Scene from a film adaptation of the novel Wuthering Heights
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Les Hauts de Hurlevent : analyse d'un amour absolu

Plongez dans l'analyse des Hauts de Hurlevent, une œuvre brute où passion destructrice et vengeance s'entrechoquent. Découvrez comment Emily Brontë bouscule les conventions morales à travers une narration complexe et des âmes torturées.

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L'atmosphère y est si dense qu'on a l'impression de sentir le vent des landes anglaises nous gifler le visage en tournant les pages. Bien plus qu'une simple histoire d'amour, ce chef-d'œuvre d'Emily Brontë est une tempête brute qui a bousculé la littérature victorienne et continue de fasciner, ou de choquer, les nouvelles générations. Entre passion destructrice, vengeance froide et surnaturel, voici une exploration profonde d'un roman qui ne laisse personne indifférent.

L'unique roman d'une sœur prodigieuse

Il est difficile d'imaginer qu'une œuvre d'une telle puissance ait été conçue par une femme qui vivait reclusa, loin du tumulte du monde littéraire londonien. Emily Brontë, l'aînée des sœurs Brontë, n'a écrit qu'un seul roman avant sa mort prématurée à trente ans. Pourtant, cette œuvre unique suffit à asseoir sa réputation de génie littéraire, se distinguant radicalement de celles de ses sœurs Charlotte et Anne par sa violence et sa rupture avec les conventions morales de l'époque.

Emily Brontë, une figure mystérieuse

Née dans le Yorkshire, Emily a grandi dans un presbytère isolé entouré de landes sauvages, un cadre qui a profondément imprégné son imagination. Contrairement à ses sœurs qui ont tenté, plus ou moins, de se conformer aux rôles féminins de l'époque en travaillant comme gouvernantes, Emily s'est toujours sentie comme un étranger sur Terre. Elle était une femme libre, farouche, qui préférait la compagnie des animaux de ferme et de ses propres pensées créatrices à celle des humains.

Cette singularité se ressent dans chaque ligne de son écriture. Elle n'a pas cherché à écrire un roman « moralisateur » ou édifiant, mais à extérioriser une vision du monde brut et primitive. Les écrivains de son temps avaient du mal à classer son livre. Certains critiques contemporains, choqués par la cruauté des personnages et l'absence de repères moraux clairs, ont qualifié l'œuvre de « sauvage », « confuse » et « disjointe ». Pourtant, c'est précisément ce refus des conventions qui rend le roman si moderne et si captivant pour le lecteur d'aujourd'hui.

Une œuvre née des landes du Yorkshire

On ne peut comprendre ce livre sans comprendre le paysage qui l'a vu naître. Les landes (moors) du Yorkshire ne sont pas simplement un décor ; elles sont un personnage à part entière, vivant et respirant. C'est un espace de liberté absolue, situé en dehors des villes et des civilisations, où les règles sociales ne s'appliquent plus. C'est là que les protagonistes trouvent leur véritable nature, loin du regard jugeant de la société.

L'écriture d'Emily Brontë puise dans cette terre aride et venteuse une poésie sombre et puissante. Le vent qui hurle autour de la bâtisse principale n'est pas là pour faire joli ; il reflète les tourments intérieurs des habitants. La nature est indifférente à la souffrance humaine, elle suit son cycle implacable de destruction et de renaissance, tout comme la haine et l'amour qui traversent le récit. Lire ce roman, c'est accepter de se laisser tremper par cette bruine froide et salée, c'est s'aventurer sur un terrain mouvant où rien n'est stable.

Une narration complexe et enchâssée

Scene from a film adaptation of the novel Wuthering Heights
Public domain / (source)

Ne vous attendez pas à une histoire linéaire racontée par un narrateur omniscient qui sait tout et voit tout. L'une des plus grandes forces de l'ouvrage réside dans sa structure narrative sophistiquée, qui joue avec les points de vue pour brouiller les pistes et multiplier les perspectives. Emily Brontë utilise une technique de « récit encadré » qui nous force à jouer au détective pour reconstituer la vérité.

