Tu connais cette sensation désagréable. Celle qui te serre le ventre quand tu découvres un commentaire négatif sur quelque chose que tu as fait. Une note Uber rabougrie parce que le livreur s'est trompé de porte. Un post Instagram qui tombe à plat avec trois likes et une remarque acide. Un retour boulot qui te poursuit pendant des jours. Ce petit pincement, cette brûlure légère mais tenace, c'est exactement là que Criticopolis t'attrape. Ce troisième album de Marie Baudet, publié chez Glénat le 1er avril 2026, s'ouvre sur une scène banale : un écrivain ouvre le journal et tombe sur une critique assassine de son dernier livre. Mais ce qui suit n'a rien de banal. Ce qui suit, c'est une plongée dans un « monde où la critique ordinaire règne », pour reprendre les mots de l'éditeur, « un monde où tout est commenté, noté, jugé ». Vincent Ballot, le protagoniste, va découvrir à ses dépens ce qui se passe quand on laisse une mauvaise review prendre le contrôle de son existence.

Marie Baudet, auteure révélée par le concours Jeunes Talents du Festival d'Angoulême, signe ici une comédie jubilatoire qui tend un miroir à notre époque sans jamais nous donner de leçons. L'album se présente comme un portrait acide d'une génération habitée par le jugement, mêlant absurde et tension psychologique avec une maîtrise narrative rare. Ce qui pourrait n'être qu'une anecdote sur l'ego d'un auteur se transforme vite en une spirale infernale, questionnant notre rapport à l'Autre et à son opinion. En centrant son intrigue sur une filature aussi étrange qu'involontaire, la BD explore les conséquences inattendues d'un monde saturé par l'évaluation.
Tout est commenté, noté, jugé : l'accroche qui cible notre génération
La formule de Glénat résonne comme un diagnostic clinique de notre époque. « Tout est commenté, noté, jugé » — c'est presque devenu un mantra inversé pour une génération qui a grandi avec les étoiles des applis de livraison, les pouces en l'air des plateformes de streaming et les émojis cœur des réseaux sociaux. Pense à ton propre quotidien sur un seul jour. Tu choisis un restaurant en fonction de ses avis Google Maps. Tu décides de regarder une série parce que sa note dépasse 3,5 sur une plateforme de films. Tu partages une playlist en espérant qu'elle sera validée par tes pairs. La critique n'est plus l'apanage des professionnels de la presse — elle est devenue une activité ordinaire, banale, presque respiratoire.
Ce que Criticopolis met en lumière avec justesse, c'est l'absurdité de ce système quand il devient hégémonique. Quand chaque aspect de l'existence humaine peut être disséqué, évalué, classé. Le livre de Marie Baudet ne se contente pas de décrire ce phénomène sociétal — il en explore les conséquences intimes et psychologiques. Comment cette culture du jugement permanent affecte-t-elle nos relations ? Notre estime de nous ? Notre capacité à créer sans craindre l'évaluation immédiate ? À travers le personnage de Vincent Ballot, l'auteure propose une réflexion lucide et drôle sur ce que signifie être un créateur — et un être jugé — au XXIe siècle.
Vincent Ballot, écrivain obsédé par une seule review
Le point de départ du récit est d'une simplicité déconcertante, presque minimaliste. Un écrivain. Une critique. Une obsession. Mais c'est précisément cette économie de moyens qui donne à Criticopolis toute sa puissance narrative. Vincent Ballot n'est pas un super-héros ni une victime tragique ; c'est un homme ordinaire pris dans un engrenage extraordinaire. Sa réaction à la critique signée Thibaut Lopez n'est pas rationnelle, elle est viscéralement humaine. On se reconnaît dans sa blessure d'orgueil, dans son besoin irrépressible de comprendre, de confronter, de peut-être même de se venger.
L'histoire bascule lorsque Vincent, par curiosité, tape le nom de son « bourreau » sur Internet. Ce qu'il trouve alors le propulse dans une filature qui flirte dangereusement avec le ridicule. Ce qui commence par une recherche innocente se transforme en enquête obsessionnelle, puis en surveillance, menant le couple de Vincent vers une crise qu'il n'avait pas vue venir. Marie Baudet construit son protagoniste avec une finesse psychologique remarquable, évitant aussi bien la caricature grossière que le pathos larmoyant, pour installer une tension où l'on rit tout en frissonnant de reconnaissance.
