
Bref, je suis venu au monde (merci maman pour tant d'efforts) avec une perte auditive asymétrique aux deux oreilles. C'est-à-dire que j'ai une perte de 40 % à droite et de 90 % à gauche.
Comment la surdité a-t-elle été détectée ?
On a découvert ma surdité dès ma rentrée en maternelle. Il paraît que la maîtresse m'appelait pour aller au tableau et que je ne réagissais pas. C'est ça qui avait mis la puce à l'oreille, si j'ose dire. On a essayé pas mal de trucs, dont un traitement qui consistait à m'enfermer dans une cabine et à me mettre en condition de fœtus. On me faisait écouter de la musique classique (je crois que c'est depuis ce moment-là que j'adore Mozart) et les voix des parents... C'était agréable, je ne nierai pas le contraire, mais ça n'avait pas marché. Ma surdité n'avait donc pas une cause « psychologique », « post-traumatique » ou quelque chose dans le genre. J'espère que ce traitement marche pour d'autres... Par la suite, on a donc décidé de m'appareiller. D'abord un seul appareil, puis les deux.
Avec mes appareils, j'entends quasi normalement à droite, mais mon oreille gauche est décidément irrécupérable.
Comment apprendre à parler malgré la surdité ?
Je n'ai commencé à apprendre à parler qu'à partir de l'âge de 5 ans. J'ai travaillé avec une orthophoniste formidable qui, malgré qu'elle m'ait fait parfois pleurer, a réussi un sacré challenge avec le fainéant que je suis. Je lui en suis éternellement reconnaissant. Le fruit de ce travail est qu'aujourd'hui beaucoup de personnes, à m'entendre parler, ne se rendent pas compte de mon handicap. Je le prends comme un compliment.
Intégration scolaire et découverte du théâtre
J'ai été très bien intégré dans un milieu scolaire normal. Je n'ai pas redoublé une seule classe en primaire, de même au collège. Bien sûr, question intégration sociale, c'était plus difficile, les enfants étant souvent cruels sans s'en rendre compte. Mon retard en communication et mes difficultés à comprendre les flux de paroles enfantines ont fait de moi un sujet propice à certaines blagues. Mais jamais directement méchantes. Quand j'étais seul, je m'imaginais tout un univers imaginaire, que j'ai pu exploiter au théâtre. Le théâtre m'a permis de m'exprimer, d'être quelqu'un d'autre sur scène et de dégager toute l'énergie que j'avais tendance à refouler. De plus, le théâtre est un excellent moyen de travailler son français, autant oral qu'écrit. J'ai appris à bien articuler, à bien placer les émotions, à bien lire, avec pauses, intonations et tout, et surtout, le vocabulaire qui y est très riche !
Vivre avec une surdité au lycée
Au lycée, j'ai pendant longtemps cherché à cacher mon handicap. En effet, ma prothèse droite me permettant d'entendre normalement, j'avais parfois tendance à l'oublier. Mais les inconvénients restaient là. Incapacité, ou plutôt « grosse » difficulté, à suivre les conversations dans les environnements bruyants. L'enfer, c'était la cantine. Or s'il y a bien un endroit où des liens se nouent, par le biais des conversations, c'est bien le resto. De même dans le hall dans l'enceinte du lycée. Je me concentrais beaucoup en cours pour suivre le prof, alors souvent, dans ces deux autres milieux, j'avais tendance à me reposer, à ne pas faire d'effort. Mais, devant le prix de cette « pause », l'exclusion, j'ai dû faire des efforts car, même si j'ai appris à supporter la solitude, je voulais absolument me faire des amis.
Grâce au théâtre toujours, j'ai, je pense, réussi mon intégration au lycée. Non seulement le théâtre m'a permis de nouer des relations, mais en plus de me faire connaître sous un autre jour. Combien de fois ai-je surpris mes camarades de classe dès qu'ils me voyaient sur scène ! Aujourd'hui, je ne me sens pas exclu. J'ai pas mal d'amis.
L'engagement associatif avec l'ADESDA
J'ai aussi beaucoup d'amis malentendants. En effet, je fais partie d'une association, l'ADESDA, depuis ma 5ème. J'ai pu me rendre compte que je n'étais pas tout seul et qu'il existait des plus touchés que moi. J'ai par exemple fait la connaissance d'une amie très chère qui n'entend absolument rien, ne sait pas ce qu'est la musique, et qui pourtant, s'en sort super bien, rien qu'en lisant sur les lèvres. J'ai appris à lire sur les lèvres. C'est une faculté qu'aujourd'hui j'emploie parfois et m'aide toujours.
Parcours scolaire jusqu'au bac
J'ai redoublé ma seconde, mais ce n'est pas vraiment à cause de mon handicap. C'était surtout pour une meilleure mise à niveau, afin d'être plus à l'aise en première et terminale. J'ai eu une bonne scolarité. En première et en terminale, je devais avoir environ 12 de moyenne générale. Et le plus important est que j'ai eu mon BAC ES (filière générale donc) en juin 2000. Inutile de vous dire que mes parents, qui se faisaient tellement de soucis, étaient soulagés.
Études supérieures et insertion professionnelle
Ensuite, j'ai suivi deux années dans un IUT de « documentation d'entreprise » en Information-Communication (bizarre pour un « handicapé de la communication », non ?), à Paris. Ça s'est très bien passé, et le monde de la communication me passionne.
Aujourd'hui, je travaille en contrat de qualification chez France Télécom, au poste de webmaster. Ça se passe très bien.
Conseils pour bien communiquer avec un malentendant
Que pourrais-je dire aux entendants ? Eh bien que les malentendants sont comme vous. Ils ont soif de communication. Ils ont juste besoin que vous leur aidiez un peu. Ainsi, par pitié, ne parlez pas dans votre barbe ! Si vous nous parliez sans crainte, vous pourriez être surpris par tout ce qu'on a à vous dire. C'est normal. Moi, je ne parle que depuis l'âge de 5 ans. Il faut bien rattraper ce retard... Et dernier conseil, qui concerne surtout mes amis : mettez-vous à ma droite, svp, mon oreille gauche est un peu « bouchée ».
Pourquoi partager ce témoignage ?
Voilà. Je tenais à faire cette page pour satisfaire la curiosité de certains, pour rassurer les parents d'enfants handicapés auditifs et pour mieux faire connaître ce handicap qui revêt pas mal de préjugés idiots.