
En 1948, Orwell remet le couvert avec son roman 1984, une œuvre qui se veut anticipatrice. Le récit se déroule dans l'état d'Océania, en 1984. Le monde est alors découpé en trois superpuissances qui se font la guerre inlassablement : Océania, l'Eurasia et l'Eastasia. Ces trois états, bien qu'en guerre et différents en apparence, ont néanmoins un point commun : le totalitarisme.
Comment fonctionne le totalitarisme dans 1984 ?
En effet, le monde a basculé dans le totalitarisme et la dictature les plus purs. Les habitants d'Océania sont constamment épiés et surveillés dans la moindre parcelle de leur vie par des télécrans qui ont la faculté de voir et d'entendre tout ce qui se passe. Le chef du parti unique se nomme Big Brother et les affiches qui le représentent sont placardées partout dans la ville, avec le slogan évocateur : « Big Brother is watching you » (Big Brother te surveille).
Toutes les libertés que le monde avait connues auparavant ne sont plus que des souvenirs : les libertés de presse, de pensée ou de parole sont supprimées. Les notions d'amour, d'amitié et de charité n'existent plus, laissant place à la délation, à la suspicion, à la peur et à la haine. Les hommes ne sont, en somme, plus humains. Complètement robotisés, ils sont destinés à servir loyalement Big Brother et le parti. Tout ennemi du parti sera supprimé ou rééduqué. Même les enfants, embrigadés, sont « entraînés » à dénoncer leurs parents s'ils ne se montrent pas irréprochables et « orthodoxes ».
Comme toute bonne dictature, l'INGSOC (la politique du parti) se doit de paraître elle-même irréprochable : l'Histoire est constamment réfutée et remplacée par la vision du présent. Si, par exemple, Big Brother prévoyait une hausse de la qualité de vie, mais qu'en réalité celle-ci baisse, les journaux datant des prévisions sont transformés pour être en accord avec « la réalité ». Inutile de dire qu'il s'agit d'un travail fastidieux qui doit toujours être remis au goût du jour, avec tous les mensonges infâmes que cela comporte.
Qu'est-ce que le novlangue ?
Un autre grand changement amorcé par le parti est la révolution de la langue, appelée le « novlangue » (ou Newspeak dans la version originale). La richesse de la langue est entièrement écrasée : suppression de mots, de concepts, etc. Notons par ailleurs que les conditions de vie des humains de 1984 sont exécrables : ils vivent tous dans la pauvreté, avec des rations de nourriture dégueulasses, il faut bien le dire. Bref, tout est terrible, mais il faut « sourire » (bien qu'on n'ait pas vraiment le droit d'être un minimum humain dans le monde d'Orwell !).
Faire mentir le VRAI passé et le changer est le travail du héros du roman, Winston Smith, un quadragénaire londonien.

Qui est Winston Smith ?
L'histoire commence réellement au moment où Winston remarque une jeune fille aux cheveux noirs qui semble le surveiller... Alarmant, vu que la délation est de mise. De plus, le travail fastidieux de la dissimulation des sentiments est très dur : Winston aurait-il laissé transparaître son scepticisme et sa haine envers le parti ? Sera-t-il dénoncé par cette jeune femme ?
Il la remarque pour la première fois lors des « deux minutes de la haine ». Il s'agit d'une séance collective où les gens sont mis face à face avec le portrait de l'ennemi public numéro 1 : Goldstein. Toute dictature a besoin d'un ciment spécifique pour bien marcher, celui de la haine entre autres. En choisissant le bouc émissaire Goldstein, le traître et le mal incarné, le parti unit les habitants par la haine que ceux-ci sont censés lui porter. Lors de cette séance, les gens crient, insultent le portrait ou la vidéo de Goldstein... C'est lors de l'une de ces séances (qui sont quotidiennes) donc, que Winston remarque la jeune femme.
Celle-ci, on l'apprend plus tard, n'est en fait pas l'espionne que Winston pensait. Unis dans la haine qu'ils vouent au parti, Winston et Julia entretiendront tout au long du roman une « romance ».
Mais voilà, le parti est le plus fort et sera toujours le plus fort...

Quelles sont les références historiques dans 1984 ?
