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Feng Jicai : Que cent fleurs s'épanouissent

Dans la Chine de Mao, un jeune étudiant pékinois est envoyé en camp de rééducation. Un roman bouleversant où l'art et l'amour de la vie survivent à l'oppression.

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C'est en 1956 que Mao lança le plus hypocrite des mots d'ordre : « Que cent fleurs s'épanouissent ! », incitant ainsi les intellectuels à exprimer librement leurs opinions pour pouvoir les repérer et les condamner l'année suivante. Une campagne anti-droitière fut menée en 1957. Sont considérés comme droitiers tous ceux qui ont répondu au mot d'ordre de 1956. S'ensuit logiquement une politique de dénonciation et de totalitarisme qui fera plusieurs centaines de milliers de victimes, emprisonnées, déportées et parfois exécutées.

Résumé de Que cent fleurs s'épanouissent

Roman de la Révolution culturelle maoïste, Que cent fleurs s'épanouissent est l'histoire d'un jeune étudiant de l'institut de Pékin nommé Hua Xiayu, qui raconte son expérience à un passager dans un train. Alors que son talent lui assurait un avenir brillant, Hua Xiayu reçoit un jour un ordre d'affectation qui le contraint de se rendre dans un district isolé de la Chine pour travailler dans une fabrique de porcelaine. À sa grande surprise, on l'y accuse d'être un contre-révolutionnaire, bien qu'il se souvienne d'avoir toujours su tenir sa langue. Il subira alors les pires épreuves et humiliations : des affiches de propagande l'accuseront sans fondement, on le forcera à briser ses propres porcelaines, à mutiler ses propres mains. Sa seule consolation est alors Luo Dune avec laquelle il vit un amour poétique ; il se lie aussi avec un chien maltraité qu'on appelle « Le Noir ».

Mais à la vue des premières affiches de propagande qui incriminent Xiayu, l'incompréhension s'installe entre lui et sa fiancée :

« Peu importe ce que tu es, je te suivrai partout. Si on te critique, je serai à tes côtés. Si on t'emprisonne, je t'apporterai à manger tous les jours. Si on t'exécute... Mais je dis des horreurs ! Eh bien je creuserai ta fosse, je te retrouverai même là et je me coucherai près de toi. Mais ne me mens jamais parce qu'alors... »

Alors un malentendu éclate. Sous la menace des Gardes rouges, Xiayu est contraint de dire qu'il a menti à sa fiancée — devenue entre-temps sa femme — devant cette dernière. Elle le méprisera alors à tout jamais. Ils divorcent. Lui est envoyé dans un camp de rééducation. Sous la torture des Gardes rouges, comprenant qu'il vient de perdre l'amour de sa vie, il sombrera dans l'inconscience :

« Tout ce que j'avais devant les yeux était devenu flou, irréel. Moi non plus je n'existais plus. Dans cette demi-inconscience, il me semblait qu'il y avait encore quelque chose à quoi me raccrocher mais j'étais dans l'incapacité de le saisir. Je n'ai plus vu qu'un bloc d'un blanc immaculé, absolu. J'ai pensé que c'était cela... la mort. »

Seul Le Noir lui restera toujours fidèle. Hua Xiayu le transportera partout où il ira. Lorsqu'il quitte le train et son passager, il s'en ira, allègre, continuant de croire en l'avenir.

Critique du roman de Feng Jicai

Que cent fleurs s'épanouissent est un roman dont la portée est avant tout de nous apprendre à aimer la vie. Sur la forme, l'écriture garde au fil des lignes un caractère enjoué mais toujours distant, dépourvu de crudité dans les pires moments et de sensiblerie dans les meilleurs. Sur le fond, l'art est omniprésent. Il est en quelque sorte le guide du héros, ce qui le pousse à continuer d'exister, c'est-à-dire l'image d'une vie parfaite.

« Même anéanti par le plus profond des désespoirs, l'homme ne peut se résoudre à quitter la vie. Est-ce la peur de l'inconnu ou l'espérance des jours meilleurs qui le retient ? Peu importe, il continuera, qu'il soit bafoué, torturé, envers et contre tout, à vivre. »

Cette citation constitue la thèse du livre. Et pourtant... « La peur de l'inconnu ou l'espérance des jours meilleurs ». Ce sont là deux sentiments que la sagesse des philosophes exècre absolument. Car si la peur de la mort est le commencement de tous les maux, espérer des jours meilleurs, c'est refuser d'accepter le présent. Se cache donc en réalité un certain pessimisme sur la condition de l'homme que seul l'amour de la vie peut nous permettre d'accepter.

Ce récit reste à mes yeux bouleversant. Je le conseille, à tout âge.

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laurel_countess
laurel_countess @laurel_countess
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