De La Rochelle aux Gobelins : le parcours d'une artiste singulière
Marie Baudet n'est pas apparue par hasard sur la scène de la bande dessinée française. Son parcours, atypique et riche, explique largement la singularité visuelle et narrative de son troisième album. Née en 1983 à La Rochelle, elle a d'abord suivi des études de cinéma avant de se former au graphisme aux Gobelins, l'une des écoles les plus réputées dans le domaine de l'image en France. Cette double formation — le récit filmique d'un côté, le visuel de l'autre — se ressent dans chacune de ses planches. Criticopolis n'est pas seulement une histoire racontée en images, c'est une construction narrative qui emprunte au cinéma son sens du cadrage, du rythme et de l'ellipse.
Cette rigueur technique ne l'empêche pas d'explorer des territoires artistiques plus vastes. Diplômée d'une école de cinéma, Marie Baudet compose ses œuvres « à la peinture ou aux feutres un univers nourri de photographies vernaculaires, empreint de nostalgie et hautement coloré », comme le décrit sa biographie officielle sur Google Play. Cette dimension plastique de son travail n'est pas accessoire — elle est centrale. Criticopolis doit autant à la peinture qu'à la bande dessinée traditionnelle, plaçant l'album dans une catégorie hybride où le style devient substance.
Angoulême 2020 : le tremplin qui a tout changé pour Marie Baudet
Le concours Jeunes Talents du Festival d'Angoulême représente un moment charnière dans la trajectoire de nombreux auteurs, et Marie Baudet ne fait pas exception. Lauréate de cette édition 2020, elle y a trouvé une validation institutionnelle qui a accéléré sa transition vers la bande dessinée publiée. Avant cette reconnaissance, elle était déjà active dans l'illustration — pour la scène musicale, la presse, la littérature et la mode — mais la BD restait un terrain à conquérir pleinement. Le concours a offert cette légitimité, ce coup de projecteur indispensable pour franchir le cap de l'édition grand public.
Ce qui frappe dans le parcours de l'auteure, c'est la cohérence de sa démarche artistique. Les thèmes qu'elle explore dans Criticopolis — les dynamiques relationnelles, les normes sociales, la psychologie contemporaine — étaient déjà présents dans ses travaux précédents. Sa biographie évoque un « regard philosophique et un humour à la fois tendre, lucide et corrosif ». Cette description s'applique mot pour mot à son troisième album, où la légèreté apparente du trait cache une analyse acérée de nos comportements numériques.

L'Amour, après et Eyes Without A Face : les albums qui précèdent Criticopolis
Avant de poser ses valises chez Glénat, Marie Baudet a publié deux albums aux éditions Actes Sud, dans la collection Virages graphiques. L'Amour, après, paru en 2023 et co-écrit avec Baptiste Sornin, explorait déjà les territoires de l'intime et des relations humaines, posant les jalons de son univers. Eyes Without A Face, sorti en 2024, confirmait cette exploration avec un titre emprunté au film de Georges Franju — un clin d'œil cinématographique qui ne surprendra pas venant d'une diplômée d'école de cinéma. Ces deux premières œuvres ont permis à l'auteure de trouver sa voix, d'affiner son style narratif et visuel avant de s'attaquer à un projet plus vaste.
Le passage chez Glénat pour Criticopolis marque une nouvelle étape, un changement d'échelle. Glénat est un acteur majeur de la bande dessinée francophone, capable de donner à un album une visibilité que les collections plus nichées ne peuvent pas toujours offrir. Ce changement d'éditeur suggère une évolution dans l'ambition du projet. Avec Criticopolis, Marie Baudet s'attaque à un sujet de société plus large, plus directement ancré dans les préoccupations contemporaines, tout en conservant cette singularité graphique qui fait sa signature.
