
Blueberry : Les Monts de la Superstition, une réédition incontournable
Cette réédition de deux albums de la série Blueberry (sous le titre Les Monts de la Superstition), créée par Charlier et Giraud, est un excellent moyen de (re)découvrir cette œuvre mythique de la BD. Ces deux tomes forment un ensemble cohérent, donc il n'est pas nécessaire d'avoir lu les albums précédents pour comprendre l'histoire. À vous de voir si vous avez des atomes crochus avec Mike S. Blueberry et si vous souhaitez poursuivre avec la série complète. De l'avis des amateurs, les meilleurs épisodes restent La Mine de l'Allemand Perdu et Le Spectre aux Balles d'Or, ainsi que le cycle Chihuahua Pearl, L'Homme qui valait 500 000 dollars, Ballade pour un cercueil, Le Hors-la-loi et Angel Face.
Comment Blueberry a révolutionné la bande dessinée franco-belge
La série naît du désir de l'hebdomadaire Pilote, fondé notamment par René Goscinny, de créer une série western. C'est le début de la collaboration entre Jean Gir (ou Giraud) et Jean-Michel Charlier, qui engendre Fort Navajo, l'appellation originelle des aventures de Mike Steve Blueberry. Apparue dans le numéro de Pilote du 31 octobre 1963, la série rencontre un succès croissant à chaque nouvel épisode. Elle compte aujourd'hui plus de 24 albums régulièrement réédités.
Un héros iconoclaste et des influences cinématographiques
À l'époque, Blueberry révolutionne l'univers de la BD en présentant un héros iconoclaste, loin du parfait garçon bon chic bon genre. Sous l'impulsion de Gir, le scénario évolue et intègre des ingrédients stylistiques issus du cinéma. Le dessinateur l'explique dans une interview accordée au magazine Vécu : « Mes références sont essentiellement cinématographiques : John Ford, Howard Hawks, Anthony Mann. Mais il y a aussi les séries B. Quand j'étais gamin, je regardais Zorro, Les Mousquetaires du Far West ou d'autres films qu'on allait voir entre copains dans les salles de cinéma. Puis il y a eu l'époque des « westerns spaghettis », l'appropriation européenne, qui ont marqué la fin du western au cinéma, montrant un peuple américain désincarné, sans dignité. Dans un autre genre, Les Portes du Paradis de Cimino m'a énormément influencé. C'est un des seuls films qui montre l'aspect politique dans l'Ouest au détriment des grands thèmes comme les Indiens et leurs luttes. Un aspect sociologique très prégnant qu'on a peu montré au cinéma. »
Blueberry acquiert ainsi un ton moderne et une densité dramatique qui dépassent les modèles de la bande dessinée franco-belge pour la jeunesse de l'époque. Avec cette série, Gir développe un dessin réaliste qui contraste radicalement avec son travail dans L'Incal, quand le dessinateur se fait appeler Moebius.
L'intrigue des Monts de la Superstition : une quête d'or dans le désert
L'histoire entraîne le lecteur dans une longue chevauchée à la recherche d'une mine d'or. Plusieurs hommes se pourchassent à travers le désert pour être les premiers à la découvrir. La présence des Indiens complique davantage les enjeux. Les personnages hauts en couleur—Mac Clure, Luckner ou l'impressionnant spectre aux balles d'or, représenté en couverture—garantissent un divertissement constant. Le rythme effréné de la BD maintient le lecteur en haleine du début à la fin.
Une publication feuilletonnée dans Pilote
Les deux albums ont été prépubliés dans la revue Pilote : La Mine de l'Allemand Perdu du n°497 (15/05/1969) au n°519 (16/10/1969), et Le Spectre aux Balles d'Or du n°532 (15/01/1970) au n°557 (09/07/1970). Il fallait donc au moins cinq mois pour lire un album complet, chaque numéro de Pilote ne contenant que deux planches de Blueberry. Pour entretenir l'intérêt des lecteurs patients, Charlier créait un suspense à la fin de chaque deuxième planche. Au final, ces deux albums regorgent de rebondissements et d'un rythme haletant. On pourrait toutefois regretter une conclusion un peu rapide par rapport à la centaine de pages constituant le récit.
Les caractéristiques de cette nouvelle édition en grand format couleur
Cette réédition se distingue par plusieurs atouts : elle est en grand format et en couleur (une précédente réédition en grand format existait en noir et blanc) et présente une couverture inédite en France—il s'agit de la couverture américaine de ce même double album parue au début des années 1990. Le volume s'accompagne d'un cahier supplémentaire contenant des informations sur l'univers Blueberry (« Un héros d'un genre nouveau », « Les Monts de la Superstition ») et sur l'adaptation cinématographique réalisée par Jan Kounen (« Blueberry au cinéma »).
Un dossier exclusif sur l'adaptation cinématographique
Après s'être inspiré du cinéma, il était naturel que Les Monts de la Superstition soit adapté sur grand écran. Le dossier se termine avec des dessins de Marini, Boucq, Blain, Larcenet, Goossens et Munera, exprimant leur vision personnelle de la série. Les fans de Gir regretteront cependant l'absence d'inédits du dessinateur. On aurait apprécié un dossier nettement plus graphique et riche visuellement.