
En mars 1989, à dix-neuf ans, Nathalie Schweighoffer, après avoir intenté un procès à son père, décide d'écrire son histoire...
« Qu'est-ce qui m'arrive ? Il est là dans son peignoir marron, debout devant mon lit, l'air bizarre, le regard dur, froid, comme si j'avais fait quelque chose de mal. J'ai rien fait de mal aujourd'hui. Pourquoi j'ai peur ? Je recule contre le mur, je m'y écrase, je tire le drap sur moi. Je devrais sûrement foutre le camp, me barrer, mais il y a le mur derrière et mon père devant... »
Ainsi commence le récit marquant de Nathalie, qui entraîne le lecteur dans un gouffre d'effroi et de révolte envers ce père qui, durant cinq années, va violer, battre et humilier sa fille par des actes sadiques et terrifiants. Le but n'est évidemment pas d'étaler les détails de ces crimes, mais bien d'aider les victimes à briser le silence.
Un témoignage bouleversant sur l'inceste
Dès le début, l'atmosphère pesante du livre nous serre la gorge. C'est dans l'horreur que nous découvrons, à travers ses mots et son vécu, l'histoire d'une petite fille qui rêvait, qui jouait au tennis avec son ami Frank, qui aimait encore la vie. Tout cela brisé par des interrogatoires pervers, des attouchements dans un recoin sombre d'une chambre d'enfant, des coups avec une ceinture... L'évolution d'une Nathalie encore fière de son père, puis d'une Nathalie le haïssant. Le renfermement total de cette adolescente criant intérieurement toute sa souffrance, sa honte, son cauchemar qu'on a l'impression de vivre à chaque page.
Puis vient la montée de la perversion, de la honte, la peur d'entendre la porte de la chambre s'ouvrir pour subir indéfiniment les mêmes monstruosités. Retracé ici dans un style sec qui ne peut que bouleverser. La lecture devient alors presque insoutenable car, en l'espace d'un instant, c'est nous qui endurons la violence, c'est nous qui souffrons en silence : c'est nous qui sommes victimes.
La souffrance et la quête de libération
Ce « père » poussé à un sadisme extrême va détruire la vie de Nathalie et de sa famille dans une longue et douloureuse torture que nous découvrons à chaque ligne, les larmes aux yeux, la rage au ventre, en nous demandant pourquoi. Pourquoi n'a-t-elle rien dit ? Sûrement à cause de la peur des coups, des viols et surtout de la honte. Cette culpabilité grandissante du fait qu'à douze ans, elle n'a pas su se défendre face aux provocations et chantages de ce père abject et autoritaire. Que face à la pression et la violence des flagellations, elle n'a pas pu l'arrêter dans sa folie...
Le tuer, voilà ce qu'elle voulait. Prendre un couteau, n'importe lequel, et l'entendre hurler. Souffrir comme elle avait souffert et souffre encore : se venger jusqu'à se libérer de ses chaînes. Mais le secret si longtemps gardé va finir par éclater et c'est ainsi que Nathalie Schweighoffer termine cet ouvrage avec une force et un courage exceptionnels.
Un livre pour briser le silence sur les violences incestuelles
Ce que je retiens de ce livre, c'est qu'il est bien plus qu'un simple témoignage. « J'avais douze ans... » est un ouvrage qui peut choquer les plus sensibles d'entre vous. Mais c'est le moindre que nous pouvons endurer pour les 20 000 enfants maltraités chaque année en France. Pour Nathalie, pour son enfance souillée par cet être immonde qui, en pleine nuit, entrera encore et toujours dans sa chambre. Pour détruire à jamais sa vie...
« Vendredi 29 décembre 1989. J'ai dix-neuf ans aujourd'hui. Merci d'avoir fait silence en m'écoutant crier. »
J'avais douze ans...
De Nathalie Schweighoffer avec la collaboration de Marie-Thérèse Cuny
Ressources et aides pour les victimes d'inceste
Voici une liste de sites internet et d'un numéro de téléphone pour vous renseigner, vous conseiller et, je l'espère si c'est le cas, vous aider :
- 119 Enfance en danger : numéro national gratuit
- Violences Femmes Infos : 3919
- Ligne Écoute Inceste : ecoute-inceste.org
- Association Mémoire Traumatique et Victimologie : memoiretraumatique.org
Merci à Mélanie pour ses conseils concernant cet article et son écoute.