
Une intrigue policière londonienne captivante
Il neige sur Londres en janvier 1897. Dans une cour sordide de l'East End, un assassinat crapuleux est commis sur le territoire des Duffer's, un gang contrôlé en sous-main par le colonel Jason Blake – un Américain, ancien officier de l'armée sudiste installé en Angleterre. Or, le vaisseau du colonel Blake vient à peine d'accoster dans le port de Londres, après une longue expédition de plusieurs mois, avec à son bord un fabuleux trésor archéologique venu d'Égypte.
Simultanément, plusieurs autres étrangers arrivent dans la capitale anglaise : le mystérieux Mr Ghost, négociant en tissus du Caire, et l'éditeur d'outre-Atlantique Macaulay, venu acheter le roman d'un talentueux jeune journaliste du Times, Rupert Graves. Or, Graves s'intéresse de près au mystérieux assassinat de l'East End, que son ami Andrew Molton, inspecteur principal de Scotland Yard, est chargé d'élucider. Mary Launceston, autre personnage de premier plan de la série, se prend de passion pour les merveilles égyptiennes ramenées à Londres par Blake. Les fils d'un nouveau cycle de Fog particulièrement passionnant se tissent ainsi progressivement.
Le suspense au cœur de l'enquête policière
Comme dans les autres albums de la série Fog, le suspense est au rendez-vous. L'intrigue s'articule autour de différents personnages qui, au début, semblent n'avoir aucun lien. Mais petit à petit, les deux détectives, Mary Launceston et Rupert Graves, découvrent les correspondances secrètes qui unissent tout ce petit monde.
Cet album utilise une nouvelle fois la recette de l'enquête policière, du mystère et des sociétés secrètes, avec quelle maîtrise ! Le scénario dans Wintertime est très bien mené, très dense, et nous donne à coup sûr envie de lire la suite pour comprendre la clé de l'histoire. Les aventures de cette série se déroulent toujours sur deux tomes. Pas de panique pour ceux qui n'ont pas lu les premiers albums : Wintertime peut être lu séparément sans trop d'incompréhension, même si vous ne comprendrez pas toutes les allusions. Néanmoins, pour votre plaisir, je vous conseille de lire toute la série.
L'héritage littéraire de Sherlock Holmes et Charles Dickens
Fog rappelle toute une tradition littéraire. La parenté avec l'univers de Sherlock Holmes a souvent été soulignée du fait de l'importance accordée à l'intrigue policière. L'univers de Dickens est aussi présent avec l'évocation des bas quartiers et de la misère humaine (lisez Oliver Twist, par exemple, vous en serez persuadés).
Un graphisme raffiné inspiré de l'époque victorienne

La série Fog se déroule au début du XIXe siècle. Bonin semble prendre un réel plaisir à retranscrire l'atmosphère de cette époque. Les volutes du dessin peuvent nous suggérer l'influence de l'Art nouveau anglais de William Morris, d'Aubrey Vincent Beardsley, ou encore celle des préraphaélites comme Edward Burne-Jones. Néanmoins, Cyril Bonin a marqué son graphisme d'une touche toute personnelle, et son trait s'avère toujours aussi fin et raffiné.
De plus, il traduit admirablement bien l'ambiance de Londres avec ses rues si particulières, ses docks, ses pubs, mais aussi les intérieurs d'appartements privés. Ses tons vert, brun ou jaune sont entrecoupés par le blanc des flocons de neige. La réflexion sur la mise en page est très intéressante avec quelques trouvailles sympathiques, notamment sur la forme des cases, qui font de cet album une véritable réussite.
Informations pratiques
Série : Fog
Titre : Wintertime
Auteurs : scénario de Seiter, dessin de Bonin
Éditeur : Casterman
Collection : Ligne Rouge