
Le résumé du cours qui va suivre est issu d'une thèse de plus de 1200 pages consacrée à la génération amphi, intitulée : "Salut les campeurs", publiée dans la Bibliothèque Rose.
Il est à noter que ce résumé est un sujet de location qui, pour être compris des internautes, doit fréquemment être tondu à la tondeuse à gazon. Il peut d'ailleurs être supprimé à tout moment si la majorité des 2/3 des actionnaires de ce site en font la demande sur une feuille petits carreaux A4 avec une marge à droite de 4 centimètres.
Pour éviter tout procès de la part des associations contre le tabac, j'ai supprimé de moi-même les moments où le prof ou les étudiants fument des cigarettes, une pipe ou une chique...
Ce résumé n'a aucun but pédagogique, véridique ou utile. Il a été fait après une nuit passée à regarder Histoires Naturelles sur "les Gardes Pêches", "l'Amazonie des Caboclos" et "les diplômés du dernier rang", d'où peut-être certaines invraisemblances que les étudiants ayant déjà été en amphi — et plus généralement tous ceux qui ont vu un conseiller d'orientation en classe de quatrième — rectifieront d'eux-mêmes.
Voici donc le résumé minute par minute des deux heures d'un cours d'amphi choisi au hasard (les minutes finissant par un 7 et un 3 seront volontairement oubliées pour des raisons évidentes) :
Le début du cours et l'attente des étudiants
11h26 : J'arrive devant l'amphi avec une fausse barbe et un faux nom marqué sur mes vêtements pour éviter d'être reconnu. Quelques grappes de 3 ou 5 étudiants attendent devant l'amphi dans un état d'extase extatique. Un bookmaker passe de groupe en groupe pour prendre les paris pour savoir combien de fois le prof dira le mot "philologie" pendant son cours, ou quel sera le résultat de la finale de la coupe du monde de rugby à cinq jambes entre Tchernobyl et Hiroshima.
11h28 : N'y tenant plus, quelques étudiants tentent de forcer la porte de l'amphi et le videur est obligé d'ouvrir les portes : les tennis sont interdites, les garçons doivent être en costard et queue de pie et les filles en tailleur et chaussures à talon d'au moins douze centimètres. Une grappe d'étudiants, refoulée car capillairement incorrect, décide d'aller boire un café. Une étudiante refoulée car son prénom commence par un S envisage de se suicider en s'électrocutant la langue dans une prise électrique, comme ont péri huit membres de sa famille.
Les heureux élus qui sont rentrés sont surpris de constater que l'amphi n'est pas vide : quelques étudiants n'ont pas bougé depuis la semaine dernière de peur de louper une seule parole du prof.
L'arrivée fracassante du professeur
11h31 : Le prof n'est toujours pas là. La soixantaine d'étudiants commence à imaginer le pire : et s'il ne venait pas ? Il est décidé, dans ce cas-là, à la majorité des 9/8 des présents, un suicide collectif. Des rumeurs commencent à circuler : peut-être est-il en train de danser sur une chanson de Yannick, le black décoloré par la TV, ou le Mambo Number 5 ? Un étudiant croit savoir que la résidence du prof est sous son bureau et qu'il serait actuellement avec un bonnet de nuit et un masque sur les yeux en train de dormir. Je suis prêt à le provoquer en duel pour qu'il réponde de ses accusations. Mais il est déjà 11h38...
11h38 : IL ARRIVE. C'est déjà trop tard pour quelques étudiants qui ont profité du chaos pour lâchement se suicider, sans doute par peur d'affronter le regard de leur idole. Mais ils sont morts pour la cause et la propagande syndicaliste saura en faire des martyrs, et donc des saints évoqués par les étudiants lors des futurs partiels.
11h39 : Alors qu'il est en train de descendre les marches pour se rendre à son bureau, les étudiants défont quelques boutons de leur chemise pour faire apparaître quelques centimètres de la fourrure d'un lapin mort accroché à leur torse pour concurrencer la virilité du prof. Les étudiantes défont quelques boutons de leur chemisier pour laisser apparaître leur nombril, l'invitation la plus directe et indécente de notre société fripée et sans relief. Mais le prof semble absent. Il cherche quelque chose dans son cartable et, après quelques secondes, pousse un soupir de soulagement quand il aperçoit le goûter dans son sac que lui a mis sa mère.
Il dépose sa boîte de craies multicolores sur le bureau et les feuilles de son cours en prenant soin de prendre une distance visuelle avec sa prose pour éviter l'éblouissement, puis saisit le micro. À la consternation de certains étudiants, le protocole est rompu : le prof n'a plus de micro-cravate mais un micro phallique. Les interrogations fusent : invitation à l'amour libre, métaphore du destin du monde ou panne du micro-cravate ? Ces méditations, qui alimenteront sans fin les soirées sans fond, sont interrompues par le prof qui commence son cours en remplissant l'amphi de sa voix d'ancien scout : "On en était au moment où papa aime très fort maman et où ils sont tous nus dans une literie, papa met sa petite graine dans le ventre de maman et ensuite..." Les étudiants sont hallucinés devant une aussi bonne mémoire et une ola spontanée commence, interrompue par le prof lui-même qui commence son cours.
