
Il va de soi que vous ne me croirez pas si je vous raconte mon histoire, mais il le faut. Sans ça, vous ne comprendrez pas pourquoi je n'ai pas su mordre cet homme, alors que je désirais tellement sentir sa vie le quitter, son sang couler dans mes veines... Alors écoutez-moi...
Qui suis-je ? Une vampiresse née dans l'Égypte antique
Je m'appelle Eléa. J'ai dix-neuf ans, du moins c'est l'âge que j'avais lorsque je suis morte... En réalité, on peut dire que j'ai plus de trois mille ans. Je suis née en Égypte antique, il y a donc trois mille ans environ, mais ma vie fut courte...
Une existence cachée : fille d'une grande prêtresse d'Isis
Malheureusement pour moi, je naquis d'une femme qui n'avait pas le droit d'avoir d'enfants, une prêtresse... Pour être plus précise, ma mère était LA grande prêtresse d'Isis, destinée à vivre et mourir vierge, afin de rester pure aux yeux de celle-ci.
Mais ma mère tomba amoureuse d'un homme, qui la mit enceinte. Elle accoucha seule dans le plus grand secret, et pendant dix-huit ans je vécus cachée, seule, sans personne avec qui discuter, rire, vivre tout simplement. Seule ma mère venait une fois par jour pour m'enseigner l'écriture, la langue, et m'apporter à manger.
La trahison de mon père et ma condamnation
J'étais condamnée à vivre ainsi toute ma vie lorsque mon père causa ma perte. Le jour de sa mort, il fut pris de remords, et avoua toute l'histoire au pharaon, un de ses amis proches. Il fit venir ma mère auprès de lui, et, paniquée, elle raconta que mon père l'avait violée, qu'elle avait tout fait pour me tuer avant ma naissance par ses prières, mais que l'enfant maléfique que j'étais, envoyé de Seth le dieu du mal, pleurait déjà dans le ventre de sa mère...
La légende des enfants qui pleurent dans le ventre de leur mère existe encore dans certaines vieilles croyances, et cela signifie que l'enfant en question aura le don de double vue. Toujours est-il que je naquis, non seulement contre la volonté de ma mère selon elle, mais en plus avec les yeux bleus, chose très rare en Égypte et considérée comme présage de malheurs. Les enfants aux yeux bleus étaient tués à la naissance, donc dans mon malheur, j'avais eu un peu de chance...
Mais ma mère, qui pourtant m'avait aimée, et cela j'en suis sûre, venait de me reléguer au rang de « chose » malfaisante qu'il fallait éliminer.
Le meurtre de ma mère : quand la peur devient rage
Tout ceci, je l'ai lu dans ses yeux quand elle est rentrée le soir même dans ma chambre. Lorsque je la vis pénétrer dans la pièce, avec un sourire faux sur le visage, et toute sa trahison se lisant dans ses yeux, je fus prise d'une rage folle. Voyant commencer ses sortilèges ridicules pour me tuer, j'attrapai une statuette d'Isis et frappai ma mère à plusieurs reprises à la tête, au visage, jusqu'à ce que le sang souille ma robe, mes mains, mon visage...
Et je m'enfuis, sur un cheval appartenant à ma mère.
Ma fuite dans le désert égyptien
Le soleil, que je n'avais jamais vu, me brûlait les yeux, la peau. Je hurlais de douleur tout en m'enfuyant, c'était insoutenable.
Au bout de quelques heures, le cheval s'écroula de fatigue. J'étais seule au milieu du désert, la nuit tombait, j'avais peur. Bien sûr, j'étais habituée à l'obscurité, depuis le temps que je patientais dans cette chambre sans fenêtre, mais ce silence me terrifiait, et surtout, j'avais peur d'être retrouvée et tuée...
Je passai ma première nuit « libre » à penser. Je voyais, à la pâle lumière de la lune, mes mains, souillées du sang de ma mère, qui m'avait trahie...
L'étrange rencontre qui changea mon destin
Je ne saurais dire combien de temps je suis restée dans ce désert. Quelques jours ? Plus ? Je l'ignore. La journée, je dormais, essayant de couvrir mon corps de ma robe pour ne pas laisser le soleil me brûler. La nuit, je ne vivais guère plus, restant assise là sur le sable, près du cadavre du cheval qui m'avait sauvé.
Mais une nuit, un homme vint vers moi. Il ne venait pas de Memphis, ne savait pas qui j'étais, mais ce qu'il vit lui plut : une jeune fille, aux cheveux et à la peau étrangement clairs pour une Égyptienne, aux yeux d'un bleu ensorcelant, et au corps plus désirable que celui d'une déesse.
C'est surtout ce dernier point qui fit monter en lui l'envie de profiter de ce corps sans défense, de le posséder dans son intégralité.
Ce que je lus dans ses yeux me fit perdre la tête ; j'avais tué ma mère, je pouvais recommencer ! Seulement je n'avais pas d'armes, je n'avais plus le temps de réfléchir, il m'avait déjà attrapée et cherchait à m'allonger sur le sol...
Pour l'intro : http://www.france-jeunes.net/article.php?artid=13747