote, on les mange.

— Heu, rien manher de holide moi, que hu yaourt, donc hon les hange ha.

— Heuu, moi perso je préfère rien avaler, déclara Pécoz, se rappelant sa mésaventure du matin.

— J'ai une idée, s'exclama Olivius. Et comme tous les regards se tournaient vers lui, il poursuivit : Elles sont petites, ok, mais elles sont robustes. En échange de la promesse de pas les manger, on peut leur faire porter nos sacs à dos… J'ai entendu que les trolls couraient vite, elles pourront suivre nos chevaux sans mal.

— Excellente idée !! s'exclamèrent-ils tous, sauf Ludwig qui marmonna une bouillie de mots incompréhensible.

Ils revinrent vers Dgényfer et Létizia, qui attendaient de savoir ce que leur sort serait fait, blotties l'une contre l'autre en tremblant et en leur jetant des regards inquiets.

Ils leur annoncèrent la bonne nouvelle, et elles parurent soulagées… Mais bien vite leur nature casse-pied refit surface et elles leur posèrent mille questions.

— Vous allez où ? Pour quoi faire ? C'est loin ? Y a des beaux mecs là-bas ? Vous allez pas nous manger une fois qu'on sera arrivés, hein ?

Ils répondirent à leurs questions, tant bien que mal : ils devaient voir Sandrelle la magicienne, pour qu'elle leur donne une potion. Mais bien sûr, ils ne dévoilèrent pas le but de leur mission, car elles auraient pris peur et se seraient enfuies sans demander leur reste.

Une fois qu'il fut acquis qu'elles ne s'enfuiraient pas pendant la nuit, ils s'endormirent au coin du feu, attendant avec hâte d'arriver à bon port chez Sandralle.

Le lendemain, une surprise de taille les attendait : des empreintes de pas étaient marquées dans la terre. Des empreintes certainement non-humaines : des pieds énormes munis de griffes et de sabots. Les empreintes partaient de la forêt et venaient jusqu'au campement. Ils virent avec horreur qu'elles tournaient autour de l'endroit où ils avaient dormi. La bête les avait certainement reniflés pendant leur sommeil. Autre indice prouvant que ce n'était pas un être humain : des cheveux noirs d'au moins 2 mètres de long étaient déposés partout, jusque dans les vêtements.

Ils suivirent les traces dans la forêt, bien décidés à tuer la bête, mais au bout de plusieurs kilomètres ils abandonnèrent, jugeant qu'ils perdaient leur temps. Ils revinrent alors au campement, enfourchèrent leurs chevaux et partirent, les 2 trolls, Létizia et Dgényfer, les suivant, courbés en deux sous le poids des paquets.

L'escarmouche avec les scouts et Kouzinor

Selon les prévisions d'Olivius, ils ne devaient arriver chez Sandralle que le lendemain. Ils chevauchèrent toute la journée et bientôt l'accident du matin ne fut plus qu'un mauvais souvenir.

Ils s'arrêtèrent en milieu d'après-midi pour laisser boire les chevaux mais aussi pour attendre que les 2 trolls les rejoignent.

En attendant, ils se lancèrent tous les 4 dans une partie endiablée de ni oui ni non… Alors que Pécoz exécutait son 17e gage de la partie, à savoir sucer les dents de devant de son cheval sans se faire mordre, ils entendirent du bruit qui montait des fourrés…

« éhi ého, on rentre du boulot »

— Des scouts, nom de nom, s'écria Olivius.

Ils firent silence, n'osant pas bouger. Pécoz était plutôt soulagé, il n'avait pas très envie de ce contact privilégié avec sa monture…

— Hon, h'est un heul scout, dit Ludwig.

Il se dirigeait vers eux, ils pouvaient entendre ses pieds écraser les branches mortes. Ils empoignèrent leurs épées et bandèrent leur arc.

La musique changea pour se transformer en un hommage bizarre à une personne, certainement un chef scout très respecté dans l'armée : « égaré dans la vallée infernale, le héros s'appelle Bob Morane… »

D'une seconde à l'autre il allait déboucher dans la clairière où ils se trouvaient. Ils se préparèrent à attaquer, rassemblant leur force…

Une silhouette se découpa à travers les fougères : il était là !

