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Manga et BD : deux arts graphiques souvent confondus, mais fondamentalement différents. Décryptage entre le dynamisme narratif japonais et l'excellence graphique européenne.

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Bon sang, avec la collection de BD qu'on a, tu éprouves le besoin de lire ces trucs !

Combien de fois n'ai-je entendu cette phrase depuis que la mangamania s'est emparée de mon pauvre petit cerveau ? Il est vrai que dans une famille de bédéphiles, bercé comme je l'ai été depuis mon plus jeune âge par Tintin, Gaston Lagaffe et autres Achille Talon, il m'a été difficile de faire admettre cette nouvelle passion à mon entourage.

Et plus encore, il m'a été très dur de faire admettre cette simple idée : le manga et la BD ne sont absolument pas la même chose.

Manga et BD : deux arts vraiment identiques ?

Il y a des dessins, des cases, des personnages et des bulles, me dira-t-on. Certes. Mais c'est bien là le seul point commun. Après tout, un bouquin de science-fiction comme Dune est fait de papier et de lignes de texte imprimés. Il ne viendra à personne l'idée de le comparer à Du côté de chez Swann, de Proust, qui pourtant se présente de la même manière.

Manga : un art du dynamisme et de l'immersion

Si l'on prend le cas d'un manga « classique » tel que Kenshin par exemple, on se rendra compte que le dessin en lui-même n'a rien d'extraordinaire. Petit jeu : amusez-vous à cacher la coiffure des personnages et bonne chance pour distinguer Misao de Yahiko ou Megumi de Yumi. Il ne s'agit bien sûr pas d'un reproche, simplement d'une constatation.

Le scénario en lui-même est, somme toute, assez classique : la rédemption de l'ex-tueur sanguinaire qui défendra les veuves et les orphelins, on a déjà vu ça quelque part. Toutefois, qui contestera que Nobuhiro Watsuki est un maître dans le découpage de ses planches ? Son dessin possède un dynamisme tel que l'on a souvent l'impression que les personnages bougent réellement.

Les codes narratifs propres au manga

Autre originalité : les décalages de ton arrivant souvent à intervalles très rapprochés. Du « oyo » légendaire au non moins légendaire dragon divin, il n'y a souvent que quelques pages d'écart. Je passe sur les notes de création des personnages et les Free-Talks incessants de l'auteur.

Même dans un manga au dessin plus léché comme Angel Sanctuary, la narration passe bien souvent par le dynamisme du dessin et il est parfois difficile de ne pas remarquer des airs de famille entre différents personnages. Toutefois, cela n'altère en rien la qualité de l'œuvre qui se base ici sur des éléments psychologiques, la découverte d'un monde complètement différent et l'immersion totale du lecteur dans cet univers sombre et désespéré.

L'univers manga enrichi par les produits dérivés

L'approfondissement de l'univers des mangas par le biais d'art-books, d'anime ou de (très/trop nombreux) produits dérivés est également une partie intégrante de cet art. Un manga est une porte vers un monde fictif qui cherche à absorber le lecteur de la façon la plus complète possible. L'esthétique ne figure pas forcément dans le dessin qui n'est qu'un support, mais plutôt dans les postures, les découpages ou les personnages.

BD européenne : excellence graphique et narration

Et cet art « noble » qu'est la bande dessinée alors ?

Eh bien, je ne sais pas si vous avez déjà vu la différence de rythme entre un mangaka et un dessinateur de BD… Elle est vraiment très impressionnante. Du simple fait que, dans une bande dessinée, presque tout doit passer à travers le dessin.

Même si, ces dernières années, le découpage de ces œuvres a été très innovant, les vignettes d'une BD restent placées de façon très classique. Encore une fois, il ne s'agit pas d'un reproche mais d'une constatation. La qualité et l'invention graphiques sont les principaux atouts de la BD européenne.

Une narration par l'image

Il est très rare que, comme dans les mangas, les dessins viennent « appuyer » le scénario. Les pensées d'un personnage ne seront jamais, par exemple, traduites par une goutte de sueur. Au dessinateur de s'arranger pour rendre l'expression de ses héros suffisamment éloquente.

De même, de par des plans plutôt classiques (on abuse rarement du gros plan ou du changement de vue dans la BD occidentale), le dessinateur doit absolument produire un dessin d'excellente qualité afin de restituer l'ambiance qu'il veut rendre. Ce qui amène forcément à des œuvres plus détaillées que les mangas et à un découpage plus rigoureux, certains atteignant parfois la précision de plans de cinéma.

Le réalisme comme marque de fabrique

De même, un réalisme plus grand que dans les mangas est de mise. Dessiner des yeux légèrement disproportionnés afin de mieux rendre les expressions d'un personnage est exclu pour un dessinateur de BD. Il préférera travailler davantage les expressions faciales et corporelles, restant toujours dans le réalisme, même dans une BD d'heroic fantasy.

Avec ces différences, il devient bien difficile de rapprocher le manga de la BD !

Manga ou BD : pourquoi choisir entre les deux styles ?

Or donc, malgré toutes ces différences, le conflit entre mangas et bandes dessinées continue à alimenter les conversations. Cela est sans doute dû à une méconnaissance de l'un ou l'autre style.

Personnellement, je ne penche ni pour l'un, ni pour l'autre. J'aime le manga pour des raisons très différentes que celles pour lesquelles j'apprécie la bande dessinée. Il est regrettable qu'une sorte de cloisonnement s'opère entre les deux styles.

Comme il est intéressant de connaître plusieurs genres de littérature afin de les comparer, il est à mon avis extrêmement enrichissant de naviguer entre œuvres graphiques occidentales et orientales, afin de varier les plaisirs. On sera beaucoup plus sûr d'apprécier l'un ou l'autre style si on ne le compare pas avec son « rival ».

Alors sur ce, bonne lecture…

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cathy9999
cathy9999 @cathy9999
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