Le 15 octobre 2026, Sonatine publie Avant d'aller mourir, la suite inattendue d'Avant d'aller dormir, le thriller d'amnésie paru en 2011 qui a fait de S.J. Watson un phénomène international. Quinze ans après le premier volume, Christine Lucas revient - et la question qu'elle pose a changé de forme. Il ne s'agit plus seulement de savoir ce qu'une femme amnésique peut encore retenir de sa vie, mais de savoir qui, de la victime ou de son agresseur, finira par écrire l'histoire.

Ce que la suite remet en jeu
Qui a lu Avant d'aller dormir se souvient du dispositif : Christine Lucas se réveille chaque matin sans souvenir de qui elle est, et un homme prétend être son mari. Elle découvre qu'il s'agit en réalité de Mike Lynford, son agresseur. La librairie Vaux Livres résume ainsi le point de départ du nouveau roman : une "profonde amnésie suite à une violente agression", un procès qui "ne condamne pas" Lynford, et une Christine qui "échappe de justesse à la mort".
Avant d'aller mourir reprend la histoire sept ans après cet acquittement. Les faits, tels que les rapporte le compte rendu de Vaux Livres, sont les suivants : Christine vit recluse, "à l'écart du monde, dans l'angoisse". Mike Lynford, de son côté, "se répand sur les réseaux" et a "réussi à se présenter et reconnaître en tant que victime". L'état de santé de Christine, qui s'était amélioré, semble se dégrader : nouvelle amnésie, confusion, "visions et voix étranges". Sa meilleure amie - celle qui "avait eu le mauvais rôle dans le procès" - s'installe chez elle pour la protéger. Christine peut-elle lui faire confiance ? Le compte rendu conclut sur "un retour inattendu et réussi".
Ce résumé, simple en apparence, contient le véritable ressort du livre : deux personnes se disputent la même histoire, mais une seule a une mémoire fiable - et celle-là est la moins crédible.
Le postulat à renverser
L'idée qu'on puisse "choisir de ne pas affronter" ses souvenirs séduit, parce qu'elle transforme l'amnésie en lâcheté ou en déni. Rien, dans le matériau disponible sur le roman, ne va dans ce sens : l'oubli de Christine n'est pas un refus, c'est une lésion. Elle n'évite pas son passé, elle le perd - et elle le perd précisément parce qu'un autre en a décidé ainsi.
Le thriller de Watson devient alors plus intéressant si l'on déplace la question. Le vrai choix, dans ce livre, n'est pas celui de la victime : il est celui de l'agresseur. Lynford ne peut pas effacer les faits, mais il peut en proposer une version, publiquement, sur les réseaux, auprès d'un public qui ne connaît pas le dossier et qui voit un homme bien mis, posant en victime. Ce n'est pas la mémoire qui est en jeu, c'est la narration. Christine dispose des souvenirs ; Lynford dispose de la parole.
C'est là que le livre touche à son époque, et c'est aussi ce que souligne Souen Léger, dans sa critique pour Livres Hebdo, en écrivant que Watson "corrobore" la formule de Sartre - "L'enfer, c'est les autres" - "en un intense conte de la folie ordinaire". Le mal ne vient pas seulement d'un cerveau blessé : il vient du regard des autres, de ceux qui croient ou ne croient pas, et qui ne vérifieront jamais.
Le récit contre la mémoire
Il y a une ironie cruelle dans la construction de ce roman. Christine tient un journal - ou du moins, elle l'a tenu, avant que l'oubli ne redevienne la règle - pour se reconstruire d'un jour à l'autre. Sa défense est intime, fragmentaire, laborieuse. Face à elle, Lynford dispose d'un outil beaucoup plus efficace : un message court, répété, qui n'a besoin d'aucune preuve pour circuler.
L'amie qui s'installe chez elle fonctionne comme le troisième terme de cette équation. Pas neutre : son rôle au procès a déjà été jugé, et pas à son avantage. Elle est à la fois la protectrice et la menace possible, au point où le lecteur ne sait plus s'il assiste à une dégradation neurologique ou à une manipulation. Le livre joue sur cette indécision - "Paranoïa ? Folie ? Danger réel ?", résume Vaux Livres - et c'est là que se loge le suspense : non pas qui a raison, mais à qui la version de la réalité appartient-elle.
Interprétation, mais solide : Avant d'aller mourir déplace le thriller d'amnésie vers le thriller de la réputation. Le premier volume demandait "qu'ai-je oublié ?" ; celui-ci demande "qui va m'en convaincre ?". C'est un changement de sujet considérable, et il explique pourquoi un retour tardif avait un intérêt : Christine n'est plus seule avec son trouble, elle est en public.
Une traduction en avance sur l'original
Détail curieux et rare dans l'édition française : Avant d'aller mourir paraît environ sept mois avant Before I Sleep Forever, le titre original annoncé chez Orenda Books pour le 6 mai 2027 en grand format. Le livre sort donc ici avant d'être publié en langue anglaise. La traduction est assurée par Laurence Richard et Sophie Aslanides.
Le premier volume avait déjà connu un destin international, avec une adaptation au cinéma en 2014 signée Rowan Joffé. La suite arrive sans être encore validée par le public anglophone - un pari éditorial qui donne à l'édition française une forme d'exclusivité temporaire.

Ce qu'on en retient
On lira Avant d'aller mourir pour le mécanisme plus que pour la surprise : la mémoire fragmentée d'un côté, la parole assurée de l'autre. Watson ne promet pas de guérison, et il ne donne pas à son héroïne le luxe du choix. Christine ne décide pas d'oublier ; elle décide seulement, chaque matin, de qui croire.