Les regards croisés de Lockwood et Nelly

L'histoire nous est racontée par deux narrateurs principaux, qui ne sont ni plus ni moins que des témoins de second plan. Tout commence avec Mr. Lockwood, un citadin un peu naïf qui vient louer une maison des champs, les « Granges de Thrushcross ». Curieux de son voisinage, il rend visite à son propriétaire, M. Heathcliff, qui réside dans la bâtisse principale donnant son titre au livre. Lockwood sert de porte d'entrée pour le lecteur : il est aussi dérouté que nous par l'atmosphère lourde et hostile qui règne là-bas.

Cependant, Lockwood ne comprend pas ce qu'il observe. Pour en savoir plus, il s'en remet à la gouvernante des lieux, Nelly Dean. C'est elle qui tient la plus grande partie du récit, racontant l'histoire passée des familles Earnshaw et Linton. Mais Nelly est loin d'être neutre. Elle participe à l'action, juge les personnages et parfois même manipule les événements. Il faut donc lire entre les lignes et se méfier de son propre biais, ce qui ajoute une couche de complexité psychologique fascinante.

L'effet de miroir et la distanciation

Cette double narration crée une distanciation intéressante. Nous voyons les protagonistes non pas de l'intérieur, mais à travers le prisme déformant de deux personnes extérieures à la passion dévorante qui les anime. C'est un peu comme regarder une pièce de théâtre derrière une vitre sale : on devine l'intensité des émotions, mais on ne peut jamais totalement y accéder.

De plus, le texte original joue subtilement avec le dialecte du Yorkshire, notamment à travers le personnage de Joseph, le vieux serviteur bigot et grincheux. Si cela a pu rendre la lecture difficile pour certains lecteurs sudistes de l'époque victorienne, cela donne aujourd'hui une authenticité vibrante à l'ensemble. Cela ancre l'histoire dans une réalité géographique précise, renforçant l'immersion du lecteur dans ce monde isolé où le temps semble suspendu.

Heathcliff et Catherine : une liaison explosive

Au cœur de cette tourmente se trouve une relation qui défie toute classification. Est-ce de l'amour ? Est-ce de la haine ? Est-ce une obsession maladive ? Le lien qui unit Heathcliff et Catherine Earnshaw dépasse les frontières de la raison et du biologique. C'est sans doute l'un des couples les plus toxiques et pourtant les plus mythiques de la littérature, une liaison qui a marqué des générations de lecteurs et d'auteurs.

L'origine de la haine et de l'amour

Heathcliff arrive aux Hauts de Hurlevent un jour d'orage, un petit garçon gitans trouvé dans les rues de Liverpool par le père de Catherine. Son arrivée bouleverse l'équilibre familial. Si Catherine s'y attache rapidement, développant avec lui une complicité sauvage et indéfectible, le frère aîné, Hindley, le déteste dès le premier regard et va le traiter comme un esclave ou un animal domestique.

Cette enfance commune, faite de privations et de rébellion contre la tyrannie de Hindley, va forger un lien indestructible. Heathcliff est le « double » sombre de Catherine, son âme sœur, son alter ego. Mais leur séparation, causée par les injonctions sociales et la maladie de Catherine, va tout briser. En épousant Edgar Linton, un homme « correct » et riche, Catherine trahit sa propre nature. Elle tente d'élever son rang social, ne comprenant pas qu'en faisant cela, elle condamne Heathcliff et elle-même au désespoir éternel.

Le concept de double et d'âme sœur

La célèbre déclaration de Catherine, affirmant qu'elle « EST » Heathcliff (« I am Heathcliff »), résume toute la philosophie du roman. Elle ne le voit pas comme un être distinct, mais comme une extension de sa propre chair et de son esprit. La disparition de l'un signifierait la fin de l'autre. Cette idée d'une unité fondamentale qui transcende le corps physique est ce qui donne au récit sa dimension presque métaphysique et gothique.