Le scout sortit de la forêt et tomba en arrêt devant eux. La communauté allait lui sauter dessus…

— Salut Chef ! Ça va ? fit-il avec un petit signe.

La communauté se regarda… Ils étaient déstabilisés, ils s'attendaient à une attaque du scout, c'était sûrement un éclaireur car ils ne se promènent jamais seuls.

Le ton que le scout avait pris était léger, presque amical.

— Houge Has ! cria Ludwig.

Le scout vit les armes et les regards féroces pointés sur lui, regarda sa tenue de scout (foulard, chemise garnie de badges, short et sac à dos), les regarda à nouveau et éclata de rire.

La communauté s'en retrouva d'autant plus déconcertée. Ils se regardèrent à nouveau, cette fois-ci moins tendus.

Le scout s'était assis et rigolait toujours, le visage rouge et se tenant les côtes, au bord de la crise d'apoplexie.

Olivius s'avança, l'arme toujours pointée, méfiant.

— Qui es-tu ? Questionna-t-il. Où se trouve ton unité ?

Le scout s'arrêta de rigoler, le regardant fixement, puis il sembla comprendre et repartir de plus belle.

— On a de la chance, on est tombé sur un débile mental, déclara Pécoz.

— Pas sûr, peut-être qu'il bluffe, dit El Gomez. Le temps que ses petits copains en short débarquent.

— On ha he savoir, dit Ludwig.

Il le prit par le col et le secoua violemment.

— REHON ! OU HON LES HAUTRES ??!!

Le scout s'arrêta enfin de rigoler et dit :

— Pas d'unité, je suis seul, j'ai quitté l'armée scoute.

— Il hent, puis se tournant vers le scout : henteur ! hourquoi tu hent ??

— Je mens pas, j'ai vraiment quitté l'armée.

— Il a raison, déclara Pécoz. Regardez : il a retiré son écusson de l'armée scout, aucun scout ne ferait jamais ça.

— C'est peut-être un piège, dit Olivius.

— Pas sûr.

— Sisi.

— Naaan, jsuis vraiment pas sûr.

— Peut-être que…

— HA HUFI, coupa Ludwig, hon l'éhorhe et hon hen harle hlus !

— Attends, dit Olivius, on pourra jamais en être certain à 100 %. Moi, dans le doute, je préfère le laisser en vie… Raconte ton histoire, scout.

— J'ai jamais voulu devenir scout, c'est mes parents qui m'y ont forcés car j'étais pas très fort dans les études… J'ai sauté sur la première occasion pour déserter, ça fait 3 jours que je marche dans la forêt.

— Comment t'appelles-tu ?

— Kouzinor, je viens d'un lointain comté appelé Brüzail.

Plus tard dans l'après-midi, ils étaient 5 à chevaucher vers le repère de Sandrelle, sans compter les 2 boulets à la traîne de plusieurs kilomètres.

Le combat contre Mharghanar, le monstre de la forêt

De nouveau, ils se trouvaient à l'abri d'une grotte, toujours au beau milieu de la forêt. Le lendemain, ils arriveraient enfin à la première étape de leur croisade.

Pécoz était content de voir que leur communauté s'agrandissait et que les liens qui les nouaient, fragiles au début, commençaient à se consolider.

Ludwig, à moitié convaincu par les explications de Kouzinor, surveillait de près l'ex-scout.

Olivius ne pensait qu'à l'énorme pain qu'il allait mettre en travers de la gueule du scout qui avait osé égorger ses vaches, et se rappelait avec mélancolie qu'ils n'étaient plus très loin de la principauté de la Princesse Zozo.

El Gomez regardait les étoiles, pensant à Alicia la Blonde, que ce salaud de Fraithure le Fourbe avait enlevée.

Kouzinor de Brüzail était occupé à attiser le feu que, en bon scout, il avait allumé à l'aide de 3 brindilles et d'une allumette à moitié consumée.

Les 2 trolls, Létizia et Dgényfer, se passaient des morceaux d'écureuil rôti ; elles avaient l'air enfin rassurées sur leur sort.

Tous goûtaient un repos mérité, essayant de reprendre des forces car ils savaient que leur aventure ne faisait que commencer et que le plus dur restait à faire…

Le hurlement de terreur les sortit tous de leur torpeur. Une patte venait de s'abattre sur Létizia et l'emportait par les jambes dans les épais fourrés, là où la lumière du feu ne portait pas. La pauvre troll essayait désespérément de s'accrocher à des bouts de racine et griffait inutilement le sol. À peine eurent-ils le temps de se lever qu'elle avait disparu dans la végétation.