Tout dans 1984 nous rappelle notre histoire commune, tout en s'inspirant particulièrement du régime stalinien : manipulation des médias, de l'histoire, mensonges (cf les nombreux clichés de Staline « refaits »), les plans de reconstruction (quinquennaux pour Staline).
Des références à Hitler sont aussi faites : Goldstein, le bouc émissaire traître, responsable de tous les maux de la terre, porte un nom typiquement juif... Les jeunesses embrigadées quant à elles font référence à différentes réalités, que ce soit sous Hitler, Staline ou encore Mussolini.
1984 est un pilier de la littérature : une adaptation a été réalisée avec John Hurt dans le rôle de Winston, et le slogan « Big Brother is watching you » est encore aujourd'hui utilisé pour dénoncer le contrôle des médias et le fichage des êtres humains.
Voici quelques extraits de l'œuvre 1984 :
1) Winston donne ses réflexions sur la différence culturelle des peuples, différents, mais unis par leur humanité.
« It was curious to think that the sky was the same for everybody, in Eurasia or Eastasia as well as here. And the people under the sky were also very much the same ; everywhere, all over the world, hundreds of thousands of millions of people just like this, people ignorant of one another's existence, held apart by walls of hatred and lies, and yet almost exactly the same -- people who had never learned to think but who were storing up in their hearts and bellies and muscles the power that would one day overturn the world. If there was hope, it lay in the proles ! »
« War prisoners apart, the average citizen of Oceania never sets eyes on a citizen of either Eurasia or Eastasia, and he is forbidden the knowledge of foreign languages. If he were allowed contact with foreigners he would discover that they are creatures similar to himself and that most of what he has been told about them is lies. The sealed world in which he lives would be broken, and the fear, hatred and self-righteousness on which his morale depends might evaporate. It is therefore realised on all sides that however often Persia, or Egypt, or Java or Ceylon may change hands, the main frontiers must never be crossed by anything except bombs. »
2) Julia explique à Winston pourquoi le parti défend à ses habitants d'avoir des relations sexuelles et de l'amour les uns pour les autres. En ne mettant pas leurs pulsions sexuelles en activité, les hommes deviennent « fous » et se tournent vers des extrêmes, à savoir l'idolâtrie d'une figure, comme Big Brother. Quand l'amour pourrit et devient haine.
« When you make love you're using up energy; and afterwards you feel happy and don't give a damn for anything. They can't bear you to feel like that. They want you to be bursting with energy all the time. All this marching up and down and cheering and waving flags is simply sex gone sour. If you're happy inside yourself, why should you get excited about Big Brother and the Three Year Plans and the Two Minutes Hate and all the rest of their bloody rot ? »
Pourquoi lire 1984 aujourd'hui ?
1984, pilier de la littérature, est une œuvre bien écrite, avec cela dit une ombre au tableau. Tellement pilier qu'il est déjà connu par le lecteur qui ne l'a pas encore lu. Je m'explique : quand au lycée on étudie les œuvres dites moralisatrices comme Rhinocéros ou 1984, on nous dit tout de suite ce qu'il faut y voir, c'est-à-dire les références à l'Histoire, etc. De ce fait, en commençant 1984 pour la première fois il y a quelques semaines, je savais déjà ce que j'allais y trouver. Ça, c'est dommage (mais là, Orwell n'y peut rien !). La surprise est un peu gâchée, mais le roman se « rattrape » en offrant au lecteur une intrigue plutôt intéressante ! Eh non, 1984 n'est pas un essai qui dit « le totalitarisme, c'est nul » : Orwell est plus ingénieux que cela, et c'est pour cela qu'il tisse une histoire trépidante avec des personnages intéressants. L'auteur n'a pas fait l'erreur de nous exposer ses vues sur le monde en les détachant entièrement de son contexte. Une morale ne marche que lorsque celle-ci est intéressante à lire... Encore une fois, « éduquer et divertir », comme l'avait déjà compris La Fontaine par exemple !
Voilà, en espérant vous avoir donné l'envie de lire, ou de vous replonger dans cette œuvre... Et n'oubliez pas : « War is Peace; Freedom is Slavery; Ignorance is Strength » !