
C'est un jeune garçon solitaire, mais pas asocial. Ce n'est pas qu'il n'aime pas les gens, c'est juste qu'il est timide et qu'il se complaît dans cette timidité.
Cette solitude, il la vit chaque jour. Il a appris à faire avec et ça lui plaît. Il joue seul, il s'est inventé un monde à lui.
Dans son univers, les lois sont siennes, établies à partir de ce qu'il a vu à la télévision.
Il n'ose pas aller vers les autres, et les autres, le voyant d'un œil suspect, ne vont pas vers lui non plus. C'est un cercle vicieux dans lequel il se retrouve prisonnier.
Une famille présente, mais des repères absents
Pourtant, il est très entouré par sa famille. Il est le dernier, le chouchou ! Benjamin d'une famille de quatre enfants, que sa mère couve et protège du mieux qu'elle peut, il préfère cependant se retrouver seul. Deux sœurs et un frère avec lesquels il se chamaille souvent (sauf l'aînée qui le protège comme une mère, elle aussi) ; mais ça se termine toujours bien. Ce ne sont que des querelles de gamins en fait.
Il aimerait que son frère, de cinq ans son aîné, soit un exemple à suivre, mais celui-ci enchaîne bêtises sur bêtises. Cet exemple ne lui convient pas — il ne conviendrait à personne d'ailleurs. Il ne trouve pas de repères, ne sait pas comment être, ni à qui ressembler.
Sans compter sur le père, éternel absent qui ne s'occupe pas de l'éducation de ses enfants, si ce n'est qu'il est présent autoritairement pour crier dessus, pour les écraser.
Des relations amicales fragiles
Ses amis sont principalement ceux de l'école. Il les côtoie tous les jours, ce sont ses voisins. Mais leur relation reste plate. Il n'en tire pas grand-chose et se dit qu'au moins, quand il joue seul, il n'est pas obligé de prêter ses jouets et de les voir cassés par maladresse — ou pire, par jalousie...
Les autres amis sont les enfants d'amis de la famille. Ceux-là, il les voit moins régulièrement mais entretient avec eux un rapport plus chaleureux. Surtout la fille pour laquelle il éprouve des sentiments. Un amour qu'il n'ose pas lui dévoiler, de peur de la perdre, d'en être moins proche...
Le réveillon de 1995 qui change tout
C'était le réveillon du Nouvel An 1995. Il avait à peine dix ans et il avait senti la mort venir à lui. Ses difficultés à respirer le firent descendre à la cuisine afin de boire quelque chose pour tenter de faire passer cela.
Il alluma une bougie — sa mère faisait toujours ça quand elle priait, lorsque des événements importants touchaient la famille de près — et la regarda briller devant ses yeux larmoyants. Il continuait de chercher sa respiration, de plus en plus difficilement. Il le savait, c'était la fin. Il mourrait ce soir...
La porte de la cuisine s'entre-ouvrit. Son oncle le vit ainsi, les yeux rougis, brillants, remplis d'émotions. Il le prit dans ses bras et là, tout s'enchaîna jusqu'aux urgences.
L'hôpital : une épreuve inattendue
Un nouveau calvaire allait commencer pour lui. Désormais, il se retrouvait enfermé, tel un cobaye, à subir des examens en tous genres dans des salles qu'il appelait « salles des tortures », tant il en souffrait psychologiquement.
Encore plus entouré par sa famille qu'auparavant, il ne voulait pas rester dans cet univers où il était coupé de tout. De plus, entouré de parfaits inconnus, son angoisse ne cessait de s'emparer de lui.
Pour lui, il ne restait plus qu'une solution : tout faire pour s'en sortir. Tout faire pour sortir de cet hôpital-prison.