
Claustré dans ma chambre, lumières éteintes, illuminé par l'unique lueur de cet écran qui semble me dévisager, je pense... Je pense que ça empire de plus en plus. Une sorte d'autodestruction, ou plutôt un... Un cheval de Troie que nous aurions installé pour notre propre misère.
Que de divergences, que d'imitations aveugles qui donnent au gothisme l'image d'une mode... D'un phénomène social cruel et ténébreux. Les gens n'hésitent pas à associer gothisme et satanisme, regardant les gothiques comme de sales adorateurs de la Bête. Au fond d'eux, ils se disent : « Si seulement le bûcher existait encore, on aurait brûlé ces sales démons ! Ces fils du diable ! »
Le gothisme : une philosophie de vie, pas un culte
J'aimerais, une fois pour toutes, que le monde abandonne cette idée. Le gothisme n'est nullement un culte à Satan, ni une secte déchue. C'est une philosophie, une autre manière de voir le monde : la manifestation d'une âme fascinée par la nature, par la vie, par la mort, par tous ces petits détails auxquels personne ne fait attention et qui pourtant sont si lourds de sens.
Parfois, je me pose des questions : « Pourquoi suis-je là ? », « Quel est le but de cette vie ? », « Quand tout cela va-t-il s'arrêter ? ». Tant de questions qui me poussent à réfléchir sur ma raison d'être, sur mes origines. Suis-je païen pour autant ? Suis-je satanique ? Non. Je suis musulman et je CROIS en ma religion — non pas cette croyance superficielle qu'ont la plupart de mes concitoyens, mais une croyance ancrée par des questions, des réflexions, et par la manière dont le Coran m'émeut et me fascine. La religion, en ses idéaux et en ses enseignements, est pour moi un aboutissement de ma pensée gothique.
La vraie nature du mouvement gothique
Contrairement à ce que vous pourriez penser, le gothique ne voit pas la vie en noir. Il est simplement fasciné par tout ce qui est mystérieux et que, par peur sûrement, le commun des mortels fuit et repousse. Au lieu d'être réticent à l'obscurité, je préfère l'affronter de pied ferme, l'examiner et en faire mon quotidien, essayant chaque jour de m'en imprégner encore plus pour enfin l'élucider et lui faire perdre sa noirceur.
Pourtant, je comprends que tant de gens aient cette idée dévalorisante du gothisme. L'image véhiculée dans le monde est trompeuse : des adolescents vêtus de noir, tatoués de « 666 », affublés de chaînes métalliques et de gourmettes à pics comme sortis d'une séance SM. L'air nonchalant, criant des « Fuck the system » à tout bout de champ sur fond de Marilyn Manson ou Cradle of Filth.
Les pseudo-gothiques et la confusion autour du mouvement
Ces pseudo-gothiques sont victimes de la mode et du complexe de l'appartenance. Souvent ignorants des idéaux gothiques et ne sachant rien de son histoire, ils suivent une mode qui, pour eux, se manifeste par une tenue vestimentaire provocante accompagnée d'une musique tout aussi provocatrice.
En fait, le gothisme remonte à bien longtemps. Entre le XIIIe et le XVe siècle est né, en Europe de l'Est et en Amérique du Nord, « le Romantisme Gothique », un mouvement qui venait contrer le Classicisme. Ses adeptes étaient vêtus de noir et leurs écrits, tragiques, étaient imprégnés de passion et de fascination. Parmi ces écrivains, on peut citer : Baudelaire, Chateaubriand, Musset, Gottfried Benn, Racine, Jean-Edern Hallier et bien d'autres.
Certes, le gothisme a sa musique forte et sombre, mais ce n'est qu'un moyen d'apaisement de l'âme — et c'est ce que ces pseudo-gothiques n'arrivent pas à comprendre. Ils croient qu'il faut tout casser, tout brûler, qu'il faut être anticonformiste pour être accepté dans cette société.
J'en ai d'ailleurs moi-même fait l'expérience quand j'ai annoncé devant deux camarades (dont l'un est le parfait archétype du pseudo-gothique) que je n'aimais guère les « chansons » de Marilyn Manson. Je me suis alors vu coller l'étiquette de « conformiste ne comprenant rien ».
J'ai eu profondément pitié pour ces deux êtres que j'estimais un peu plus mûrs et qui, en fin de compte, adoraient un type dont ils ne connaissent même pas le sens des chansons — juste le « vrai nom » (comme ils disent) et l'image sur tous leurs t-shirts. J'ai essayé, mais en vain, de leur expliquer ce que véhiculait ce déchet de l'humanité (désolé, mais je hais profondément ce type). J'ai alors eu droit au traditionnel : « Chut ! Tais-toi, tu n'y comprends rien, retourne écouter Linkin Park ».
J'espère juste que ces gens qui véhiculent cette mauvaise image du gothisme comprendront un jour que la vérité est toute couverte de mensonges, et qu'elle est si difficile à nettoyer sans une implication spirituelle de l'âme et un regard profond et fasciné pour la nature.