
Barracuda Esclaves : une nouvelle série de piraterie par Jean Dufaux
« À bord du Barracuda, les hommes de Blackdog affûtent lames et grappins en vue d'un abordage juteux ! La routine pour Raffy, le fils de Blackdog, qui a déjà fait couler beaucoup de sang pour son jeune âge. Pour Emilio et Maria, jeunes nobles espagnols, le choc est plus brutal. Vendus comme esclaves à Puerto Blanco, ils se font en outre dérober la carte qui mène au diamant du Kashar, le plus gros du monde, connu pour n'avoir jamais entraîné que mort et désolation dans son sillage ! Il en faut plus pour décourager les pirates du Barracuda, qui savent que butin rime souvent avec destin... « Pas de pitié ! Pour personne... Jamais ! » La maxime de Raffy résume parfaitement cet univers où l'on paye souvent la liberté de sa vie.
Jean Dufaux et Jérémy ont trouvé le contexte idéal pour cette nouvelle série : une fresque sanglante articulée autour des destins croisés de trois adolescents. Jean Dufaux s'aborde à l'univers de la piraterie, un monde de passions et de sang, comme il les affectionne. C'est le départ d'une grande saga et la première œuvre graphique complète de Jérémy, le coloriste de Murena. (Présentation Dargaud)
Barracuda : un angle original dans l'univers de la piraterie
Les pirates inspirent beaucoup les auteurs du neuvième art, de Bonifay (Les Pirates) à Mathieu Lauffray et Xavier Dorsion (Long John Silver), en passant par Roger Seiter et Johannes Roussel (Les Pirates, 4e tome de la série HMS). Voici qu'un nouveau duo se lance dans l'aventure sur un créneau assez encombré. Au premier abord, on pourrait penser que Barracuda est une histoire déjà vue et sans grand intérêt. Ce serait oublier un peu vite que son scénariste n'est autre que Jean Dufaux, qui a déjà signé Double masque, Vénus H et bien sûr Murena.
L'approche unique de Jean Dufaux : brouiller les identités
Dufaux a cherché un angle différent pour aborder cette nouvelle série. Il l'exprime lui-même dans la préface de l'album : « Aussi, j'ai bougé ma caméra dans l'autre sens. Au lieu de la braquer vers la mer, je l'ai tournée vers la terre. Au lieu de privilégier le mouvement sur mer, j'ai choisi les hésitations sur terre. Et au lieu de garder nettes les identités amoureuses et sexuelles des principaux protagonistes, je les ai brouillées afin de leur prêter un son plus tragique. »
Dufaux délivre un scénario dense et complexe, axé autour de trois jeunes gens aux destinées différentes mais liées. Le scénariste les fait évoluer dans l'univers finalement assez clos d'une île, où s'exacerbent les sentiments : haine, désir, vengeance... Barracuda se démarque également par l'absence totale d'édulcoration. Les personnages évoluent dans un monde dur où chacun se bat pour sa survie.
Le dessin spectaculaire de Jérémy : maîtrise et élégance
Que les fans du monde de la piraterie se rassurent : l'album s'ouvre sur une scène d'abordage d'anthologie. Le dessin de Jérémy (qui avait exécuté les couleurs de Murena) s'y déploie de manière magistrale. Cette scène sanglante est à couper le souffle. Son trait est à la fois dynamique et d'une très grande élégance, avec une attention aux détails remarquable—ce qui n'étonne guère quand on sait qu'il a travaillé aux côtés de Philippe Delaby. Pour prolonger le plaisir, l'album propose 8 planches supplémentaires d'études pour les différents personnages. À admirer d'urgence !
Série : Barracuda
Titre : Esclaves
Auteurs : Jean Dufaux – Jérémy
Éditeur : Dargaud