
La socialisation politique désigne un domaine particulier : celui de l'apprentissage des valeurs politiques. Le sentiment d'appartenance à une nation, la légitimité d'un ordre social et de l'autorité, les modes d'organisation démocratique, un idéal politique… Plus globalement, la socialisation politique correspond à l'acquisition d'une représentation du monde, c'est-à-dire d'une idéologie.
Cette idéologie n'est pas innée à la naissance, elle est transmise par des agents socialisateurs.
Comment la famille influence-t-elle les opinions politiques des jeunes ?
En premier lieu, la famille joue un rôle très important dans cette intériorisation d'idées, de pensées, de réactions envers l'actualité politique. Son influence est forte et persiste, bien que de nombreux jeunes affirment voter par eux-mêmes ou avoir leurs propres idées. D'après un sondage réalisé par l'Ifop, plus de 40 % des jeunes interrogés assurent que le programme des candidats « comptera beaucoup » dans leur vote, et seulement 14 % attribuent à leurs parents ce rôle primordial.
Mais d'après Anne Muxel, sociologue au Centre d'études de la vie politique française (CEVIPOF) : « Reconnaître l'influence de sa mère ou de son père est moins valorisant que de dire qu'on tient compte des programmes des candidats. Toutefois, le rôle de la famille est implicitement reconnu. » L'influence du cocon familial pèse donc beaucoup dans la pensée politique des jeunes.
Selon Anne Muxel, le poids de la filiation gauche-droite est déterminant : si les parents ne se situent ni à gauche ni à droite, les jeunes ont des chances de rester en retrait, alors que lorsque les choix des parents sont affirmés et clairement identifiés, les chances de transmission sont plus importantes. Cette transmission s'opère par des commentaires sur des éléments politiques, des discussions entre adultes entendues et même l'affirmation de leur appartenance politique à leur enfant.
D'après Vincent Tournier, maître de conférences à l'IEP (Institut d'études politiques) : « Les parents contribuent à structurer l'environnement général dans lequel les jeunes se forgent leurs opinions politiques. Niveau social, réseau de relations, activités culturelles, choix des programmes TV, parcours de scolarité[…] jouent un rôle majeur[…] dans la maturation politique des jeunes. » Des sociologues soulignent qu'aujourd'hui la famille n'est pas la seule à influencer les idées : les médias jouent aussi un rôle dans cette évolution.
Médias et école : comment ces agents façonnent-ils la politique ?
Les adolescents sont de grands consommateurs de télévision. Ils suivent l'actualité politique, mais pour la majorité différemment des adultes. Les émissions satiriques telles que Les Guignols, Le Vrai Journal, 7 jours au Groland de Canal+ sont leurs sources, mais la plupart savent décrypter l'information. On remarque que les journaux télévisés, la presse, la radio, Internet (TF1, France Télévision…) apportent aussi aux jeunes des éléments de réflexion, car ils réagissent à l'information.
L'école est également un agent socialisateur. D'abord avec les camarades : ils discutent beaucoup de l'actualité entre eux, ce qui permet de compléter cette intériorisation, de créer des débats, de défendre des idées… Les professeurs, malgré leur devoir de neutralité, jouent aussi sur l'influence de l'enfant. Ils se permettent de donner des idées indirectement sans défendre ouvertement, mais que les élèves comprennent différemment selon l'âge.
Conclusion : vers une jeunesse plus engagée politiquement ?
La famille, les médias et l'école apportent aux jeunes des éléments tout au long de leur éducation. Leurs idées politiques sont majoritairement alignées sur celles des parents, mais elles peuvent différer selon le degré d'implication politique dans la famille, l'école et la confrontation avec d'autres camarades, ainsi que les médias.
Mais aujourd'hui, l'implication des parents est moins importante qu'avant, encore moins chez les jeunes. Les émissions de télé-réalité ont pris le dessus sur celles dites culturelles. En conclusion : « Si on veut une jeunesse plus active politiquement, il faudrait peut-être commencer par les parents… »