Vincent Ballot contre Thibaut Lopez : la filature involontaire au cœur de Criticopolis
Le synopsis de Criticopolis pourrait tenir en une phrase, mais son développement en remplit cent-vingt pages de péripéties à la fois drôles et angoissantes. Vincent Ballot est écrivain. Un matin, en ouvrant le journal, il découvre une critique assassine de son dernier livre signée Thibaut Lopez. Par curiosité, il tape le nom de son critique sur Internet. Ce qu’il trouve alors le propulse dans une filature aussi étrange qu’involontaire, où l’obsession flirte dangereusement avec le ridicule. Ce n'est pas une vengeance classique ; c'est une dérive psychologique où la frontière entre la vie réelle et la vie numérique s'estompe.
L'atmosphère créée par Marie Baudet est unique. Elle parvient à installer une tension psychologique palpable tout en maintenant le registre de la comédie absurde promis par l'éditeur. Le lecteur suit Vincent dans ses recherches, ses découvertes, et ses interprétations parfois paranoïaques, avec le sentiment pénible d'assister à un accident de train au ralenti. On veut crier à Vincent d'arrêter, de ne pas chercher plus loin, mais on comprend aussi l'attrait irrésistible de l'interrogation : qui est cette personne qui détient un pouvoir aussi arbitraire sur ma carrière ?
Un couple mis à l'épreuve par une critique de journal
La critique de Thibaut Lopez ne frappe pas seulement Vincent dans son orgueil d'auteur — elle ébranle sa vie sentimentale. Cette dimension relationnelle est essentielle pour comprendre la portée de Criticopolis. Marie Baudet ne s'intéresse pas qu'à la psychologie individuelle de son protagoniste ; elle explore les conséquences de son obsession sur ceux qui l'entourent. Le couple de Vincent devient un terrain d'observation privilégié pour comprendre comment le jugement extérieur peut contaminer les relations intimes et détruire la confiance de l'intérieur.
La biographie de l'auteure mentionne que « l'intime devient un terrain de jeu pour des situations et des dynamiques relationnelles subtilement décalées ». Cette approche se retrouve pleinement ici. L'auteure explore comment un événement apparemment mineur — une critique dans un journal — peut déstabiliser toute une architecture familiale. Le décalage dont il est question n'est pas tant dans la situation elle-même que dans la réaction disproportionnée qu'elle provoque. Ce qui devrait rester un incident professionnel oublié devient le moteur d'une transformation personnelle profonde et destructrice.
Quand l'obsession flirte avec le ridicule : le ton unique de l'album
L'un des plus grands défis de Criticopolis est de maintenir l'équilibre entre le drame et la comédie. Glénat présente l'album comme une « comédie jubilatoire » située « entre absurde et tension psychologique », et c'est peut-être la définition la plus juste de l'ambiance de l'œuvre. Ce n'est pas une BD purement humoristique — le sujet est trop sérieux pour cela. Ce n'est pas non plus un drame psychologique conventionnel — l'absurde est trop présent. C'est quelque chose entre les deux, un espace narratif que Marie Baudet occupe avec une assurance remarquable.
Le lecteur rit des situations dans lesquelles se retrouve Ballot — ses méthodes d'investigation farfelues, ses déductions hasardeuses, ses confrontations manquées — mais ce rire est constamment remis en question par la gravité sous-jacente de sa crise. Ce mélange de légèreté et de profondeur est ce qui rend la lecture si satisfaisante et si troublante à la fois. On rit parce que la situation est absurde, mais on comprend aussi que cette absurdité cache une vérité douloureuse sur notre vulnérabilité face au regard des autres.

Ces aquarelles magnifiques qui font de Criticopolis un objet de lecture envoûtant
Au-delà du scénario, Criticopolis se distingue par sa qualité visuelle indéniable. Les premiers retours sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, évoquent des « dessins à l'aquarelle magnifiques » et insistent sur le « vrai plaisir à lire » que procure l'album. Ces réactions ne doivent rien au hasard. Elles sont le résultat direct du parcours de Marie Baudet, artiste plasticienne avant d'être autrice de BD. Elle ne dessine pas simplement pour illustrer un texte ; elle compose ses planches comme on compose une peinture, avec une attention particulière portée à la couleur, à la texture et à l'atmosphère.