Un horrible bruit d'os se cassant, de branches cassées, de hurlement de souffrance et des cris qu'ils identifièrent comme ceux de la bête leur parvinrent depuis les fougères.

Finalement, après un dernier râle d'agonie, il n'y eut plus un bruit.

Ils se regardèrent tous, Dgényfer se cacha derrière eux. Ils devaient combattre ou fuir.

Finalement, ils prirent chacun une torche, dégainèrent leurs épées et s'approchèrent de l'endroit où la pauvre troll avait été mise en pièce. Le médecin légiste n'aurait même pas pu identifier le corps grâce aux dents, vu qu'il ne restait de Létizia que quelques bouts de viande éparpillés, un ou deux éclats d'os et une énorme flaque de sang que le sol commençait déjà à boire.

— Mais où se cache-t-elle ? dit Pécoz.

Comme pour lui répondre, un grognement retentit derrière eux.

Ils se retournèrent précipitamment pour découvrir la bête qui les suivait à la trace depuis hier.

Un hybride, mi-homme mi-cheval mi-ours, se tenait cabré devant eux sur ses pattes arrière. Sa longue crinière noire pendait au sol. La bête exhibait ses canines énormes qui mesuraient au moins la taille d'une main humaine. Haute de 2 mètres, elle devait faire dans les 300 kilos.

Dgényfer hurla et courut se cacher derrière un arbre.

Olivius hurla :

— C'est Mharghanar, le monstre de la forêt, c'était pas une légende !!

Pécoz décocha une flèche ; il visait l'œil mais la flèche se perdit quelque part dans les arbres. La bête riposta et l'envoya bouler dans les fougères d'un coup de patte.

El Gomez évita un autre coup de patte et planta son épée jusqu'à la garde dans le ventre de l'horrible créature. Un épais sang noir gicla de la plaie et l'éclaboussa. Olivius l'imita de l'autre côté et fut lui aussi trempé par l'immonde liquide.

Ludwig sauta au cou de la créature et tenta de lui trancher la gorge mais elle se secoua et les envoya voler. Ils atterrirent durement sur le sol. La bête s'approcha d'Olivius qui était étendu par terre, se remettant péniblement du choc.

Il sentit l'haleine fétide et chaude sur son cou et roula sur le côté, évitant de justesse un coup de patte aux griffes acérées. Il chercha son épée mais elle avait glissé hors de portée. Il esquiva un autre coup de patte et comprit que la bête essayait de l'attirer dans un coin mais il ne pouvait rien faire pour empêcher ça. Il jeta un regard affolé vers ses compagnons mais ils étaient toujours inconscients. Bientôt il se retrouva acculé dans un coin. La bête leva la patte pour donner le coup de grâce.

Olivius ferma les yeux, sentant que la fin était proche.

Un sifflement retentit, suivi d'un hurlement qui lui glaça le sang.

Olivius ouvrit les yeux et vit la bête vaciller sur ses pattes arrière, une flèche dépassait de sa gorge. Plus loin, il vit Pécoz prendre une autre flèche dans son carquois et la décocher. La flèche fila droit dans l'œil de la créature qui tomba lourdement, faisant trembler le sol.

Olivius alla ramasser son arme et revint vers la bête.

— T'approche pas de trop, on est pas sûr qu'elle soit morte, prévint Pécoz.

Olivius planta profondément son épée dans le cœur de la créature et déclara :

— Maintenant on est sûr !

Chez Deuwée l'ermite : guérison d'El Gomez

Ils se lavèrent du sang qui les avait aspergés dans la rivière et soignèrent leurs blessures superficielles. Ils avaient eu beaucoup de chances, seules quelques coupures et ecchymoses étaient à déplorer.

Une bonne nouvelle mit le sourire à Ludwig : en se faisant jeter au sol, sa mâchoire avait heurté le sol. Heureusement, elle ne s'était pas brisée à nouveau mais le choc avait fait sauter sa prothèse et il pouvait enfin se faire comprendre autrement que par signes.

— Mais où est Kouzinor ?! s'exclama El Gomez.

