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Lifestyle

Mon ordi et moi, une belle histoire d'amour

Entre ma mère et moi, l'ordinateur est la source de tous les conflits. Mais peu importe les reproches, je ne renoncerai jamais à cette connexion qui me fait me sentir puissante et connectée au monde.

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Ma mère entre dans la salle où je me tiens, comme à mon habitude, les mains collées au clavier, les yeux rivés sur l'écran. Et comme toujours dans de tels cas, elle débarque furieuse. Elle hurle que je suis toujours collée à ce putain d'écran, que je vais m'abîmer les yeux, que j'ai déjà des lunettes et que c'est pas la peine d'aggraver mon cas. Elle me rappelle au passage que mes insomnies sont sûrement liées à l'excitation nerveuse provoquée par une exposition excessive à la luminosité de l'écran. Et comme d'hab', je me dis que j'la croirai le jour où un médecin me dira la même chose. Or pour ça, faudrait déjà que j'aille voir un médecin. Et c'est pas demain la veille. Parce que mon médecin de famille est un relou à l'humour aussi nul que le mien. Sauf que ça me fait même pas rire moi...

Bon, pour la forme, elle rajoute aussi que je vais finir par prendre racine et que de toutes façons mon cerveau est déjà proche de celui d'un légume. Je ne relève même pas. Je tente un vague « mmmmm » pour dire que j'ai pris connaissance du message et que je m'en contrefous. Ça lui suffit manifestement pas. C'est reparti pour une petite salve amicale. Ce coup-ci, c'est au sens de ma vie sur cette misérable terre qu'elle s'attaque. Me rappelant que je ne fais rien dans la maison donc que je ne sers à rien. Que je ne fais rien d'utile de ma vie (« si des études maman, à mon âge c'est normal ! ») et que je suis égocentrique (tout ça parce que je débarrasse pas quand je sors de table...). Je lâche un deuxième « mmmmm » plein de conviction. Ce coup-ci, elle bat en retraite. Et manifestement, elle est de mauvais poil. Bah, j'lui laisse quelques minutes et puis après elle sera calmée. Je m'inquiète pas pour ça. C'est tellement habituel, ce genre de scénarios.

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J'ai pourtant essayé plein de fois de lui expliquer l'intérêt de cette machine. Un milliard de fois, j'ai tenté de lui faire ressentir combien on pouvait se sentir puissant, simplement installé sur une chaise, face au monde. Le simple fait de passer ses mains sur le clavier. Sentir ses doigts caresser les touches. Je trouve ça très sensuel moi. Pas vous ?

Et puis j'écris un truc, je parle avec des gens, je visite un lieu virtuellement, où je n'aurais jamais eu les moyens de mettre les pieds. Et voilà. J'ai l'impression d'appartenir au monde. D'être partie d'un truc géant. Je me dis qu'au même moment que moi, partout dans le monde, un nombre incroyable de personnes allument leur ordinateur et se connectent à internet. D'un clic de souris, j'achète le DVD que je veux. Quasiment instantanément, le mail que j'ai écrit à mon frère actuellement aux États-Unis pour le boulot vient s'ajouter à sa boîte de réception. Les kilomètres semblent ne plus exister. Tout est là. Tout proche. À portée de main. On se sent étrangement... puissant.

Magique, internet. Dépassant totalement notre compréhension...

Mais je m'emballe, je m'emballe et j'en oublie le temps. Heureusement, mon agenda personnel arrive en hurlant. Ma mère (puisque c'est d'elle que je parle) me rappelle que j'ai cours, que si je passais un peu moins de temps devant cette machine stupide je pourrais peut-être surveiller moi-même l'heure et ne pas attendre qu'elle fasse toujours tout à ma place parce qu'elle est pas là pour ça, quand même. Soit.

Je file chercher mes affaires, me hâte sur le chemin de la fac. Et je souris comme une conne. Parce que je m'en fous. Ce que je viens de vivre, elle ne peut pas le comprendre. Elle ne peut pas le sentir. Mais moi, je sais.

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hoodwinked
hoodwinked @hoodwinked
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