Face à cette trahison, Heathcliff se transforme. Il quitte la maison pour revenir des années plus tard, riche, cultivé, mais froid comme le marbre. Son existence ne sera plus guidée que par un unique but : la vengeance.

C'est une vengeance à la fois chirurgicale et terrifiante qu'il déploie, ne laissant rien au hasard pour détruire ceux qu'il estime lui avoir volé sa vie. Il ne s'agit pas d'une colère chaude et désordonnée, mais d'un froid calcul qui va briser les deux familles, les Earnshaw et les Linton, avec une méthode implacable.

La destruction méthodique des lignées

Heathcliff comprend vite que pour blesser Edgar Linton, cet homme doux et civilisé qu'il exèdre, il doit frapper là où cela fait le plus mal : l'héritage et le nom. Il commence par épouser Isabelle, la sœur d'Edgar, non pas par amour, mais par pur sadisme. Il traite cette femme tendre avec une brutalité qui frôle la folie, la réduisant à l'état d'objet pour piéger son beau-frère. Dans l'une des scènes les plus poignantes du roman, il suspend le chien d'Isabelle devant un groupe de chiens batailleurs, un acte symbolique de sa cruauté naissante qui ne s'arrêtera plus.

Parallèlement, il profite de la faiblesse d'Hindley, devenu alcoolique et dément après la mort de sa femme, pour prendre le contrôle des Hauts de Hurlevent. Hindley, qui l'avait traité comme un esclave, se retrouve lui-même réduit à la misère dans sa propre maison, tandis que Heathcliff accumule les dettes de jeu contre la propriété. Le cercle est vicieux : l'oppressé devient l'oppresseur, reproduisant avec une violence décuplée les humiliations qu'il a subies. Le fils d'Hindley, Hareton, né dans l'ombre, subit le même sort que Heathcliff autrefois : il est privé d'éducation, gardé sale et illettré, traité comme un serviteur.

Mais le coup de grâce le plus cruel réside dans sa prise en contrôle du jeune Linton, le fils maladif et lâche qu'Isabelle a eu avant de fuir. Heathcliff instrumentalise cet enfant pour s'emparer des Granges de Thrushcross en le mariant de force à la jeune Cathy, la fille de Catherine et d'Edgar. Cette union contre-nature, scellée sous la menace de la mort, permet à Heathcliff de réunir les deux domaines et de spolier entièrement la lignée Linton. Il devient ainsi le maître absolu des deux mondes, celui des tempêtes et celui du calme, mais son âme reste un désert glacé.

L'opposition symbolique des deux demeures

Pour saisir toute la portée du conflit qui déchire les personnages, il faut apprécier la géographie symbolique instaurée par Emily Brontë. Les Hauts de Hurlevent et les Granges de Thrushcross ne sont pas de simples habitations ; elles incarnent deux visions du monde, deux philosophies de vie irréconciliablement opposées.

Wuthering Heights : la tempête et la passion

Les Hauts de Hurlevent, dont le nom anglais signifie littéralement « les sommets exposés aux tempêtes », sont une forteresse rudimentaire. La maison est décrite comme bâtie pour résister, avec des pierres robustes mais délabrées, des fenêtres profondément enfoncées, des cheminées vastes. C'est un lieu âpre, où l'air est saturé de sel et de brume, et où la nature pénètre littéralement à l'intérieur.

C'est le territoire de Heathcliff et de Catherine, là où règnent les instincts primitifs, la colère, l'amour obsessif et une forme de sauvagerie noble. On y mange à même le sol, on y crie, on y souffre à vif. C'est un espace de chaos vital, mais aussi de vérité brute. Là, les masques sociaux tombent ; les êtres sont ce qu'ils sont, guidés par des forces qui les dépassent.

Thrushcross Grange : le calme et l'hypocrisie

En contrepoint, les Granges de Thrushcross (littéralement « le carrefour des grives ») représentent l'ordre, la civilisation, la richesse matérielle et la douceur de vivre. C'est une maison confortable, ornée de tapisseries, de nappes blanches et de livres précieux. C'est le refuge des Linton, une famille qui valorise l'éducation, les bonnes manières et la paix sociale.

