
Elle pleure, seule, recroquevillée dans un coin de sa chambre, la musique à fond pour ne pas entendre ses cris de douleur...
Cela fait bientôt deux heures qu'elle est là, mais cela fait bien longtemps qu'elle va mal, au point de simuler un bonheur qui l'enferme de plus en plus dans ce mal-être qui l'envahit...
Elle souffre mais personne ne s'en rend compte. Ils ne veulent pas le voir, ils veulent garder l'image d'une grande jeune fille, souriante, aimable, bien dans sa peau et qui a confiance en elle. Ils ne veulent pas savoir qu'elle est malheureuse et qu'elle en est arrivée au point de se détester, de détester ce reflet qui est le sien dans le miroir, de haïr chaque mot sortant de sa bouche, regrettant chaque fait et geste accompli, ne sachant plus qui elle est, oubliant ses principes et ses limites, livrée à elle-même.
Voilà où elle en est arrivée... Son passé l'a rattrapée. Forte, oui, elle l'était, mais trop de larmes ont coulé. Elle ne contrôle plus son présent, elle qui voulait tant le préserver, elle qui maîtrisait tout. Tout ce qu'elle touchait, tout ce qu'elle entreprenait, était empreint de son assurance.
Quand tout bascule
Sa mère entre dans la chambre. La fille lève la tête, éclate en sanglots et ferme les yeux pour ne pas voir ceux de sa mère se remplir de larmes... Elle se précipite sur sa fille, la réconforte, mais aucun mot ne peut apaiser son chagrin. L'adolescente s'excuse, l'implore et lui demande pardon, mais sa mère, encore une fois, ne veut rien entendre et ferme les yeux sur cet appel au secours...
La jeune fille regarde sa mère dans les yeux et lui montre les profondes entailles faites avec le cutter sur son bras. C'est à ce moment que sa mère prend enfin conscience que sa fille a grandi et qu'elle n'est plus la même adolescente que tout le monde connaissait... La maman secoue sa fille en hurlant, demandant pourquoi elle agit ainsi. Mais la jeune fille, impassible, ne sait plus rien, juste qu'elle va mal... Elle va continuer à se mutiler, seule façon d'oublier ses problèmes. Elle ancre au plus profond de son corps ce qu'elle voudrait sortir de son cœur...
Mon chemin vers la guérison
Cette jeune fille, c'était moi. Je garde à jamais les traces de cette période que je voudrais tant oublier. Après avoir fait pleurer tant de larmes des yeux de ma mère, j'ai accepté de suivre une thérapie. Six mois que je déballe et que je pleure ma vie devant une inconnue, et malgré mes réticences, je vais mieux.
Automutilation... La solution ? Je ne crois pas. Juste un « moyen » de s'enfoncer encore un peu plus dans notre malheur...