— Tiens c'est vrai, il est où lui ? Dit Ludwig, avant d'ajouter : Toute façon, c'est pas une grande perte.

Ils se mirent à sa recherche et le trouvèrent caché derrière un arbre, tremblant de peur.

— Ah ben il est courageux, le soldat de Fraithure le Fourbe ! dit Pécoz.

— Non mais j'étais resté là pour attaquer la bestiole par derrière, mais j'ai pas eu l'occasion, balbutia-t-il.

— Bien sûr et c'est pour ça que t'es pas venu quand elle allait me trancher la gorge, dit Olivius en souriant.

Il était tard dans la nuit, mais aucun n'avait plus envie de dormir. Ils se remirent donc en selle et partirent, Dgényfer pliant deux fois plus sous le poids des paquets, pas si triste que ça de la disparition de sa compagne, finalement.

Le château de Fraithure et la trahison

Dans son château de Wharaim, le Roi Fraithure le Fourbe riait.

Il était assis sur son trône, sa femme Sophyre occupant le trône à côté. Son bourreau, Kevinard, se tenait dans un coin de la pièce. Sophyre était occupée à se faire limer les ongles par ses 2 dames de compagnie. Marianne s'occupait de la main gauche et Dophnée de la droite.

Elle se préoccupait peu de ce qui amusait autant son mari, trop attentive à ce que ses 2 servantes faisaient. Elle veillait à ce que ses ongles soient parfaitement nets et frappait sur les têtes penchées sur ses mains si elle jugeait le travail bâclé.

Le Roi Fraithure, lui, n'en finissait plus de se tordre sur son trône. Iohanne tendait devant lui sa boule de cristal et lui montrait les compagnons de la communauté frapper à mort le monstre Mharghanar.

— Ainsi donc, tonna-t-il, ces paysans ridicules osent mettre en cause ma suprématie.

Et il repartit d'un long rire sadique.

— Sir, intervint le magicien Iohanne, comme toujours habillé de sa longue cape noire qui lui donnait son air de vautour, ils ne sont pas à négliger. Ils ont vaincu Mharghanar. Et ils se dirigent vers la maison de Sandrelle, qui leur apportera son aide.

— Idiot, tu sais tout comme moi que Sandrelle n'a jamais eu aucun pouvoir, c'est une charlatane.

— C'est juste, Sir, mais méfiez-vous. Seuls ils ne peuvent peut-être pas vous mettre en danger, mais d'autres peuvent les rejoindre.

— Eh bien, qu'ils les rejoignent, fit-il, ça fera un peu d'animation, je m'ennuie ces temps-ci. Maintenant pars, Iohanne, tu m'agaces avec ton pessimisme.

— Très bien, Sir, c'est comme vous l'entendez.

Fraithure regarda son magicien quitter la salle et appela son bourreau.

— Kevinard, amène donc un prisonnier et torture-le, je m'ennuie.

Sophyre leva la tête.

— Enfin, mon mari, ne pouvez-vous pas torturer vos prisonniers dans le donjon ? Vous allez tout salir, et le carrelage vient juste d'être nettoyé.

Fraithure ignora la remarque de son épouse et se délecta une heure durant des cris de souffrance d'un prisonnier qui se faisait arracher la peau par petits lambeaux.

Chez Sandrelle la magicienne

Enfin !

Enfin la demeure de Sandrelle était en vue.

Une tour de pierre se dressait au milieu de la vallée. Un escalier de pierre courait le long du mur extérieur et montait en boucle jusqu'au sommet. Ils attachèrent les chevaux au pied de la tour, permirent à Dgényfer de se reposer un peu et commencèrent à monter les marches.

Au sommet de la tour, Sandrelle l'elfe blonde les attendait.

Elle était assise derrière une table de bois, occupée à disséquer une grenouille pour en extraire le cœur. Un livre était ouvert devant elle et des instruments étaient posés ça et là. Derrière elle, le feu de la cheminée brûlait vivement. Un chaudron était posé dessus, contenant un liquide épais ; de grosses bulles et de la fumée mauve s'en échappaient.

Le reste de la pièce était plongé dans l'obscurité, des nappes de fumée traînaient au sol et s'enroulaient autour de leurs pieds. Kouzinor se cacha derrière Ludwig, ce qui devenait maintenant un réflexe dès que quelque chose l'inquiétait.

