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Lifestyle

Veille de rentrer à la FAC

Un dialogue absurde et déjanté entre deux étudiants la veille de la rentrée à la fac. Humour, références loufoques et chute complètement inattendue.

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Quand un néo-étudiant rencontre une niaise-étudiante dans un bar la veille de son premier jour de fac...

— Salut boy, j'adore le sexe qui cogne. J'aime quand ça va vite et loin.
— Et sinon c'est quoi ton prénom ?
— Je peux m'asseoir ? Merci. Je m'appelle Kate, Kate Moss et toi ?
— Sam, Sam Koest. Tu bois quelque chose ? Servez-nous deux verres de votre alcool le plus fort mélangé avec votre deuxième alcool le plus fort. Oui, deux vodka-champomy.
— Tu viens souvent ici ? Je t'ai jamais vu.
— Non, en fait c'est mon premier jour dans cette ville. Jusqu'à hier j'habitais dans un bled perdu près de Tigy, je viens ici pour mes études.
— Je vois pas trop où c'est, j'ai juste entendu parler de Tigy pour sa foire aux asperges.
— Pitié, me parle pas de ça ! J'ai l'impression que ça me suit partout, cette foire aux asperges. Par exemple, ce midi je discutais tranquillement ici avec Émile Zola des dures conditions de travail des livreurs de chez Darty et on s'est retrouvés à parler pendant une heure des objets ayant concouru à la foire aux asperges de Tigy de 1994.
— Ah oui, je me souviens de l'objet vainqueur, le gode en asperge entièrement biologique et biodégradable. Ils ont dû arrêter la production à cause de MST transmissibles du légume à l'homme. Excuse-moi, j'ai mal entendu, t'as rencontré Émile Zola ? Ici ? C'est génial ! Il t'a signé un autographe ?
— C'est pas vraiment la réaction à laquelle je m'attendais, mais non, il a pas eu le temps. Il devait rendre visite à des fils de smicards misanthropes desquels il s'occupe avec son association humanitaire PCF (une PlayStation dans Chaque Foyer) et il a dû filer... Je vois que t'as un bracelet de cheville, donc je suppose que t'es étudiante en lettres.
— Ouais en effet, je passe en licence de lettres modernes. Et toi, tu fais quoi à part rencontrer Émile Zola ?
— À partir de demain je serai étudiant en histoire.
— T'as l'air fier de dire ça. Tu verras que 9 fois sur 10, quand tu diras ça, on te répondra : « Il en faut ! » et la dixième : « Moi aussi j'étais étudiant, mais je m'en suis sorti. Ce sont les quatre premières années les plus difficiles, après c'est juste une préparation au rythme de vie du RMIste. »
— C'est bizarre, j'ai toujours eu l'impression qu'il y avait un conditionnement mental des étudiants pour qu'ils ne prennent pas leurs études au sérieux devant les autres, comme s'ils en avaient honte. Avouer qu'ils sont étudiants leur est aussi difficile que dire qu'ils ont eu un téléphone Be-bop. Moi je trouve ça très valorisant de se dire qu'on va passer trois ans de sa vie à étudier l'histoire ou la littérature et qu'au bout on aura un travail ou qu'on enseignera ce qu'on a appris à d'autres. Oui, je trouve ça très beau, presque miraculeux.
— Je sais pas. T'es jamais allé à la fac ?
— Non, je m'inscris demain.
— La rencontre avec la fac risque d'être assez violente pour toi, je préfère te prévenir. Si tu veux on reparlera de ça dans un mois et neuf jours, et je pense que t'auras changé d'avis.
— On verra, mais on peut pas se revoir plus tôt ?
— Non, je viens de regarder mon agenda et je suis pas libre avant.
— Mon rêve est de rencontrer une fille qui ait un cahier de textes et non un agenda.
— On rêve tous de l'inaccessible. Moi je cherche un garçon qui connaisse par cœur les numéros de départements français, et tu peux croire que quand je l'aurai trouvé je le lâcherai pas. Il est déjà onze heures trente, je dois y aller, à moins que tu veuilles qu'on continue la conversation chez toi.
— Ça serait avec plaisir mais j'ai vu un film X avant de venir, ça risque de mettre trop de temps avant de cogner.
— OK, à la prochaine alors. Et prépare bien ton cartable pour demain, oublie pas l'ardoise et l'éponge.
— J'ai pensé à tout, j'ai même le pot de colle avec la petite cuillère.

(Deux ans plus tard, Sam était au volant de son tramway personnel lorsqu'il vit un Biskit en travers de la route. Il évita le chien mais ne put éviter l'autotamponneuse de Kate qui arrivait face à lui et la percuta. Les derniers mots de Kate avant de mourir furent : « Loiret : département 45 ». Sam fut traumatisé par l'accident et abandonna ses études. Après trois jours de chômage, il vient d'être engagé pour jouer le dalaï-lama et Cosette adulte dans l'adaptation cinématographique de l'autobiographie de Severine Ferrer.)

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mikael.gerard
Mikael Gerard @mikael.gerard
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