Le déroulement du cours magistral
La phase de citations et d'enseignement
11h39-12h18 : C'est un festival ! Les citations, les mots de plus de quinze syllabes s'enchaînent. En voici quelques-unes prises au hasard : "Nous sommes des nains sur les épaules de géants", "une harpe de connaissance", "exemples débités au canon", "forgerie", "parousie", "compendium", "prodrome", "scriptoria", "histoire laudative ou apologétique", "étoile centrale de cette constellation de juristes"... C'est un cours extraordinaire mais habituel, lorsque soudain :
12h18 : Une étudiante décide de partir. Le prof lui-même souffle fort dans son micro pour marquer sa surprise. Des protestations s'élèvent de tout l'amphi pour mettre au ban cette impie. Un étudiant profite de la confusion pour danser un slow avec Bernadette Chirac, un autre discute avec Séverine Ferrer de sa rencontre avec le dalaï-lama.
Le quart d'heure latin et la révélation
12h25-13h00 : Après cet ex-cursus, le cours reprend son cours : c'est le 1/4 d'heure du latin. Les expressions s'enchaînent : "Mos Gallicus", "Peregrinatio", "lectio divina". Les étudiants se demandent le but de tout ceci quand, tout à coup, la révélation : alors qu'il parle de l'accouplement d'Étienne Pasquier avec un mérou, il lâche cette phrase : "Le latin est une langue admirable devant laquelle je m'incline tous les matins trois fois et après j'oublie."
L'amphi note le nouveau commandement avec une apparente simplicité, mais en fait les mains moites et le cœur battant comme celui d'un cycliste sans EPO : voilà une nouvelle règle de vie.
Conseils et fin du cours
13h-13h15 : Conscient de l'effet immense qu'il vient de produire, le prof enchaîne désormais les conseils : "Je suis à la disposition des étudiants avant et après les cours, avant pour les rencontres inopinées de couloir et après pour les questions sur le cours" ; "Il faut toujours mettre des masses de guillemets autour de 'lettres'" ; "Le mot royaliste fait très Révolution française" ; "Verbatim comme on dit maintenant" ; "L'expression jeter un coup d'œil n'est pas à prendre au sens propre" ; "Il n'y a pas d'année 0, de moment 0, d'instant 0" ; "L'homme est la créature de Dieu" ; "Allez voir un épicier grec, arménien ou de gerbier" ; "On peut toujours être trahi et par sa plume et par son imprimante" ; "Je vois aux commissures de vos lèvres un sourire convenu"...
13h15-13h29 : Le dernier quart d'heure est philologique : le prof répète neuf fois ce mot en 1h15. J'apprendrais plus tard, lors d'une virée nocturne Quai du Roy par une créature ambiguë donneuse de plaisir toute en poitrine et en gaîté chaussant du 44, que le prof fait son cours avec son caniche-nain-abricot sur les genoux qu'il a appelé Philologie. Mais je me rends compte en l'écrivant maintenant que cette confidence n'a aucun intérêt.
Conclusion et sortie de l'amphi
13h30 : Fin du cours. Comme indiqué par le prof, quelques étudiants vont le voir pour lui demander des conseils sur le sens profond de l'expression "De Asse" qu'il a prononcée à 13h12, ou sur le meilleur moyen de garantir leur intimité buccale...
14h00 : Après une demi-heure de contemplation unanime, quelques étudiants se décident à sortir. Les conversations sont vives dehors et, miracle, les grappes d'étudiants d'avant le début du cours ont disparu pour faire place à un grand cercle où chaque étudiant trouve sa place. Il n'y a plus de jugements a priori, de timidité, d'exclusion esthétique, intellectuelle, raciale ou capillaire. Le cours du prof a instauré la concorde civile : il n'y aura plus de guerre, d'injustice, de Bigdil...
Il est décidé de créer un nouvel ordre mendiant, rassemblant tout le monde, ayant pour règle l'inclinaison trois fois par matin devant la langue latine, comme l'a suggéré le prof pendant son cours. Mais déjà, de nouvelles tensions naissent : faut-il s'incliner complètement, se mettre à genoux ou à plat ventre ? Combien de temps dure chaque inclinaison ? Et si on s'incline quatre fois, est-ce qu'on devient hérétiques ?
Par ces désaccords, des grappes d'étudiants recommencent à se former, évidemment semblables à celles d'avant.
Jusqu'au prochain cours...