Sandrelle, le visage caché sous une capuche, ne laissant voir que ses yeux mauves et ses oreilles pointues, n'était pas surprise de les voir.

— Ainsi donc, vous vous êtes décidés à venir me voir, dit-elle, vous avez mis du temps.

— On a été retardé, dit Olivius.

— Un petit empêchement minime, compléta Ludwig.

— Nous avons besoin de vous, déclara El Gomez du but en blanc.

— Malheureusement, je ne peux pas vous aider.

— Comment ça… commença Pécoz.

— Non, je ne peux pas vous aider, coupa Sandrelle. … Amélia, amène-moi une aile de chauve-souris.

Amélia, la servante de Sandrelle, se tenait dans un coin de la pièce, invisible aux yeux des 5. Elle hocha la tête et, sans un mot, sortit par une porte dérobée. Quand elle revint, elle tenait dans ses mains une aile de chauve-souris encore ensanglantée et la déposa devant sa maîtresse. Puis elle retourna à sa place, toujours sans dire un mot.

— Cette chère Amélia est ma compagne depuis de nombreuses années, sa compagnie est très agréable, on se sent seule parfois dans cette tour… J'ai dû lui faire couper la langue pour être certaine qu'elle ne divulguerait aucun secret. Petite, elle était si bavarde, dit-elle avec un sourire.

— Ça nous éloigne du sujet tout ça, dit Ludwig.

Sandrelle leva la main.

— D'accord, venons-en au fait. C'est très simple : je ne peux pas vous aider… elle marqua une pause puis reprit : Ou plutôt : je ne saurais pas.

— Mais comment cela se fait-il ? demanda Olivius.

— Le pouvoir de Fraithure le Fourbe est bien trop grand, il a conquis cette terre bien avant votre naissance, le pays est marqué de son empreinte… Et puis il a Iohanne avec lui… Iohanne est en quelque sorte le garde du corps spirituel de Fraithure, il le protège de tous les sorts qui pourraient être jetés contre lui. Face à lui, ma magie n'a aucun effet. C'est un peu le pot de terre contre le pot de fer.

— Alors ce que nous faisons ne sert à rien, se désola El Gomez.

— Nous n'avons plus qu'à rentrer chez nous et reprendre notre vie d'esclave, compléta Pécoz.

— Ce n'est pas possible, on doit pouvoir faire quelque chose, dit Olivius.

— Je peux faire quelque chose pour vous… commença Sandrelle.

Tous la regardèrent avec espoir.

Elle frappa dans ses mains trois fois et deux silhouettes se découpèrent dans l'obscurité, derrière la magicienne.

— Voici mes 2 fils : Bennoït et Davidal, ils vous aideront dans votre quête. Tout petits, je les ai envoyés dans un lointain continent où les hommes ont la peau jaune pour apprendre leurs techniques de combat. On n'est jamais à l'abri d'agresseurs ici dans cette tour, et mes fils ont mis en déroute plus d'un bandit de grand chemin… Maintenant partez, votre quête ne peut pas attendre.

Sans un adieu pour ses fils, Sandrelle se tourna vers son chaudron et y versa des ingrédients connus d'elle seule, ce qui signifiait qu'elle les congédiait définitivement.

Ils firent aussi leurs adieux à Dgényfer, qui devenait vraiment encombrante et pillait régulièrement leur réserve de nourriture.

Ils descendirent les marches sans un mot. Bennoït et Davidal allèrent chercher leurs chevaux, ils se mirent tous en selle et s'en allèrent sans un regard derrière eux.

L'attaque de la garde et la mort de Kouzinor

La communauté, dont le nombre avait maintenant grossi à 7, s'arrêta. Bennoït, qui était en tête, s'était arrêté net.

— Que se passe-t-il ? questionna Olivius.

Il se tourna vers son frère.

— Tu l'as senti aussi ?

Davidal hocha la tête. Bennoït se tourna vers ses compagnons et déclara :

— Mère est morte, la magie de Iohanne a fini par la rattraper.

Il venait d'avoir une vision : un énorme éclair bleuté s'était abattu sur la base de la tour de pierre, la faisant s'écrouler du haut de ses 200 mètres. Aucune chance de trouver des survivants parmi les décombres.

Les 5 se regardèrent, ne sachant s'il fallait présenter leurs condoléances vu la façon dont Sandrelle avait quitté ses fils.

