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Ne pas aller au lycée avec la peur !

Au Lycée Paul Moreau à La Réunion, élèves et professeurs se mobilisent contre le racket et les agressions. Boycott des cours, sittings et pétitions pour réclamer des mesures concrètes face à l'insécurité.

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Depuis la rentrée d'août, l'établissement panonnais fait face à une nouvelle situation : le proviseur, parti à la retraite après avoir géré le lycée depuis son ouverture en 1995, a cédé la place à une nouvelle équipe éducative. Parallèlement, une autre nouveauté attire l'attention : l'ouverture d'une pizzeria-salle de jeux face à l'établissement. Et depuis plusieurs semaines, nombreux sont les élèves qui se font racketter, voire agresser à la sortie des cours, alors qu'ils se rendent vers leur bus ou rentrent chez eux à pied.

Élèves et professeurs se mobilisent contre l'insécurité

Les avis divergent, tout est remis en cause, et ensemble on tente de trouver des solutions.

Une réunion était initialement prévue dans l'enceinte de l'établissement vendredi 10 octobre avec des représentants des élèves, des parents, du corps enseignant, ainsi que Monsieur le Maire de la commune et des représentants de la CIREST (organisme chargé du ramassage scolaire). Cependant, pour éviter que les élèves ne se sentent trop concernés par la situation, elle a été avancée au jeudi 9 octobre dès 15h.

Bien évidemment, comment aller en cours quand notre sécurité de lycéen est en jeu ? Le boycott des cours est devenu impératif et tous ensemble, dans la cour du lycée, nous avons effectué un sitting et fait circuler une pétition. Deux moyens de montrer que nous nous sentons concernés et que nous ne voulons pas rentrer chez nous blessés demain, comme cela a été le cas pour l'un d'entre nous mardi dernier.

La pizzeria en infraction face au lycée

Certains parents, très impliqués, ont constaté — tout comme certains professeurs — que la pizzeria ouverte à 20 mètres de l'établissement était en infraction avec la loi : pas de licence salle de jeux, et une licence grande restauration qui l'autorise à servir tout type d'alcool avec un repas MAIS à 200 mètres minimum de tout établissement scolaire, sachant qu'un sandwich n'est pas considéré comme tel. Sa situation illégale est en quelque sorte « acceptée » par la sous-préfecture puisqu'elle a obtenu les autorisations.

De son côté, le proviseur du lycée ne souhaite pas s'exprimer ouvertement et publiquement, seulement par le biais des représentants, car il ne voudrait pas que la presse ou encore le rectorat pensent que cette situation de violence soit liée à cette nouvelle équipe directive.

Résultats de la réunion : quelles solutions concrètes ?

Pour synthétiser les résultats de cette réunion après 2 heures de travail :

  • Aucun vigile ou médiateur ne peut être posté aux abords et devant le lycée, car la mairie n'a pas les moyens financiers nécessaires.
  • Mise en place d'une cellule d'urgence consistant à appeler les forces de l'ordre dès qu'il y a une agression ; solution ne servant qu'à nous « boucher » les yeux.
  • Mise en place d'un système pour que les bus, faute de couloirs dédiés, arrivent un à un au portail du lycée pour récupérer les élèves.
  • Présence des forces de l'ordre sous forme de « rondes » aux heures de sortie.

D'autres mesures sont, selon la municipalité, possibles mais ne peuvent prendre effet dans l'immédiat. C'est comme si l'on nous disait : « Continuez à vous faire tabasser en attendant ». C'est d'ailleurs ce qui s'est produit : malgré cette réunion, jeudi soir, un élève a été racketté — un de plus. D'autant plus qu'une vague de voyous avait prévu de se poster à la sortie du lycée le lendemain, à 17h.

La mobilisation des lycéens se poursuit

C'est pourquoi vendredi 10 octobre, dès le matin, ce mouvement de mécontentement a repris de plus belle. Par le biais d'un nouveau sitting et la présence de la presse, les représentants des élèves ont illustré la défaillance existante dans la société française de 2003 : les réformes et les nouvelles lois sont certes nécessaires, mais si personne n'est là pour les faire appliquer, où nous mène la société ?

Ce « ras-le-bol », certains élèves l'expriment également par leur volonté de faire justice eux-mêmes avec des armes pour se défendre. Seulement, nous venons au lycée pour étudier et non pas assurer notre sécurité nous-mêmes ; cela relève de la responsabilité d'autres personnes, mais il semble qu'il reste encore à déterminer la responsabilité de chacun dans cette histoire.

Il est navrant qu'il ait fallu renvoyer les lycéens chez eux, escortés de gendarmes à la sortie de l'établissement jusqu'aux bus et aux voitures à 11h30, afin d'éviter tout débordement lié aux menaces des délinquants des alentours.

Perspectives : vers une marche silencieuse ?

Le lycée Paul Moreau n'est pourtant pas classé comme établissement ZEP (zone d'éducation prioritaire). Et cette pizzeria « hors la loi » porte aussi sa part de responsabilité dans tout cela, tout comme la mairie de la commune. Si rien n'a été mis en place à la rentrée, lundi 27 octobre, le mécontentement sera cette fois-ci exprimé sous forme de marche silencieuse dans la ville…

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Sophie A. @la miss
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