
En 1933 à New York, le jeune cinéaste Carl Denham (Jack Black) traverse une mauvaise passe : ses films ne rapportent pas grand succès et les producteurs exaspèrent du travail qu'il fournit. Tête brûlée au tempérament vif, Carl voit une occasion en or de remonter la pente en partant vers l'Asie avec son ami scénariste Jack Driscoll (Adrien Brody).
Mais un problème subsiste : où trouver une actrice ? Carl engage alors une jeune artiste au chômage, Ann Darrow (Naomi Watts). Tout ce petit monde monte à bord du « Venture » et entame son voyage. Or, en cours de route, l'équipage tombe sur une île jamais visitée par l'homme. Les avis divergent : Carl y voit un décor idéal pour son long-métrage, tandis que ses compagnons pressent un danger. En explorant Skull Island, l'équipe se heurte à quelques obstacles, dont un particulièrement imposant : un gorille d'environ dix mètres de haut, vénéré par les autochtones et surnommé Kong.

Jeu vidéo, réédition DVD du « King Kong » original, making-of sorti avant le film lui-même, affiches colossales dans les rues, publicités incessantes dans les magazines, photos et sonneries pour mobile… Le Kong envahit votre quotidien. Ce tapage médiatique constant place le film sur un piédestal imposant et élève l'attente des spectateurs à un niveau très élevé. Dans ce genre de situation, deux cas de figure se présentent : soit le film est excellent et toute la publicité est justifiée, soit il est mauvais et sa médiatisation l'a enterré. Dans le cas présent, nous nous situons à la limite des deux.
Loin d'être mauvais, ce « King Kong » possède des atouts indéniables, mais pas sans défauts.
D'une part, sa réalisation. Le principe du remake est respecté en reprenant l'histoire d'origine tout en y intégrant des éléments nouveaux, comme l'apparition de dinosaures et autres créatures. Le scénario se compose en deux parties distinctes : l'introduction et l'aventure. L'introduction correspond à la première heure du long-métrage (le film en compte trois au total). Elle se révèle bâclée et longue. On sent une accumulation de clichés qui mène le spectateur à l'ennui, d'autant que le rythme manque sévèrement. On présente les personnages, on situe l'intrigue… Rien de bien trépidant.
En revanche, la deuxième partie, qui correspond aux deux dernières heures, est mieux rythmée et nettement plus intéressante. On explore l'île en compagnie de l'équipage du « Venture », ce qui donne lieu à des scènes d'action trépidantes, mais aussi à des séquences plus émouvantes avec Kong et sa belle.
Par ailleurs, toutes ces scènes sont tape-à-l'œil grâce à un réalisateur qui sait imprégner l'action de sa caméra avec des mouvements parfois bluffants. Les scènes où King Kong déchaîne sa colère sont jouissives et magnifiques. Peter Jackson a su retranscrire à l'écran la furie dévastatrice de la bête en malmenant sa caméra, comme si Kong bousculait l'objectif.
Mais le film n'aurait pas autant d'impact sans des effets spéciaux au rendez-vous. Ici, ils sont tout simplement magnifiques, empreints d'une beauté sublime qui rappelle que nous avons affaire au réalisateur du « Seigneur des Anneaux ». On retrouve toute la maîtrise de Peter Jackson dans cette œuvre.
Venons-en maintenant à ce qui fâche : les défauts. Ils empêchent le film de devenir un carton. Je ne reviendrai pas sur la première partie, lente et sans intérêt. Attaquons-nous plutôt à la seconde : l'exploration. L'introduction de bêtes préhistoriques autres que Kong semblait une bonne idée, mais s'avère au final décevante. À tout moment, on se croirait dans « Jurassic Park » avec la poursuite des hommes par les bêtes. Le réalisateur semble avoir manqué de créativité en mettant en scène des espèces de larves immondes (et d'autres joies que je vous laisse découvrir) tout à fait ridicules. Les dinosaures ne sont là que pour justifier les scènes d'action et ne sont donc pas indispensables. Les liens qui unissent Ann Darrow à King Kong constituent le seul élément intéressant de l'histoire. En dehors de cela, le film est d'une platitude incroyable.