— En route, nous n'avons pas de temps à perdre, déclara Bennoït.

— Non ! attendez.

C'était Kouzinor qui avait parlé, il regardait vers les sous-bois.

— Quoi ? demanda Pécoz.

— Vous entendez ce bruit ? On dirait celui de la Galinette Cendrée.

— Et alors ? Demanda Ludwig d'un ton excédé, on est pas ici pour faire une partie de chasse !

— Ce qui est intrigant, ce n'est pas le cri en lui-même, mais plutôt l'endroit où on l'entend…

— Explique-toi, l'encouragea El Gomez.

— Eh bien, la Galinette Cendrée ne vit pas dans cette région, et c'est justement le cri de rappel utilisé par les scouts lorsqu'ils encerclent une de leurs futures victimes, je le sais bien j'ai suivi l'entr…

Kouzinor n'eut pas le temps de terminer sa phrase, une flèche venait de s'enfoncer dans son œil. Il jeta un regard étonné vers le sous-bois et s'effondra de son cheval.

En un éclair, les scouts furent sur eux. Ils sortaient du sous-bois en courant et les encerclaient. Bientôt, il n'y eut plus aucune issue.

— Cette ordure nous a vendus ! cria Ludwig.

— Tais-toi et garde tes forces, lui répondit Olivius, en tranchant la tête d'un scout qui essayait de lui monter dessus.

Ceux-ci mesuraient à peine 1m50 mais étaient redoutables vu leur nombre. Ils arboraient fièrement à la poitrine de leur chemise l'écusson de la garde privée de Fraithure le Fourbe.

Une flèche siffla aux oreilles de Pécoz, qui répliqua d'un coup d'arc bien placé. Bennoït et Davidal étaient descendus de leurs chevaux et combattaient à mains nues les nains qui se jetaient sur eux, poussant des hurlements dignes des meilleurs films de Bruce Lee.

Ce dernier balança un Utshirogeri à un scout tentant de lui planter son épée dans le ventre, suivi d'un Gialzutsuki à un ennemi qui tentait de le prendre lâchement par derrière.

Bennoït de son côté enchaînait Katégaïchi sur Katégaïchi.

Bientôt ils furent recouverts par la masse de scouts, ce qui fit comprendre à la communauté qu'il fallait se battre pour survivre.

Ludwig, en vieil habitué des batailles sur le territoire de la Germanie, lança son cri de guerre :

— Si je meurs, vengez-moi ! Si je recule, tuez-moi !

Ils chargèrent la masse compacte de scouts, perforant les rangs ennemis. Ils tranchaient les têtes à tour de bras du haut de leurs chevaux. Pécoz, que le combat rapproché n'avantageait pas du fait qu'il n'avait pas une arme adaptée, se servait de ses flèches comme autant de poignards.

Tous furent bientôt recouverts de sang, mais le nombre de scouts ne semblait pas diminuer. Ludwig entendit un hurlement quelque part à sa gauche, qu'il reconnut comme étant celui d'El Gomez. Il se fraya un passage, tranchant frénétiquement tout ce qui bougeait et faisait moins d'1m50. Il vit El Gomez, assailli par une dizaine de scouts. Une plaie énorme lui ouvrait le ventre. Celui-ci était à moitié conscient et avait déjà perdu beaucoup de sang. Ludwig chargea et tua tous les scouts, libérant son ami.

— Je vais très bien, le rassura l'Hispanique à travers un bouillon de sang qui commençait à s'écouler de sa bouche, signe d'une hémorragie interne.

Olivius faisait tournoyer son épée, fauchant les scouts par dizaines. Il ne savait pas depuis combien de temps la bataille avait commencé, il avait l'impression qu'il combattait depuis une éternité.

À travers les hurlements des scouts tranchés net et les cris des frères, il perçut le son d'un cor au loin.

Le signal de la retraite !

Les ennemis fuirent le champ de bataille, laissant derrière eux un nombre impressionnant de cadavres. Ils avaient gagné leur première bataille contre la tyrannie de Fraithure le Fourbe !

La guérison d'El Gomez chez Deuwée

Les poings des frères Bennoït et Davidal étaient en sang à force de frapper l'ennemi.

El Gomez avait une plaie béante dans le ventre.

