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Lifestyle

Tu me manques

Un cri du cœur poignant adressé à ceux qui nous manquent : Papa, Maman et un frère jamais connu.

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Cet amour inconditionnel que tu me portais sera-t-il immortel ? M’as-tu réellement abandonné ? Honnêtement, j’ai du mal à te sentir. Après toi, je me suis senti devenir plus calme, plus réfléchi, moins agressif, moins sur la défensive. Plus entière, très vivante. Tous ces sentiments qui ont apparu d’un coup : la peine, la haine, la tristesse, l’incompréhension. Comment en sommes-nous arrivés là ? Je te dois des explications ? Savais-tu ce qui se passait dans le noir quand tu n’étais pas là ? Clairement, j’ai grandi sans me rendre compte que cela m’avait tant marqué. Je t’en ai voulu. Cette distance qui s’est installée, le poids de ce secret que je porte seule. Je me suis toujours senti meurtri, meurtri par trop de malheur.

Tu es parti trop vite, trop tôt

Papa, il m’a fallu une dizaine d’années pour redire ce mot : « papa ». Je voulais te dire que tu es parti trop vite, qu’on ne s’est jamais dit au revoir. On m’a dit que tu n’étais pas forcément un modèle. Sache que pour la petite fille que j’étais, tu étais la force, un héros, et tu le seras toujours. Pour être honnête, il me reste très peu de souvenirs de toi. J’ai oublié le son de ta voix, ton visage… Je n’ai plus de photos ; l’album a disparu. Je me rappelle que tu étais grand, ton caractère m’échappe, tu étais bon, parfois violent. L’éducation. Tu fumais. Notre moment : moi assise sur le porche à t’admirer. Je fume. C’est mal ? Je sais.

Apprendre ta mort par téléphone, comprendre qu’on ne s’était pas dit au revoir pour les vacances mais adieu pour la vie. C’était un 14 décembre. Maman était là. J’ai vu son regard, une petite larme. Elle devait être forte pour ces quatre enfants. On parlait très peu de toi. Je sais peu de choses sur toi. Tu m’as manqué. J’étais trop jeune, 9 ans. Comment comprendre le concept de la mort ? Je savais juste qu’on ne se reverrait pas avant longtemps. Le temps a passé. J’ai fait abstraction de toi. C’était trop dur d’accepter, et puis Maman était là. Elle me couvait, a pris soin de moi, de nous. Un jour, j’ai pris l’avion. On m’a emmené sur ta tombe. J’avais 13 ans. J’ai vu ta tombe. Je me suis assise. Je n’ai pas parlé, juste regardé les étoiles. Je suis restée là et j’ai réalisé que « longtemps » serait très long. Longtemps serait à jamais, l’éternité.

J’en ai la certitude, Papa. Je sais que pendant tout ce temps, tu ne m’as jamais quitté. On m’a toujours dit autour de moi que j’avais une bonne étoile. Effectivement, j’ai toujours rebondi. J’ai toujours retrouvé mon chemin. Cette vague de bienveillance qui me suit depuis l’enfance, je sais que c’est toi. Tu me manques…

Tu es mort-né, mon ange

Petit frère, ils t’ont appelé A***. Je ne t’ai pas connu, jamais vu. Tu es mort-né, mon ange. Je ne suis allée que très peu sur ta tombe, et pour être honnête, bien qu’elle soit à ma portée, je ne m’en sens pas le courage. Un jour, Maman m’a montré une échographie, mettant une main sur son ventre. Tu étais là. Je ne serais bientôt plus le bébé de la famille. Mais tu es mort. Crois-le ou non, je m’en suis senti si coupable. J’ai voulu te donner ma vie. Après tout, que valait ma vie ? J’étais si jeune. Je ne sais même plus. Tu as été ma première perte, mon premier vide, ma première déchirure. J’aurais tant aimé te connaître, être ta grande sœur. La maison était sur le chemin du cimetière. J’ai vu Papa t’accompagner vers ta dernière demeure. Je te promets que bientôt, je reviendrai te voir. Et sache, mon frère, que tu es aimé et que tu me manques… Oui, tu me manques. Ça paraît peut-être fou, mais cette complicité qui nous aurait liés, cette fraternité qu’on aurait partagée, ces joies et ces échecs qu’on ne connaîtra pas, me manquent.