Cependant, sous cette apparente perfection, Emily Brontë suggère une faiblesse fondamentale. Edgar et Isabella, élevés dans cette serre chaude, manquent de vitalité et de caractère face à la tempête que représentent Heathcliff et Catherine. Ils sont fragiles, facilement malades, et incapables de comprendre la profondeur des émotions qui agitent leurs voisins. L'auteure ne blâme pas cette civilisation, mais en montre les limites face à une passion qui ne connaît pas les lois. Catherine sera d'ailleurs fascinée par ce luxe, s'y laissant séduire au point d'oublier sa nature, mais cette tentation sera sa perte.

Le surnaturel comme reflet de l'âme

Cast members of a Wuthering Heights film or television adaptation
Panapp / CC BY-SA 3.0 / (source)

Dès les premières lignes, le lecteur est plongé dans une atmosphère où la frontière entre les vivants et les morts est poreuse. Ce n'est pas un roman de fantômes au sens traditionnel et effrayant du terme, mais plutôt une utilisation du surnaturel pour manifester la puissance des sentiments humains qui refusent de s'éteindre.

Le fantôme à la fenêtre

Qui peut oublier la scène d'ouverture où Lockwood, essayant de dormir dans la chambre de l'ancienne maîtresse de maison, est réveillé par une main glacée qui passe à travers la vitre ? « Je suis rentré chez moi », pleure la voix de Catherine Earnshaw. Cette hantise n'est pas là pour faire peur, mais pour témoigner d'un amour qui refuse la séparation physique. La fenêtre, frontière entre le monde intérieur de la maison et les landes extérieures, devient le lieu de passage entre la vie et la mort.

Heathcliff, lui, ne cherche pas la paix. Après la mort de Catherine, il passe ses nuits à appeler son esprit, à frapper aux murs, à creuser sa tombe pour être plus près d'elle. Il ne croit pas nécessairement en un paradis chrétien, mais en une existence continue de l'âme qui l'habite. Sa propre mort, vers la fin du récit, est traitée avec une étrange douceur mélancolique. On le trouve gisant sur le lit, la fenêtre ouverte, le visage transformé par un sourire extatique, comme si sa propre mort n'était que l'ultime étape pour rejoindre son double.

Une nature qui a une âme

Les landes elles-mêmes participent à cette dimension spirituelle. Le ciel changeant, l'herbe qui pousse sur les tombes, les pierres brisées : tout semble chargé d'une présence mystique. Emily Brontë, qui avait elle-même une sensibilité quasi mystique, nous laisse entendre que si les êtres humains peuvent se détruire entre eux, la terre, elle, reste témoin de leur passion éternelle.

La renaissance par la génération suivante

Heathcliff et Catherine se détruisent mutuellement, mais leur amour n'est pas vain. Le roman, loin de se terminer sur une note purement nihiliste, offre une lueur d'espoir à travers les descendants. C'est là que le génie d'Emily Brontë opère un retournement magistral : elle propose une solution possible aux conflits de l'âme et du corps.

Cathy Linton et Hareton Earnshaw

La jeune Cathy, fille de Catherine et d'Edgar, et Hareton, le fils illégitime d'Hindley, sont à première vue condamnés à répéter les erreurs du passé. Cathy hérite de la beauté et de la vivacité de sa mère, mais aussi de sa fougue, tandis que Hareton porte en lui la sauvagerie et la dignité bafouée de Heathcliff.

Au début, Cathy méprise Hareton, tout comme sa mère méprisait l'origine d'Heathcliff. Mais la différence fondamentale est que ces deux jeunes gens sont capables d'évoluer. Hareton, malgré son manque d'éducation, fait preuve d'une noblesse de cœur et d'une soif d'apprendre qui touchent Cathy. Elle l'aide à lire, lui redonnant ainsi sa dignité humaine. De son côté, Hareton apprend à aimer sans possessivité.