Tous, sans exception, étaient blessés. Seuls Ludwig, Olivius et Pécoz pouvaient s'estimer heureux, n'ayant subi que des blessures minimes.

Autour d'eux, les cadavres s'amoncelaient, le sang formait des rigoles qui allaient rougir les eaux d'un ruisseau coulant non loin de là.

Ils avaient tué au moins une centaine de scouts.

Bennoït alla examiner la blessure d'El Gomez, qui était étendu au sol.

Il écarta ses mains qui tentaient vainement d'empêcher le sang de s'écouler. Au bout de quelques minutes passées à inspecter la plaie sous tous les angles, il se tourna vers le reste du groupe et déclara :

— Il a de la chance, les organes vitaux ne sont pas touchés. Mais il perd beaucoup de sang, dans quelques heures il sera mort. Nous devons le soigner rapidement.

— Tu as du mercurochrome ? Plaisanta Olivius, malgré la gravité de la situation.

— Non, malheureusement, répondit Bennoït, ignorant la plaisanterie. Nous devons le porter rapidement auprès de quelqu'un qui pourra le soigner, il sera bientôt trop tard.

— Auprès de qui ? demanda Pécoz.

— Je ne connais personne capable de soigner une blessure aussi profonde.

— Ce n'est pas possible ! S'indigna Olivius. Il doit exister quelqu'un quelque part qui pourra le soigner. Il ne peut pas mourir comme ça !

Bennoït les regarda tous un par un, l'air désolé. El Gomez était déjà mort pour lui.

Un lourd silence s'installa, entrecoupé des râles d'agonie de l'Hispanique.

— Deuwée, dit finalement Davidal, qui prononçait ses premiers mots depuis qu'il avait rejoint la communauté.

— Deuwée ? L'ermite ? Lui répondit son frère. Il réfléchit quelques secondes puis ajouta : Ça fait des années qu'il s'est isolé et refuse de voir autre chose que les rongeurs qui peuplent sa grotte. Il refusera de le soigner, même pour une noble cause.

— On peut toujours essayer ! S'écria Pécoz qui reprenait espoir.

— C'est loin ? questionna Olivius.

— Non, à quelques heures d'ici, en chevauchant vite. Il faut y arriver avant la tombée de la nuit sinon nous n'arriverons pas à nous repérer dans le noir, dit Bennoït.

Ils hissèrent El Gomez derrière Ludwig et partirent au galop.

La potion d'invisibilité et la taverne du Ehlsaurre

Leur prochain objectif était une taverne, indiquée par Deuwée, dans un village situé non loin de Wharaim. Ils y dormiraient avant d'arriver, le lendemain, à la dernière étape de leur long chemin : le château de Fraithure le Fourbe.

Ils y arrivèrent alors que la nuit tombait. La taverne était un grand bâtiment de pierre. Le vent faisait osciller l'enseigne, pendue à des chaînes au-dessus de l'entrée. Les lettres étaient à moitié effacées par les intempéries, mais ils parvinrent à déchiffrer le nom de l'établissement : Le « Ehlsaurre ».

Ils entrèrent tous ensemble et découvrirent une salle enfumée, remplie de gens. Par-dessus le vacarme des conversations, des éclats de rire et de la musique jouée par une bande de troubadours, la voix du patron les accueillit :

— Holà, étrangers, asseyez-vous, je suis à vous dans un instant.

Ils choisirent une table au fond, le plus loin possible des clients bruyants.

Le patron arriva au bout de quelques instants.

— Que puis-je vous servir, étrangers ?

Ils choisirent tous de prendre une cervoise. Pécoz demanda s'il restait des chambres pour la nuit.

— Il me reste justement 3 chambres de 2 pour cette nuit.

— Parfait, répondirent-ils.

Le temps passait rapidement, les cervoises se succédaient et bientôt une jeune courtisane blonde s'approcha d'eux.

— Je m'appelle Linne Sè, nobles voyageurs, l'un d'entre vous aurait-il envie de passer la nuit avec moi ?

El Gomez allait sauter sur l'occasion, mais il se rappela vite le but de sa mission. Alicia la Blonde devait être sauvée des griffes de Fraithure le Fourbe.

Ils déclinèrent l'invitation et commandèrent une nouvelle tournée de cervoise.

