
Ce livre est écrit par Nick Hasted, journaliste anglais. Cette biographie d'Eminem en profite pour narrer le monde ultra-violent du rap, mais aussi la naissance de la misère au sein de la ville de Detroit (que l'on appelle aussi « Murder City ») et, à ma surprise, elle est particulièrement bien faite.
Detroit et la route de 8 Mile : origines et contexte
On apprend ainsi comment et pourquoi est créée la route de 8 Mile, les nombreuses ségrégations raciales que la ville fait subir à ses habitants. Les Noirs (qui représentent 80 % de la population de certains quartiers de Detroit) et les Blancs ne cohabitent pas ensemble. L'auteur explore aussi la politique de la ville, la naissance du rap, etc.
L'enfance marquante d'Eminem à Detroit
Au milieu de tout ça, Eminem a vécu au milieu des Noirs. À travers les explications de la mère d'Eminem et des habitants de Detroit (professeurs, ennemis, etc.), on nous raconte sa biographie dans ses moindres détails : quelles sont les causes des mauvaises relations avec sa mère, son père qui a abandonné sa femme et son fils, les nombreuses séquestrations qu'a subies Eminem (par exemple : des gangs l'obligeaient à se déshabiller, le tabassaient et lui urinaient dessus...) jusqu'au jour où il tomba dans le coma (après cet incident, il a dû réapprendre à faire les gestes quotidiens). Sa mère le forçait à sortir dehors mais il avait peur puisque, à chaque fois qu'il sortait, il se faisait rouer de coups à cause de sa couleur de peau (on est loin du « bad boy » qu'on connaît).
On apprend que le suicide de Ronnie (seul ami qu'il aura durant son adolescence) l'a poussé à se suicider aussi, et que les gangs ont failli avoir sa peau à de nombreuses reprises. Pour toutes ces explications, on a même droit à des interviews de ceux qui sont responsables de tout ceci : ils ne nient rien et certains semblent n'éprouver aucun remords.
Rapports au racisme et à la violence
Dans toute cette violence, on nous explique comment Eminem n'a pas, lui aussi, succombé au racisme (mais malheureusement à l'homophobie ou à la misogynie) et a réussi à gagner l'amitié de certains Noirs qui l'aideront pour sa future ascension.

Autre point positif : l'auteur fait le point sur les rappeurs qui ont influencé Marshall Mathers (Eminem), mais je n'en dis pas plus.

Une analyse critique et nuancée
L'auteur n'est pas pro-Eminem : il dénonce parfois son style excessivement « noir » sur les homos et explique les conséquences de ses actes, mais aussi de ceux des autres rappeurs. Il a même le temps de traduire certains passages de chansons d'Eminem provenant d'anciens disques qui ne sont jamais sortis. Et là, étonnamment : ils sont remplis de messages de paix et racontent l'amour qu'Eminem a pour sa femme et son entourage (il faut le lire pour le croire, surtout que c'est vraiment bien écrit). Mais comment Eminem a-t-il brusquement changé (ou du moins changé son style) ? Tout est expliqué.

Le film 8 Mile et la réalité
On termine sur le film 8 Mile (une fois qu'on a lu la vie d'Eminem, on se dit que 8 Mile est ultra-pompé sur la sienne) : d'abord de grands acteurs qui couvrent d'éloges Eminem et Curtis Hanson, jusqu'à ce que ce soient les critiques qui le fassent.
Je m'attendais à un livre banal, mais il y a tellement de bonnes choses écrites à l'intérieur que je me rends compte que je ne vous ai presque rien dit. Le meilleur, c'est que le livre n'est pas seulement basé sur Eminem mais aussi sur ce (et ceux) qui l'entourent. Excellentissime.