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Il court, il court...

Sarah, collégienne naïve, est invitée à une fête par la populaire Annie. Droguée et abusée, elle découvre l'horreur du « jeu du furet ».

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Il court, il court ton furet, il court, il court comme ta naïveté... Trop tard...

Fin juin, dernière heure de cours. La cloche sonne et les centaines de collégiens surexcités dévalent les escaliers dans un joyeux brouhaha. Sarah devrait être heureuse de quitter cet horrible collège qu'elle avait tant haï durant l'année. Pourtant, ses lèvres formaient un sourire amer de déception. Que se passait-il ? Sarah avait certes été une fille banale dans cet établissement : elle n'avait fréquenté aucune des bandes soi-disant branchées, ni eu de petit ami réputé. Pourtant, elle était triste de quitter ce collège. L'année prochaine, il lui faudrait entrer au lycée et elle appréhendait ce moment... Si elle avait su...

Soudain, une douleur au bras la sortit brutalement de ses pensées. Annie ?!

Annie, la fille la plus réputée du collège, l'avait attrapée par le bras ! Annie était ce qu'on peut appeler une fille de bonne famille, toujours bien vêtue avec ses rubans dans les cheveux. Elle était d'une beauté pure, telle les poupées de porcelaine des petites filles. Annie possédait une grâce naturelle, la pureté de son regard vous dévisageait lentement...

Sarah, sous l'étonnement, ne put balbutier qu'un morceau de phrase incohérent. Mal à l'aise, elle interrogea Annie du regard.

C'est alors que la phrase, la plus belle phrase que Sarah n'avait jamais entendue, sortit des lèvres sucrées d'Annie... Si elle avait su...

— Ce soir, j'organise une petite fête de fin d'année chez moi. Oh, rien de bien compliqué, juste une petite soirée avec quelques amis. Voudrais-tu te joindre à nous ? Ça me ferait plaisir !

Sarah faillit s'évanouir, mais elle prit une voix assurée et répondit positivement à l'invitation.

— OK, alors à ce soir, huit heures. Mes parents ne seront pas là. Bye !

Soudain, Sarah se sentit envahie d'une fierté immense qui lui donna des ailes et elle courut jusqu'à chez elle pour passer en revue ses vêtements.

À huit heures, elle était prête. Elle avait choisi une tenue assez légère mais qui donnait à sa silhouette une apparence habillée et distinguée. Une dernière touche de gloss et voilà, elle était sur le chemin de la fête.

Une boule d'angoisse lui tordait le ventre, mais c'est avec son plus beau sourire qu'elle sonna à la porte. Annie lui ouvrit chaleureusement.

Annie précéda Sarah dans le couloir et les jeunes filles se retrouvèrent dans le salon. Les présentations furent brèves : il y avait une autre fille, Annabel, et sept garçons qui eux étaient sûrement en seconde.

Annie demanda à l'un d'eux de tirer tous les rideaux du salon, ce qui plongea tout le monde dans une semi-obscurité. Annie revint de la cuisine avec un plateau contenant dix verres de jus de fruits. Chacun prit un verre et le but d'un trait. Alors pour ne pas paraître différente, Sarah engloutit son jus d'orange. Elle fut prise d'un petit vertige, quelque chose d'anormal se passait... Il court, il court le furet... c'est ce qu'Annie lui chantonnait à l'oreille...

Sarah se réfugia dans un coin. À chaque respiration, elle pouvait sentir l'air circuler dans tout son corps, elle pouvait voir l'univers dans ses mains, le salon se transformait en plusieurs couleurs, tout était irréel...

Grégory, un des garçons, s'approcha et lui murmura :

— Tu as de la chance, mais ne t'inquiète pas, je suis là.

Que voulait-il dire ? Quelle chance ?

Sarah n'avait jamais fait l'amour, mais jamais elle n'aurait imaginé que ce moment-là serait si intense. On aurait dit une copulation de deux animaux, c'était si beau... Si elle avait su...

Ainsi toute la soirée fut basée sur un délire général. Annie ramena Sarah chez elle et l'embrassa en lui murmurant : « À bientôt, tu fais partie de nous maintenant. Et rappelle-toi : il court, il court... »

Trop fatiguée, Sarah s'écroula dans son lit. Le lendemain matin, elle se réveilla avec un douloureux mal de tête. Elle se remémora la soirée : trou noir. Elle se souvint du verre de jus d'orange et des murs qui bougeaient ! On l'avait droguée !!! Comment Annie, une fille si sage, de bonne famille, avec son visage de poupée, pouvait faire de telles soirées ? Et elle, pauvre idiote, qu'avait-elle fait !!!

Sarah courut chez Annie. La voiture des parents n'était pas là. Sarah sonna. Personne. Elle tourna la poignée et la porte s'ouvrit. Là, elle découvrit l'horreur... Les neuf personnes d'hier étaient toutes dans le salon, triste spectacle. Des verres jonchaient le sol, tout n'était qu'une immense copulation indescriptible, les sécrétions se mélangeaient... Il court, il court...

Dégoûtée, Sarah courut se réfugier dans sa chambre. Mais quelle horreur !!! Heureusement qu'elle n'était pas restée !!! Lasse, Sarah se rendit dans la salle de bain pour prendre une douche, mais lorsqu'elle se déshabilla, le cauchemar devint réalité : son corps était tailladé, sa culotte pleine de sang séché, elle avait des suçons entre ses cuisses et des griffures sur les seins, ses poignets étaient marqués par une trace, un frottement. On l'avait attachée !!!

Soudain, Sarah comprit. La soirée d'hier, ils avaient tous abusé d'elle, ils l'avaient attachée et ce qu'elle avait vu tout à l'heure n'était que le reflet de la scène de la veille ! Non, ce n'est pas possible... Sarah, la fille qui n'était même jamais sortie avec un garçon, avait eu...

On l'avait droguée, torturée, et... Sarah pleurait. Elle avait honte, elle se sentait souillée, sale. Jamais plus elle ne pourrait redevenir la jeune Sarah pure et naïve, tout avait changé...

Il court, il court le furet...

Le lendemain matin, les journaux publiaient en première page le récit affreux du carnage de la nuit dernière : « Une jeune ado a tué de sang-froid ses neuf camarades lors d'une fête avant de se donner la mort. Les circonstances du drame restent inexpliquées, le village est sous le choc : tous ces ados étaient de bonnes familles. »

Il court, il court le furet, fais attention à ce qu'il ne t'attrape pas...

Qu'est-ce que le jeu du furet ?

Le jeu du furet consiste à verser dans des verres de la drogue, plus souvent du LSD. En général, un ou deux verres ne contiennent pas de drogue : ce sont les chaperons qui doivent veiller sur les autres. Ce jeu est très répandu, alors attention au furet... car il court toujours...

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eylha
Eylha W @eylha
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