
L'histoire : Sherlock Holmes face à Jack l'Éventreur
« Londres, 1888. Les inspecteurs de Scotland Yard sollicitent le concours du célèbre Sherlock Holmes, flanqué de son inséparable Watson, sur une affaire criminelle sordide. Deux meurtres de prostituées viennent de se produire dans la capitale britannique, à quelques jours d'intervalle. Dans les deux cas, les victimes ont été sauvagement mutilées. Holmes travaille sur les maigres indices à sa disposition, sans beaucoup de résultats. Jusqu'à ce que surgisse une nouvelle péripétie : l'assassin s'est manifesté par courrier, pour narguer la police. Il signe « Jack l'Éventreur »... »
L'adaptation BD : une collaboration réussie
Depuis mai 2008, la collection « Rivages/Casterman/Noir » remet à l'honneur le genre du polar. Lancée conjointement par Payot/Rivages et Casterman, elle regroupe les adaptations en bande dessinée des plus grands romans noirs publiés aux éditions Rivages Noir. Cette fois-ci, c'est le best-seller de l'Irlandais Michael Dibdin, L'Ultime défi de Sherlock Holmes, qui se voit adapté par le duo Jules Stromboni et Olivier Cotte (qui ont déjà réalisé la BD Le Futuriste ensemble).
Deux personnages mythiques en confrontation
Le récit de Dibdin propose une version bien noire de Sherlock Holmes. L'invocation d'un autre personnage bien connu, Jack l'Éventreur, y est sans aucun doute pour quelque chose. L'originalité du roman réside dans la confrontation de ces deux personnages mythiques, qui font tous deux partie de l'imaginaire populaire.
Stromboni et Cotte reprennent les caractéristiques bien connues des deux personnages. Sherlock Holmes apparaît comme fantasque, parfois à la limite de la folie (ses injections de cocaïne y étant peut-être pour quelque chose), présomptueux et méprisant vis-à-vis de la police. Il est omniprésent, apparaissant et disparaissant quand bon lui semble.
À l'inverse, le fameux Jack l'Éventreur reste invisible tout au long de l'album, car il demeure insaisissable. Il semble de ce fait être un double négatif de Sherlock Holmes. Sa propre folie se révèle dans ses crimes, qui nous sont montrés dans toute leur atrocité.
Alors qui de ces deux personnages charismatiques l'emportera sur l'autre ? Les auteurs réussissent à maintenir l'indécision jusqu'à la toute fin de l'album. La résolution de l'intrigue est d'ailleurs des plus originales. Il ne vous reste plus qu'à découvrir...
Le style graphique : une immersion dans le XIXe siècle
Le graphisme adopté pour cet album étonne dès les premières pages. Les auteurs ont choisi de reproduire la trame des papiers à l'ancienne, type papier journal de mauvaise qualité (on voit ainsi tous les « pixels »). Ce choix est renforcé par certaines cases en forme de médaillons et certains effets stylisés.
Cette technique plonge immédiatement le lecteur dans l'époque des romans feuilletons illustrés dans les journaux, qui correspond bien à la temporalité du récit raconté. Les auteurs affichent ainsi leur parti pris pour le roman populaire, comme une mise en abyme des romans de Conan Doyle.
Certaines planches représentant le quartier populaire et miséreux de Whitechapel rappellent également les romans de Charles Dickens. Pour les traits du célèbre détective, les auteurs semblent s'être inspirés de l'acteur Jeremy Brett (qui joua le rôle de Sherlock Holmes entre 1984 et 1994). Stromboni a réussi à donner beaucoup de vivacité à ce personnage fantasque, dont les allées et venues impriment un rythme au récit.
Dans l'ensemble, les auteurs ont créé une ambiance réussie, bien noire comme tout bon polar.
Informations pratiques
Titre : L'Ultime défi de Sherlock Holmes
Auteurs : Jules Stromboni et Olivier Cotte
Éditeur : Casterman
Collection : Rivages/Casterman/Noir