L'aquarelle n'est pas ici un simple choix technique ou une esthétique rétro — c'est un langage narratif à part entière. Dans une histoire qui traite de la violence des mots et des jugements, l'utilisation de l'aquarelle, médium liquide et transparent, crée un contraste saisissant. Les couleurs douces, les dégradés subtils et le trait lisible désarment le lecteur. On s'attend à ce qu'une BD sur la critique assassine utilise un trait acéré, des couleurs agressives, une esthétique violente. Marie Baudet fait exactement l'inverse. Ses aquarelles sont bienveillantes, apportant une forme d'apaisement visuel qui contraste avec la tension du récit.
Photographie vernaculaire et nostalgie : le terreau visuel de l'auteure
La biographie de Marie Baudet mentionne un « univers nourri de photographies vernaculaires, empreint de nostalgie et hautement coloré ». Ce terme de « photographie vernaculaire » est essentiel pour comprendre son style. Il désigne ces images du quotidien, ces photos de famille mal cadrées, ces instantanés sans prétention artistique qui documentent une vie. Cette inflexion se retrouve dans la manière dont l'auteure cadre ses cases : ses intérieurs ont l'air vécus, ses personnages semblent saisis sur le vif, comme si on les connaissait déjà.
Cette familiarité visuelle n'est pas forcément rassurante — elle est parfois légèrement dérangeante, comme un souvenir d'enfance qui refait surface sans être invité. Cette esthétique de la nostalgie ancre Criticopolis dans un quotidien tangible, celui d'une génération qui documente sa vie en images tout en sachant que ces images seront jugées. Les visages sont expressifs sans être outranciers, les paysages urbains évoquent une France contemporaine reconnaissable, renforçant l'impact du récit en le situant dans une réalité proche de la nôtre.
Pourquoi l'aquarelle casse le rapport de force entre le critique et le critiqué
Il y a une ironie subtile dans le choix de l'aquarelle pour un livre sur la critique. La critique, par essence, est sèche, définitive, souvent tranchante comme un couperet. L'aquarelle, elle, est humide, incertaine, sujette aux aléas de l'eau et du papier. En utilisant ce médium, Marie Baudet casse le rapport de force habituel entre le critique et l'auteur. Elle refuse l'esthétique de la dureté pour proposer une vision de l'humanité où tout n'est pas blanc ou noir.
Ce paradoxe visuel est un choix d'auteure conscient et assumé. En désarmant visuellement son lecteur par la beauté des planches, elle le rend plus réceptif à la complexité du propos. On ne s'attend pas à ce que cette BD, si agréable à regarder, nous bouscule autant sur nos propres comportements de jugement. C'est précisément ce mélange de beauté formelle et d'acuité critique qui fait de Criticopolis un objet complet, où le fond et la forme se répondent constamment.
Noter, commenter, juger : pourquoi Criticopolis est la BD de notre génération
Si Criticopolis résonne aussi fort, c'est parce qu'il s'attaque au nerf de la vie contemporaine. Nous vivons dans une société où la critique est démocratisée à l'extrême. Le personnage de Thibaut Lopez, le critiqueur malveillant, n'est pas une figure du passé ; c'est l'incarnation anonyme de ce que nous sommes tous devenus. Chaque jour, chacun d'entre nous peut endosser ce rôle. Laissé un avis sur un restaurant ? Vous êtes Thibaut Lopez. Noté une expérience client sur Google ? Vous êtes Thibaut Lopez. Posté une review en ligne sur un livre qui vous a déçu ? Vous êtes Thibaut Lopez.
L'album nous force à confronter cette réalité. Marie Baudet ne juge pas cette omniprésence de l'opinion, elle la met en scène pour en montrer les mécanismes, parfois pathétiques, souvent dangereux. Le livre questionne la légitimité d'une époque où tout est commenté, noté, jugé, comme le souligne la description officielle de Glénat. C'est ce questionnement qui donne à l'album sa profondeur : il ne s'agit pas de condamner la critique, mais de comprendre ce qui se passe quand elle devient l'unique prisme à travers lequel nous appréhendons le monde.
De la critique littéraire aux avis en ligne : quand tout le monde est devenu critique
La critique ordinaire dont parle Criticopolis n'est pas celle des grands journaux — elle est celle que nous exerçons tous, constamment, souvent sans même nous en rendre compte. Cette généralisation du rôle de critique a des conséquences que Marie Baudet met brillamment en lumière. Quand tout le monde peut juger, le jugement perd de sa valeur symbolique mais garde tout son impact émotionnel. L'auteur d'un mauvais livre reçoit une critique ; un livreur reçoit une mauvaise note ; un influenceur se fait incendier en commentaires. La mécanique est la même, l'intensité de la douleur aussi.
