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Uncle Sam's dream

Une adolescente raconte son expatriation aux États-Unis : entre déception familiale, difficultés d'intégration et traditions asiatiques qui pèsent, elle livre un témoignage brut et sincère sur le revers du rêve américain.

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La vie, c'est pas rose : petit, on se fait juger ou emmerder par les autres ; ado, il faut qu'on ait ceci ou cela, qu'on pense à l'avenir ; et grand, eh bien on fait tout pour pouvoir se caser et rentrer dans la norme... C'est peut-être plus difficile lorsqu'on est une étrangère.

Ça va bientôt faire 10 mois (à l'heure où j'écris cet article) que je vis aux États-Unis. La plupart des personnes que je connais me disent « chanceuse de pouvoir quitter la France » et je ne vois pas vraiment pourquoi, vu que j'étais bien là-bas... Je vis dans une ville surpeuplée proche de Los Angeles, dans un appartement pas top (quand il y a de l'eau qui tombe de votre toit à cause de la pluie et que vous payez 1000$ par mois pour ça...), mais on fait avec. Je crois qu'il y a pire.

Pourquoi suis-je partie ? Ça, il faut s'en référer à mon père. D'après lui, l'économie française n'était pas géniale et mon frère et moi, on aurait une meilleure vie ici... Je n'ai jamais cru à ses arguments.

Le conflit familial avant le départ

Mon père a sa famille ici et je comprends parfaitement qu'il veuille passer du temps avec sa mère... Ça, c'était la raison de nos disputes avant de partir. Il m'engueulait à chaque fois et, comme il a une voix qui porte et que j'ai assez peur de mes parents (il faut le dire... et d'ailleurs, je ne comprends pas d'où vient cette intimidation, mais bon, on s'éloigne du sujet...), il gagnait et j'ai fini par prendre sur moi.

Je me suis dit que c'était juste une passe, que j'oublierais ça et que surtout, on n'avait pas besoin de ça pendant cette période : on vendait la maison, je faisais mes préparatifs, c'était un moment assez troublant, un moment où on avait besoin d'être solidaires... Alors je me la suis fermée.

J'ai commencé à être frustrée arrivée ici, et ça a explosé. On s'est engueulés encore 2 ou 3 fois et plus rien. J'ai compris que ça ne servirait à rien de lui parler, têtu comme il est. Et puis, il ne m'écoute jamais alors pourquoi gâcher mon énergie à argumenter avec lui ?

Et ma mère dans toute cette histoire ? Eh bien je ne sais pas vraiment... Bien sûr, elle s'engueule avec mon père. En fait, ma mère n'était pas vraiment partante pour les USA. Elle a vécu pendant 28 ans en France (je suis issue d'une famille d'immigrés), elle a sa famille là-bas, ses amis, ses habitudes, bref, sa vie. Mais bon, mon père a réussi à la convaincre et les USA, c'était devenu 50-50...

Les États-Unis : épreuve familiale ou rêve américain ?

Donc voilà... je crois qu'à partir de ce moment-là, les États-Unis m'ont plus paru comme une épreuve du « ça passe ou ça casse dans ta famille » que comme une terre d'accueil et de rêve. Bon ok, c'est vrai, mon état d'esprit n'était pas totalement positif (je suis assez pessimiste de nature) avant de partir et ça a sûrement joué dans la balance.

Les premiers mois furent les plus difficiles. Je pensais naïvement que la famille de mon père allait jouer un rôle important dans ma vie, je croyais qu'ils nous aideraient, qu'ils nous conseilleraient... que dalle. Je sais, je dois être tombée sur les mauvaises personnes... Eh bah ouais. On s'est démerdés tout seuls pour l'appart, la voiture, les papiers... Qu'ils soient là ou pas, je n'aurais même pas vu la différence.

Je leur en veux ? Oui. Si vous voulez pas aider les gens, faut le dire, pas la peine de donner de quelconques illusions. Mais ça malheureusement, je ne peux pas leur dire en face.

Traditions asiatiques et difficultés d'intégration

Vous savez, bon je suis chinoise et comme tout le monde, on vous apprend le respect des aînés, mais c'est un peu plus accentué chez les Asiatiques je pense. Et puis, mon père, c'est limite s'il n'est pas en adoration devant sa famille, comme s'il cherchait leur approbation ou une reconnaissance, ce qui est sûrement normal lorsque l'on appartient à une famille de 9 enfants... Sans parler qu'il n'a pas besoin de ça en ce moment...

Cette frustration, je crois que ça s'est traduit par une certaine isolation volontaire au bahut. En fait, j'ai toujours été avec les mêmes gens depuis toute petite et j'ai réappris à socialiser. Mais bon, quand vous n'étiez pas top-top en anglais en France... Et puis, je n'arrivais pas à m'exprimer comme je le souhaitais.

Aujourd'hui, ça va mieux, mais quand vos parents vous empêchent de sortir (même à l'âge de 16 ans, c'est encore possible), ça n'aide pas vraiment. J'ai l'impression de passer à côté de tellement de choses...

Comme je l'ai dit précédemment, je suis asiatique et mes parents ont encore cette vieille mentalité. Ils ont toujours basé ma vie sur mes notes et mon travail, ça passait sûrement avant les amis ou les amours. J'ai demandé une fois à ma mère si j'étais une bonne personne et la première chose qu'elle m'avait répondue, c'était « oui, t'as des bonnes notes à l'école »...

C'est pour ça que j'ai un problème de communication avec eux... d'ailleurs, je leur parle, mais jamais de ce que je ressens ou des problèmes que je peux avoir. En fait, je m'en fous complètement maintenant parce que je ne cherche pas à créer un « lien spécial » avec eux... Mais il ne faut pas se méprendre ; je continue à les aimer. Je crois savoir quelque part que c'est pour me protéger (ou peut-être pour se protéger qu'ils font ça...) et c'est d'ailleurs contradictoire...

Bilan : bilinguisme et remise en question

Finalement, le seul point positif, c'est que je suis devenue presque bilingue et que j'ai connu une culture différente, c'est tout. J'avoue volontiers ne pas être la plus heureuse des filles mais bon, ai-je déjà connu le bonheur ? Non. Les trois quarts des personnes qui sont en train de lire cet article doivent se dire « mais t'es aux USA ma pov' fille, profites-en » et vous avez sûrement raison...

Je ne vous raconte pas tout ça pour descendre les USA ou quoi que ce soit (je tenais à le préciser). D'ailleurs, je ne sais plus vraiment pourquoi j'ai commencé cet article, mais merci de m'avoir écoutée (pour les plus courageux qui l'ont fini), ça m'a soulagée... C'est assez étrange à dire, mais quelquefois, il est plus facile de parler à des étrangers qu'à ses propres amis...

Take care !

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peeyou
peeyou @peeyou
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