Ton temps était écoulé

On en a connu des épreuves ensemble. Je t’en ai apporté des soucis. Je me rappelle l’hôpital, les gentilles infirmières. Je ne raconterai pas tout ici. Quand on allait en consultation, tu me disais : « Sois forte, ma fille. » Pas le temps de faire son deuil avec une enfant malade. Je suis désolé. Je te remercie de t’être battu pour ma vie. Ma vie en valait-elle la peine ? Maman, mon héroïne immortelle. Malgré ces pertes qu’on a vécues, tu étais mon immortelle. Je te voyais invincible… Et sans prévenir, ton jour est venu. Le temps passé ensemble était écoulé. Tu me manques. Comment traverser cette épreuve sans toi ? Je me sens mourir à petit feu. Pas d’échappatoire à ce malheur, pas d’abstraction. Ça fait si mal, Maman. Pas toi, jamais toi. Tu es mon immortelle. Je ne veux pas. Chaque jour est une torture. Chaque jour qui s’écoule, je me bats. Je ne veux pas te dire adieu. Ils ont tellement pleuré. Je te pleure encore. Tu m’as souvent dit : « Quand je serai parti », et je t’ai toujours répondu : « Tu vivras jusqu’à 90 ans. » Si seulement… Ça n’avait pas été moi à la maison. Elles auraient su quoi faire. On aurait attendu le médecin, puis l’ambulance. Tu as lutté, lutté trop longtemps. Ils t’ont emmené loin de moi sans que je te dise au revoir. Je me sens si coupable. J’aurais dû insister. Le téléphone a sonné. Tu étais déjà dans le coma. C’était déjà trop tard. Sache que si je ne suis pas arrivée tout de suite, c’est parce que je n’avais pas le courage d’affronter ça seule. J’ai attendu la fratrie.

Sans toi, la vie, un désert sans fin

Maman, je ne me sens pas de le faire sans toi. Vivre, c’est trop dur. Tu es la meilleure personne que je connaisse. Tu ne gardais jamais rancune. Tu encaissais les coups, toujours là pour nous. Tes enfants : ton monde. Ça va faire bientôt 3 ans. Je n’ai jamais été sur ta tombe. Affronter cette réalité, te voir dans ce cercueil, parti pour toujours. Maman, je ne te sens pas. Je te vois en rêve. Le matin, toujours la même déception. Dans mes rêves, on s’enlace. Je te touche. Tu me pardonnes. Je suis épuisé, épuisé. J’ai fait tout ce que tu as voulu pour moi. J’ai repris mes études. Bientôt infirmière. Je me suis marié. On s’est installé près de la maison comme on l’avait dit. La maison, j’y vais peu. Il n’y a plus d’âme. Ma maison, c’est toi. À quoi bon ? Avec qui partager ces succès ? Ce vide infiniment grand, Maman. Ces victoires n’ont pas de saveurs parce que tu me manques… Es-tu en paix ? Je ne te sens pas. Je m’occupe pour ne pas penser, mais rien ne marche. Avancer sans toi, ce n’est pas ce que je veux. J’attends mon jour. Beaucoup de personnes cherchent le vrai amour, mais le véritable amour, l’amour inconditionnel, je l’ai connu sans effort, sans le mériter. Tu m’aimais. Avec toi, j’étais toujours importante. Avec toi, j’allais réussir… Je regrette tellement, mais le temps ne rend pas ce qu’il prend. J’attends mon jour, Maman.

On se retrouvera

Et je te promets de m’évertuer à faire que chaque jour compte. Chaque jour, je me rapproche de notre prochaine rencontre. Je ferai tout pour que tu sois en paix, que tu ne te soucies plus. Tu mérites un peu de repos. Prends rendez-vous. Si le paradis existe, je compte bien t’y rencontrer.

On se retrouvera. Un jour. Une promesse. Je serai forte, dans l’espoir, Maman, Papa, Petit frère, de vous revoir quand j’aurai fait mon temps dans cette prison qu’on appelle la Vie.

La vie est sans pitié. Elle nous prendra toujours ceux qu’on aime. Le temps passé n’est que souvenirs. Les souvenirs s’effacent toujours. Ta mémoire, pour toujours en moi, tant que mon cœur bat.

Je t’aime. Je vous aime.

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ramafille
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