Une bien belle déception, ce remake de « King Kong ». Avec une histoire peu intéressante et des séquences pas franchement indispensables, le film n'est pas la perle rare que les aficionados attendaient. Restent des effets spéciaux de qualité et une ambiance dépaysante qui prouve qu'avoir une belle gueule ne suffit toujours pas. On attendait mieux de la part du réalisateur du « Seigneur des Anneaux ».

L'histoire des films King Kong
Le film original « King Kong » sortit en 1933 et prouva qu'avec peu de moyens, on pouvait réaliser un excellent film. Le succès fut mondial et « King Kong » s'inscrivit au panthéon du cinéma. Pour l'actrice Fay Wray, ce fut le rôle de sa vie. Ce fut aussi l'occasion pour le cinéma d'avancer en matière d'effets spéciaux. Si les animations de Kong semblent hachées et désuètes, il ne faut pas oublier qu'à l'époque, ce fut une révolution. Grâce à lui, le cinéma a trouvé une nouvelle voie à exploiter : les trucages.
En 1976, quarante-trois ans après l'original, voici « King Kong 2 » réalisé par John Guillermin. Kong se trouve plus humanisé ici, s'occupant de l'héroïne comme d'une poupée : il l'aide à s'habiller, se doucher, etc. Mais le final reste tout aussi tragique. Jeff Bridges et Jessica Lange composent le casting de ce film qui tient plus de la parodie que d'un véritable opus.
En 1986, Guillermin revient nous donner encore une couche de Kong, mais cette fois-ci, la sauce ne prend pas. Le gorille tombe du World Trade Center mais a survécu après avoir protégé son fils et la belle. Du grand n'importe quoi qui est fatal au mythe. « King Kong Lives » détruit la réputation du grand singe.

En 2005, Peter Jackson se lance dans un remake de « King Kong ». Le film s'apparente à un hommage honnête à l'original de 1933. Le réalisateur est un passionné de « King Kong » depuis ses 9 ans et désirait en réaliser un remake depuis des années. Au moment où il eut une esquisse de script, il dut s'attarder sur un autre projet qui lui tenait également à cœur : « Le Seigneur des Anneaux ». Huit ans après et une trilogie plus tard, Peter Jackson reprend son idée directrice. Il s'attaqua au projet pendant plus d'un an de tournage, les dernières retouches étant terminées trois jours avant la sortie officielle.
Pour les effets spéciaux, il faut savoir qu'en plus de la somme énorme versée par les producteurs, Peter Jackson a sorti 20 millions de dollars de sa poche pour donner plus de réalisme à King Kong. Ce dernier a reçu un soin particulier. Si ses expressions faciales et ses mouvements sont réalistes, on le doit à un seul homme : Andy Serkis (Gollum dans « Le Seigneur des Anneaux »). En plus de la motion capture appliquée sur l'acteur, ce dernier a dû observer de véritables gorilles pour s'en inspirer dans son rôle.
Anecdote : Andy Serkis prête ses traits au cuisinier du « Venture ».
Analyse et symbolique du film
Au-delà d'un simple divertissement cinématographique, « King Kong » est une œuvre porteuse de nombreux sens.
Il y a dans le film une inversion animal-humain. Kong est certes montré comme une bête, par ses réactions imprévisibles et ses excès de colère sans égal. Mais parfois il est montré comme un humain, voire un enfant. Kong est capable d'apprendre des choses et peut être attendrissant. Mais il n'en reste pas moins un animal. À l'inverse, les humains sont montrés comme cupides et sans cœur, les caractéristiques d'une bête sauvage. Comme le disait si bien Rousseau : « L'Homme est un loup pour l'Homme », ce qui induit que l'Homme n'est qu'un animal qui pense malgré ses airs supérieurs.
Le film s'interroge aussi sur le mariage interracial. Dans les années 30, il fut prohibé en raison des ségrégations. Le réalisateur de l'original a voulu dénoncer ce fait en mettant en scène un amour impossible entre une femme (blanche et blonde, le stéréotype de la belle femme à l'époque) et une bête. Comme elle est différente des autres, les humains la rejettent comme si cet amour était interdit.
Regardez à présent de nouveau la version de 1933 et celle de 2005 de « King Kong » : vous n'aurez pas du tout la même vision du film.