
Toi, je t'ai rencontré avant lui. Et lui, je l'ai rencontré il y a quelques temps seulement. Je me rappelle que tu m'as tout de suite plu, alors que lui m'a tout de suite fait peur.
Toi et lui, vous êtes tombés amoureux de moi. Toi, je t'ai accueilli à bras ouverts, alors que lui, je n'en aurais pas voulu si je l'avais rencontré avant toi.
C'est bizarre quand on sait que toi et lui, c'est la même personne.
Toi, j'aime aussi bien ton physique que ce que tu as dans le crâne. Et lui... Lui, rien que de le regarder, j'ai envie de tourner la tête. Ce n'est pas du dégoût, c'est de la peur. La peur de trop comprendre que lui, c'est toi, alors que je sais bien que toi, c'est lui.
Lui, je n'aime pas sa façon d'être, je ne comprends pas son monde ni ses manières. Toi, tu es tellement différent ! J'aime ta façon d'être, ta façon de penser, de parler, de me regarder ! Toi et moi, on se comprend tellement bien. Nous avons des projets communs qui fusent dans nos têtes et je t'aime tellement...
Mais lui, je ne l'aime pas. J'aimerais le fuir, mais c'est toi ! Puis-je t'aimer en ne l'aimant pas ? Quand c'est lui, je ne l'aime pas, donc je ne t'aime pas ? Quand c'est toi, je t'aime, oui encore, toujours. Mais lui, je ne l'aime toujours pas...
Je te parle à toi, pas à lui. J'aimerais lui parler, mais avec lui, on ne se comprend pas.
Toi, lui, moi. Quelle est la logique ? Nous ? Oui, nous, mais sans lui, juste toi. Alors nous avec toi et parfois lui. Très peu avec lui. Presque jamais avec lui...?
Sur toi et lui, j'écris.

Ce monde qui nous sépare
Pourquoi aime-t-il ça ? Parce qu'il a une âme d'artiste et que les artistes ont besoin d'un autre monde pour se réaliser ?
Je suis fermée à ce monde : alcools, drogues, états différents pour se sentir bien... Pour moi, ça ne veut rien dire. Pour moi, « fumer un petit joint » ce n'est pas bien. Que dire ? Que je n'y avais jamais goûté, que je n'en avais pas envie ?
Deux, trois taffes autorisées, mais ça ne me fait rien.
— Fais voir un peu plus, parce que là je peux pas te comprendre. Je voudrais entrer dans ton monde mais tu as peur, parce que je ne connais pas « mes limites ». Mais dis-moi, comment as-tu pris conscience des tiennes ? —
Il a beau m'expliquer, essayer de me faire comprendre que ce n'est pas dangereux, que c'est un plaisir, que c'est un bon moyen de s'évader, de partir ailleurs... moi, je ne comprends pas.
Cette chose qui m'est inconnue me fait peur. Oui, j'ai peur pour lui. J'ai peur de toi aussi, peur qu'un jour tu ne le surveilles pas, peur que tu ne prennes pas soin de lui. Je sais que tu l'as fait, je sais que lui se connaît. Lui a peur que je sorte toute seule dans la rue, alors j'ai bien le droit d'avoir peur quand il boit, quand il fume... quand il est avec toi.
J'ai l'impression d'être à part, je suis partagée entre la curiosité et la peur, le désir de comprendre et le vœu de ne pas savoir.
Lettre à l'inconnu de ce monde
Alors oui, c'est à toi que je m'adresse, toi qui aime ce monde et qui le partage avec mon fiancé, sur cette fameuse toile d'araignée. Je n'ai donc pas besoin de me présenter, tu as compris. J'entends tellement parler de toi, je ne te connais pas mais j'apprends ton intérieur avant d'avoir vu ton extérieur. Te verrais-je seulement un jour... Pour assouvir ma curiosité, mettre un extérieur sur cet intérieur qui m'intrigue, je ne sais pourquoi. Parce que lui t'aime. Parce que vous avez une relation privilégiée. Parce que vous aimez ce monde que moi, je ne comprends pas.