La fin du cycle infernal

Dans l'une des plus belles scènes du livre, Hareton plante des jardinets pour faire plaisir à Cathy, un geste doux et créatif qui tranche radicalement avec la destruction orchestrée par Heathcliff. Ce moment marque la fin du cycle de la vengeance. Heathcliff, observant cette nouvelle affection naissante, finit par perdre sa volonté de nuire. Il voit en Hareton une ressemblance avec Catherine qui l'attend, et dans ce couple renouvelé, la possibilité d'un amour qui ne tue pas.

La condition féminine face au destin

Si l'amour de Heathcliff et Catherine retient souvent toute l'attention, il ne faut pas négliger la place centrale qu'occupent les femmes dans ce roman. Emily Brontë, bien que vivant au XIXe siècle, a esquissé des portraits de femmes complexes, qui ne sont ni de simples victimes ni des anges figures de proue, mais des êtres humains déchirés par les contradictions de leur époque. À travers les générations, on assiste à une évolution, ou plutôt à une lutte, pour affirmer son identité dans une société qui cherche à les enfermer dans des rôles prédéfinis.

Le mariage comme seule issue

Pour Catherine Earnshaw, le mariage n'est pas une fin romantique, mais un calcul tragique. En choisissant Edgar Linton, elle cherche la sécurité sociale et l'élévation statutaire que Heathcliff, en tant qu'orphelin « sauvage », ne peut lui offrir. Elle agit en cynique lucide, consciente qu'elle trahit son cœur pour se conformer aux attentes d'une femme de la gentry. Sa célèbre confession à Nelly sur le fait qu'elle s'est mariée parce qu'elle est « folle » ou qu'elle a « mal à la tête » souligne l'impuissance féminine face aux structures économiques de l'époque.

Isabelle Linton, quant à elle, incarne l'idéal romantique de la jeune fille cultivée et protégée, qui va se briser contre la réalité brutale d'un mariage abusif. Sa fuite des Hauts de Hurlevent est un acte de courage immense, une rupture radicale avec sa vie antérieure pour préserver son enfant et elle-même. Elle illustre l'envers du décor du mariage victorien : la violence domestique et l'isolement total de l'épouse une fois passée la porte du domaine conjugal.

Isabelle et Nelly : deux formes de résistance

Face à la tempête, les femmes du roman trouvent des moyens variés de survivre. Isabelle choisit l'exil physique, s'éloignant du Yorkshire pour offrir une vie différente à son fils, même si elle ne parvient pas à le protéger totalement de l'emprise paternelle. Nelly Dean, elle, pratique une forme de résistance par la parole. En tant que narratrice, elle prend le contrôle de l'histoire. C'est une femme du peuple, pragmatique et morale, qui juge les aristocrates tout en servant leurs intérêts. Elle tente, souvent en vain, d'orienter le destin des enfants qu'elle élève, usant de persuasion et de subterfuge pour limiter les dégâts causés par les passions des adultes.

Cathy, la fille de la seconde génération, hérite de cette force. Elle est plus éduquée, plus mondaine que sa mère, mais elle possède la même farouche détermination. Son refus initial de céder aux intimidations de Heathcliff, puis sa capacité à pardonner et à aimer Hareton au-delà des barrières sociales, montrent une nouvelle forme d'agency : elle ne subit plus son destin, elle le négocie.

Une postérité culturelle fascinante

Cast of the Italian film adaptation Cime tempestose (Wuthering Heights)
Panapp / CC BY-SA 3.0 / (source)

Il est rare qu'un roman considéré comme « confus » et « sauvage » par ses contemporains devienne, un siècle et demi plus tard, une pierre angulaire de la culture pop. Pourtant, l'histoire des Hauts de Hurlevent a dépassé les bibliothèques pour envahir les écrans, les scènes de musique et l'imaginaire collectif. Cette capacité à se réinventer à chaque époque prouve que les questions soulevées par Emily Brontë sur l'amour, la classe et l'identité restent universellement pertinentes.