Ce que l'album montre avec brio, c'est la circularité de ce système. Vincent Ballot est victime d'une critique, mais sa réaction le transforme à son tour en prédateur, en espion, en quelqu'un qui surveille et juge l'existence de l'autre. La frontière entre la victime et le bourreau est ténue, poreuse. C'est cette ambivalence morale qui rend le récit si complexe : il n'y a pas de méchants absolus, juste des êtres humains piégés dans un système qui encourage l'expression de l'opinion sans égard pour ses conséquences humaines.
Ce que l'absurde permet de dire que le réalisme ne pourrait pas
L'utilisation du registre de l'absurde est une arme redoutable entre les mains de Marie Baudet. Un traitement purement réaliste de l'histoire de Vincent Ballot aurait donné un drame psychologique lourd, peut-être un peu moralisateur. L'absurde, en revanche, permet de traiter le sujet avec légèreté sans jamais le minimiser. On rit des situations dans lesquelles se retrouve Vincent — ses manques de chance, ses tentatives de surveillance maladroites — mais ce rire n'est pas une moquerie gratuite. C'est une reconnaissance de notre propre vulnérabilité.
L'absurde offre une distance nécessaire, un masque qui permet de dire des vérités profondes sur la solitude et l'ego sans paraître lourd ou didactique. Le lecteur est déstabilisé, amusé, touché, et jamais sermonné. Cette approche rejoint celle de certains créateurs de séries ou de cinéastes qui utilisent l'humour pour traiter de sujets sociétaux sérieux. Criticopolis réussit cet exploit rare de faire rire tout en laissant une trace durable, celle d'une interrogation sur notre propre rapport à l'évaluation de l'autre.

Le droit de critiquer : ce que l'album questionne sans nous donner de réponse
Il est frappant de constater que Marie Baudet ne répond jamais à la question implicite du livre : a-t-on le droit de critiquer ? Elle la pose, l'explore, en montre les différentes facettes, mais refuse de trancher. Cette absence de réponse définitive est une force considérable de l'œuvre. Elle respecte l'intelligence du lecteur et sa capacité à se forger sa propre opinion sur les limites du jugement. Dans un paysage culturel où tout doit être tranché, classé, validé ou invalidé, cette posture d'ouverture est rafraîchissante.
La BD suggère néanmoins que la critique n'est peut-être pas le problème fondamental — c'est notre relation à la critique qui peut devenir toxique. Vincent Ballot souffre non pas tant parce qu'il a été critiqué que parce qu'il a laissé cette critique définir sa valeur entière. En ce sens, Criticopolis est une invitation à dissocier notre estime de soi de l'opinion publique, une leçon de lâcher-prise déguisée en comédie loufoque.
Criticopolis chez Glénat à 19 € : fiche technique et rendez-vous culturels
Pour ceux qui souhaitent se procurer Criticopolis, voici les informations essentielles pour ne rien rater de cette sortie. L'album paraît le 1er avril 2026 aux éditions Glénat, dans une collection hors collection qui laisse à l'auteure une liberté totale sur le fond et la forme. Il compte 120 pages au format normal, avec un prix de vente public de 19 €, ce qui en place dans la moyenne des bandes dessinées grand public de qualité. L'ISBN 9782344073865 permet de le commander facilement en librairie ou sur les plateformes en ligne comme la Fnac.
C'est le troisième album de Marie Baudet, mais le premier chez Glénat, ce qui en fait un objet un peu particulier dans la bibliographie de l'auteure, marquant une transition vers une plus grande visibilité. L'album est classé dans la catégorie BD générale tout public, ce qui signifie qu'il ne nécessite aucune connaissance préalable pour être apprécié, bien que les amateurs de littérature et de culture numérique y trouveront des clés de lecture supplémentaires. L'objet livre lui-même est conçu pour être attractif, avec une couverture qui reflète le style coloré et nostalgique de l'intérieur.
