Le 7 août 2026, Fabien Clauw s'est éteint à 54 ans. Ce skipper devenu écrivain laisse derrière lui une œuvre singulière : huit tomes des « Aventures de Gilles Belmonte », une saga maritime qui a conquis plus de 250 000 lecteurs. Son dernier roman, « Le Corsaire de Bordeaux », est paru en janvier 2026. Il n'est pas trop tard pour embarquer.

Un vrai skipper derrière la saga : l'authenticité de Fabien Clauw
Ce qui distingue d'emblée Fabien Clauw des autres auteurs de romans maritimes, c'est qu'il ne découvre pas la mer à travers les livres. Né en 1972, il a grandi entre Capbreton et le Bassin d'Arcachon, avant de devenir skipper professionnel. Il a participé à trois éditions de la Solitaire du Figaro, passé cinq ans en course au large, et accompli en 2012 un tour de l'Atlantique de 11 000 milles, traversant douze pays en neuf mois.
C'est précisément à bord de son bateau, pendant cette traversée, qu'il commence à écrire la saga Gilles Belmonte. Cette expérience du terrain se ressent dans chaque page : les manœuvres, les conditions météo, la vie à bord, les rapports d'équipage. Là où beaucoup d'auteurs décrivent la mer de manière approximative, Clauw écrit ce qu'il a vécu.
Ses influences, il les revendique sans détour : « Je me suis joyeusement enivré des remarquables récits des Forrester, Kent et autre O'Brian », confiait-il à Voile et Moteur. Autrement dit, il se plaçait délibérément dans la lignée des grands romanciers maritimes anglo-saxons. Mais il y ajoutait ce que ceux-ci ne pouvaient pas avoir : une connaissance intime de la navigation réelle.
« Le Corsaire de Bordeaux » : un dernier tome qui change de cap
Paru le 15 janvier 2026 chez Paulsen, le huitième tome s'ouvre sur un Gilles Belmonte différent. Nous sommes en 1810. Après avoir échappé au carnage de la bataille d'Aix, le capitaine de frégate bordelais quitte la Marine française, lassé des batailles et des imbroglios politiques. Il s'engage auprès d'un armateur de sa ville natale pour une quête d'or à Maracaibo, au Venezuela.
Le décor est posé : Napoléon missionne ses flottes pour récupérer les trésors coloniaux sud-américains, tandis que les Anglais pistent les mêmes richesses. Belmonte se retrouve pris entre deux feux, corsaire embarqué dans une aventure qui le dépasse.
Ce tome marque un tournant dans la série. Après sept volumes consacrés aux guerres napoléoniennes sur mer, de 1798 à 1810, le héros tourne le dos à la Marine. Fabien Clauw expliquait d'ailleurs cette évolution : « C'est un meneur d'hommes. Et c'est quelqu'un qui va jeter, au fil des opus, et au gré de l'avancée dans cette saga impériale, un regard un peu plus désabusé sur ces guerres successives. » Le tome 8 incarne pleinement cette lassitude.

Une réponse française à Hornblower et Jack Aubrey
La critique a rapidement fait le rapprochement : « Amateur de C. S. Forester ou Patrick O'Brian, voici enfin le nouveau Hornblower, l'équivalent français de Jack Aubrey », écrivait Boomerang.bzh. La saga est devenue ce que le roman d'aventures navales français n'avait pas encore produit : une véritable réponse à la tradition anglo-saxonne.
Ce rapprochement n'est pas qu'un argument marketing. Comme Hornblower ou Aubrey, Gilles Belmonte est un officier de marine pris dans les guerres napoléoniennes, confronté à des choix moraux, des défis techniques et des batailles navales. Mais là où les héros anglais servent la Royal Navy, Belmonte sert la France, ce qui offre un point de vue rare dans ce genre littéraire.
La rigueur historique est l'autre pilier de la série. Le site napoleon.org, référence sur la période, qualifie la saga de « sans doute la meilleure série romanesque » consacrée à l'époque. Les batailles, les navires, les hiérarchies militaires, les enjeux politiques : tout est documenté. Cette précision a été récompensée à plusieurs reprises. Le premier tome, « Pour les trois couleurs » (2015), a reçu la Mention de l'Académie de Marine 2016, le Prix Écume de Mer 2018 décerné par Voiles et Voiliers, et le Prix Marine Bravo Zulu 2018, attribué par l'Association des Officiers de Réserve de la Marine Nationale, décerné également au deuxième tome.
Comment lire la série ? Ordre et formats disponibles
La bonne nouvelle pour les nouveaux lecteurs : les tomes se lisent indépendamment. Sud Ouest le confirme, et c'est un argument de poids pour une saga qui en compte déjà huit. Vous pouvez donc commencer par « Le Corsaire de Bordeaux » sans vous sentir perdu.
Cela dit, pour ceux qui préfèrent suivre l'ordre chronologique, la série couvre une période allant de 1798 à 1810 :
- Pour les trois couleurs (2015) – la période du Directoire
- Le Trésor des Américains (2017)
- Le Pirate de l'Indien (2019)
- Le Capitaine de Bonaparte (2020)
- Trafalgar la sanglante (2021) – très bien noté par les lecteurs
- L'Escadre du bout du monde (2022) – en mer de Chine
- Les brûlots de l'Enfer (2024) – la bataille de l'île d'Aix
- Le Corsaire de Bordeaux (2026) – la quête vénézuélienne
Côté budget, les tomes 1 et 2 sont disponibles en poche chez Paulsen à environ 9,90 €. Le tome 5, « Trafalgar la sanglante », est également proposé à 9,90 € sur Pass Culture, ce qui peut intéresser les étudiants. Les grands formats, comme « Le Corsaire de Bordeaux », s'affichent à 22 €. Le tout est disponible en librairie, sur les plateformes en ligne et directement sur le site des éditions Paulsen.
Pour celles et ceux qui hésitent encore, sachez que cette saga s'inscrit dans une longue tradition du roman d'aventure où la mer est plus qu'un décor, elle est un personnage. Comme Jack London avant lui, qui écrivait depuis ses expériences de marin et de chercheur d'or, Fabien Clauw a construit son œuvre sur ce qu'il avait vécu. Cette authenticité ne s'invente pas.
Un héritage inachevé : le tome 9 en projet
La disparition de Fabien Clauw laisse la série inachevée. Un neuvième tome était prévu, qui devait couvrir la campagne de Russie. Le destin de Gilles Belmonte devait donc se poursuivre dans les plaines enneigées, après huit volumes de navigation.
Ce projet ne verra pas le jour. Mais l'œuvre laissée derrière elle est suffisamment dense pour exister par elle-même. Huit tomes, c'est déjà une traversée complète : de la Révolution à l'Empire, de l'Atlantique à la mer de Chine, des batailles navales aux intrigues politiques.
Olivier Falorni, maire de La Rochelle, a rendu hommage à celui qui était aussi parrain des Fêtes Maritimes de la ville : « Au-delà de l'écrivain et du marin, c'est un homme profondément attaché à La Rochelle, à son port et à ceux qui font vivre la mer que nous perdons aujourd'hui. »
Le meilleur hommage à Fabien Clauw reste peut-être de prendre l'un de ses livres et de larguer les amarres. Que ce soit par le tome 1 ou directement par « Le Corsaire de Bordeaux », la mer de Gilles Belmonte attend toujours ses lecteurs.