
Un projet de bande dessinée sur la Première Guerre mondiale
« Alors que l'on vient de commémorer le 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre et que les derniers poilus ont disparu, Tardi renoue avec la mémoire de 14-18 à travers un grand projet : une évocation en bande dessinée du premier conflit mondial et de la place qu'y ont occupée, au quotidien, les hommes qui s'y sont affrontés et entretués. Un récit de fiction, mais où le souci de véracité et la rigueur de la reconstitution historique occupent une place primordiale. » (Présentation Casterman)
Tardi et Verney : une collaboration historique
Après le succès de L'Étrangleur, un polar publié initialement sous forme de journal, Tardi a décidé de réitérer cette expérience en publiant en 2008 et 2009 un journal dessiné sur la Première Guerre mondiale. Il retrouve là un thème qu'il avait déjà développé dans C'était la guerre des tranchées et, plus largement, son goût pour l'Histoire – on se souvient de son admirable récit sur la Commune, Le Cri du Peuple. Pour cette nouvelle aventure, il s'est associé avec l'historien Jean-Pierre Verney, qui a rédigé les textes.
L'année 1917 : le regard d'un soldat désabusé
En 2009, Tardi aborde trois nouvelles années : de 1917 à 1919. Le premier numéro de ce journal est consacré à l'année 1917 et suit un soldat anonyme qui raconte son expérience quotidienne. À travers le regard de ce combattant qui n'a pas demandé à être là, Tardi prend le parti des « trouffions » qu'on envoie à la boucherie. La pointe de cynisme dans le récit de ce soldat désabusé donne tout son sel à ce témoignage.
Le soldat raille les grands tacticiens français qui se trompent royalement sur la conduite de la guerre. Dans le journal consacré à 1917, il évoque également le triste sort des soldats considérés comme traîtres à la nation et envoyés au peloton d'exécution par leur propre camp. Le récit gagne en intérêt grâce aux recherches historiques poussées menées par Tardi et Verney. À la fin du journal, Jean-Pierre Verney a rédigé un article qui remet en perspective le récit imaginé.
Une mise en page innovante et minimaliste
Tardi adopte un découpage régulier en trois strips par page, avec quelques variantes. Ces grandes cases panoramiques sont chacune conçues comme un véritable tableau. Le format journal permet de jouer sur différentes oppositions. Tardi met ainsi en vis-à-vis les belligérants, montrant le conflit et la symétrie entre ces hommes qui finalement se ressemblent et ne sont que de la chair à canon.
Dans ce quatrième journal, la couleur a presque totalement disparu. Excepté certaines taches rouges de sang, les planches sont envahies par les tonalités grises et noires. L'euphorie du départ à la guerre éclair fait place à l'enlisement dans la guerre des tranchées. Cette nouvelle composition est une très belle réussite qui nous incite brillamment au devoir de mémoire.
Titre : 1917
Auteurs : Tardi-Verney
Éditeur : Casterman