Trois rendez-vous de dédicace pour rencontrer Marie Baudet en avril 2026
Glénat accompagne la sortie de l'album d'une série de dédicaces qui permettent de rencontrer l'artiste. Trois dates sont particulièrement notées pour les amateurs et les curieux. Le premier rendez-vous aura lieu à Niort, à la librairie L'Hydragon, le 11 avril 2026. C'est l'occasion pour les lecteurs de la région de découvrir l'album en présence de son auteure. L'événement est détaillé sur la page dédiée du site de Glénat.
Ensuite, la tournée se poursuit à Paris, ville où Marie Baudet a longtemps résidé. Le 16 avril 2026, elle sera présente à la galerie-librairie Arts Factory. Ce lieu est particulièrement symbolique, car ses travaux y ont déjà été exposés, créant un lien fort entre son travail plastique et son œuvre d'éditrice. Enfin, le 17 avril 2026, Marie Baudet sera présente au Festival du Livre de Paris, sur le stand Glénat D3. Participer à ce grand salon littéraire confirme l'ambition de l'album et la volonté de l'éditeur de le placer au cœur des débats culturels de l'année.
BD similaires : des repères pour situer l'œuvre
Situer Criticopolis dans le paysage de la bande dessinée contemporaine n'est pas évident, tant l'album est singulier dans son ton et son style. On peut néanmoins tracer quelques parallèles avec des auteurs et des œuvres qui partagent certaines de ses préoccupations ou de ses approches. Si tu as apprécié le ton de Riad Sattouf, notamment sa capacité à mêler observation sociale mordante et humour, tu trouveras du plaisir ici. Sattouf, comme Baudet, excelle à faire rire de situations qui sont pourtant terriblement vraies.
L'attention portée aux dynamiques relationnelles et à l'intimité chez Marie Baudet peut aussi évoquer le travail de Penelope Bagieu, dont les héroïnes naviguent elles aussi dans les complexités de la vie moderne avec une légèreté trompeuse. Enfin, la dimension de réflexion sociale et philosophique pourrait rappeler certains numéros de La Revue Dessinée, avec ce mélange de journalisme et de création graphique, bien que Criticopolis reste une fiction narrative et non un documentaire illustré. Ces comparaisons sont des repères de lecture, et non des équivalences : Criticopolis reste un objet unique qui mérite qu'on s'y attarde pour lui-même.
Conclusion : Criticopolis ou l'art de rire de nos propres obsessions
Criticopolis est bien plus qu'une simple bande dessinée sur la critique littéraire. C'est une œuvre complexe qui nous renvoie à nos propres comportements et à nos propres vulnérabilités. En suivant les dérives de Vincent Ballot, nous sommes invités à nous examiner nous-mêmes dans un miroir tendu par Marie Baudet. Combien de fois avons-nous laissé un commentaire négatif gâcher notre journée ? Combien de fois avons-nous cherché à en savoir plus sur l'auteur d'un avis qui nous a blessés ? Combien de fois avons-nous laissé le jugement des autres définir notre propre valeur ?
Le parcours de l'auteure, de La Rochelle aux Gobelins, du concours Jeunes Talents d'Angoulême au catalogue Glénat, est celui d'une artiste qui a trouvé sa voix. Criticopolis est le fruit de ce cheminement — un album abouti, maîtrisé, et pourtant plein de fraîcheur et de spontanéité. Les 120 pages de cette histoire passent presque trop vite, tant on est pris par le récit de cette filature obsessionnelle. Mais ce qui reste après la lecture est plus important que le divertissement immédiat : c'est une réflexion durable sur notre époque, sur notre rapport au jugement, et sur ce que nous choisissons de laisser définir notre existence.
Le 1er avril 2026, date de parution chez Glénat au prix de 19 €, Criticopolis arrive dans les librairies avec un message qui résonne particulièrement fort dans notre monde hyper-connecté et saturé d'avis. Que tu sois créateur en quête de reconnaissance, chroniqueur en herbe, ou simplement lecteur curieux de regards acides sur notre époque, cette BD a quelque chose d'essentiel à te dire. Elle nous rappelle, avec humour et tendresse, que derrière chaque critique se cache un être humain, et que derrière chaque jugement, il y a une vie qui se joue.