Bennoït et Davidal comparaient le nombre de scouts qu'ils avaient abattus durant la bataille.

Pécoz se pencha vers Olivius et lui expliqua que la décoration manquait nettement de goût, et qu'il aurait plutôt vu un mobilier Louis XVI pour décorer la taverne.

— De toute manière, termina-t-il, ma taverne ça sera autre chose que cet endroit miteux.

— Et au sujet de la fiole de Deuwée, demanda Ludwig par-dessus le bruit des conversations, vous pensez qu'il a dit vrai ?

— Aucune idée, dit Olivius. Bennoït, toi qui le connais, tu crois qu'il nous aurait menti ?

— Ça m'étonnerait, répondit le barbu, je pense que cette potion est réellement magique.

— Dans ce cas, quand pensez-vous qu'on doit l'utiliser ?

— Dès que nous arriverons à proximité du château, Deuwée a dit que les effets étaient courts, donc autant ne pas risquer que les effets se dissipent avant de toucher au but.

Sur cette décision, ils commandèrent une dernière tournée de cervoises et se décidèrent à prendre une nuit de repos. En effet, El Gomez, ayant toujours eu du mal à tenir l'alcool, commençait à faire des avances aux courtisanes présentes dans la salle.

Ils suivirent les indications du patron et se retrouvèrent devant leurs chambres. Ils décidèrent que les frères dormiraient dans la chambre au bout du couloir, Olivius et Pécoz juste en face et Ludwig et El Gomez au milieu.

L'attaque nocturne des ninjas

Au milieu de la nuit, Davidal se réveilla.

Durant son apprentissage chez les hommes à la peau jaune, il avait appris à aguerrir ses sens, et son oreille était devenue aussi fine que celle du léopard. Il avait entendu les craquements trop réguliers du plancher. Quelqu'un s'approchait. Son frère, dont l'oreille était moins fine, dormait toujours.

Davidal entendait les ronflements d'El Gomez, qui cuvait sa cervoise, à travers le mur. Tout semblait calme à part ces craquements réguliers du plancher. Il ne bougea pas, restant couché.

Dans le noir, Bennoït ouvrit lui aussi les yeux. Il avait senti son frère bouger dans le lit à côté. Il le questionna du regard et celui-ci lui fit comprendre par signe que quelqu'un s'approchait de leur chambre. Bennoït hocha la tête et ne bougea pas non plus.

Les craquements se rapprochèrent jusqu'à s'arrêter devant la porte des deux frères. Plus rien. Le silence retomba. Bientôt ils purent distinguer une respiration derrière la porte.

Après une ou deux minutes, le bouton de la porte tourna lentement. La porte s'ouvrit. Les 2 frères ne bougeaient toujours pas, respirant calmement. Ils imitaient à la perfection deux personnes en train de dormir. La porte se referma et les pas s'approchèrent du premier lit, celui de Davidal. Celui-ci pouvait deviner la présence de la personne qui se tenait à côté de lui. Les yeux toujours fermés, imperturbable et incroyablement calme, il entendit une épée tirée de son fourreau. Il imaginait l'ennemi tenant l'arme au-dessus de sa tête, prêt à lui enfoncer la lame dans le ventre.

Davidal entendit le sifflement de l'arme, alors que celle-ci filait droit vers sa tête. Vif comme l'éclair, il roula sur le côté. L'épée alla se planter dans l'oreiller que sa tête occupait encore une demi-seconde avant.

Surpris, l'assaillant eut un instant d'hésitation qui lui fut fatal. Bennoït se tenait déjà derrière lui. Il lui passa le bras autour de la gorge et, d'une rapide torsion du bras, lui brisa net le cou. Son corps s'affala au sol.

Davidal n'eut pas le temps de féliciter son frère, car derrière lui les vitres implosèrent comme des bombes. Une pluie de débris de verre et de morceaux de châssis leur tombèrent dessus, mais aucun des deux ne fut blessé.

De la fenêtre éventrée sortaient des grappes de scouts en tenue de ninja.

— La garde républicaine de Fraithure, on est foutus ! cria Davidal, évitant un shuriken.

Des chambres de leurs amis leur parvenaient les mêmes bruits de verres brisés ainsi que des cris. Ils sortirent rapidement de leur chambre et tombèrent nez à nez avec le reste de la communauté. Ils se mirent à courir à travers le couloir en…

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