Les défis de l'adaptation cinématographique

Adapter ce roman au cinéma ou à la télévision est un défi redoutable que beaucoup de réalisateurs ont relevé, avec plus ou moins de succès. La complexité de la structure narrative, le double récit et la violence des sentiments ont souvent obligé les scénaristes à couper dans le vif, se concentrant souvent uniquement sur la première génération de personnages, celle de Heathcliff et Catherine, au détriment de la résolution apportée par leurs descendants. Récemment encore, des tentatives modernes ont montré à quel point l'œuvre divise, suscitant des débats passionnés sur la fidélité au texte ou l'interprétation des intentions de l'auteur. Chaque époque projette ses propres angoisses sur les landes du Yorkshire, faisant du roman un miroir tendu aux cinéastes.

Ces adaptations visuelles ont considérablement façonné l'image que le public se fait des personnages, créant une esthétique gothique madeleine de terreur et de mélancolie qui colle parfaitement à l'ambiance du livre, même si elle en simplifie parfois les nuances.

Une inspiration musicale et moderne

L'impact du roman dépasse largement le cadre de la littérature et du cinéma. L'un des hommages les plus célèbres est sans doute la chanson éponyme de la chanteuse britannique Kate Bush. Écrite alors qu'elle n'avait que dix-huit ans, cette pièce musicale a capturé l'essence fantomatique et obsessionnelle de l'œuvre. La chanteuse s'était inspirée d'une adaptation télévisuelle qu'elle avait vue à la télévision, sans même avoir lu le livre au préalale, pour écrire des paroles qui résonnent avec la voix de Catherine suppliant depuis l'au-delà.

Cette appropriation par la musique populaire montre que la résonance émotionnelle des Hauts de Hurlevent transcende les frontières artistiques. Que ce soit à travers des groupes de metal progressif reprenant le nom du groupe ou des ballades mélancoliques, l'esprit sauvage d'Emily Brontë continue d'inspirer les artistes qui cherchent à exprimer la beauté dans la douleur et la passion absolue. C'est la preuve ultime que ce roman n'est pas un fossile littéraire, mais un organisme vivant qui continue de se muter et de toucher un public jeune et avide de récits intenses.

Conclusion

En refermant Les Hauts de Hurlevent, on ressort souvent secoué, comme si on avait survécu à une tempête. L'œuvre d'Emily Brontë n'est pas un roman confortable ; elle refuse de nous donner des leçons de morale simples ou des fins heureuses bonbon. Au contraire, elle nous plonge dans les méandres les plus sombres de la psychologie humaine, nous confrontant à des personnages qui aiment trop fort, haïssent trop profondément et souffrent sans retenue.

Ce qui rend cette lecture indispensable aujourd'hui, c'est cette modernité fulgurante. Les questions de classe sociale, d'identité sexuelle, de liberté individuelle et de violence domestique y sont traitées avec une brutalité désarmante. Emily Brontë a su créer un monde où la nature n'est pas un simple décor, mais une force active qui reflète et juge les actions des humains.

Finalement, le message qu'il faut retenir n'est pas tant celui de la destruction que celui de la résilience. À travers la seconde génération, l'auteure nous offre une lueur d'espoir : il est possible de briser le cycle de la vengeance. L'amour ne doit pas être une force qui consume et tue, comme ce fut le cas pour Catherine et Heathcliff, mais une force qui élève et guérit, comme l'illustre l'union naissante entre Cathy et Hareton.

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Hugo Lambot @page-turner

Je dévore des livres depuis que j'ai appris à lire. Romans, essais, BD, mangas, poésie – tout y passe. Libraire à Angers, je passe mes journées à conseiller des lecteurs et mes soirées à en être un moi-même. J'ai un carnet où je note toutes mes lectures depuis 2012, avec des étoiles et des citations. Mes critiques essaient de donner envie sans spoiler, parce que rien ne vaut la surprise d'une bonne histoire.

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