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Lifestyle

Mode et rebellion

Les jeunes d'aujourd'hui cultivent l'originalité à tout prix, transformant la rébellion en simple accessoire vestimentaire. Mais cette quête de différenciation ne cache-t-elle pas simplement une certaine paresse intellectuelle ?

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J'écris cet article suite à ma lecture d'un article sur France Jeune où trois styles vestimentaires plutôt classiques étaient décrits. L'article en lui-même m'a semblé plutôt banal, mais les commentaires m'ont profondément choquée, même s'ils ne m'ont pas étonnée. En effet, parmi les « jeunes » (rajouter invariablement « quoi » à la suite de ce mot : « les jeunes, quoi »), il est commun de penser, du moins si on veut que sa pensée soit à la mode, que l'originalité est LA qualité suprême. À partir du moment où quelque chose est original, nul besoin de prouver sa valeur : ce serait forcément de qualité. Ou alors, et dans un sens c'est encore pire, on crée quelque chose d'objectivement laid, mais on s'en trouve beau soi-même et hop-là, on se réfugie derrière le paravent « chacun ses goûts ». C'est bon, pas de souci : moi-je-trouve-ça-beau-donc-ne-me-critique-pas-merci.

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Quand l'originalité devient un dogme

On s'habille tout en noir, on met du rouge à lèvres noir et « c'est mon style, quoi, ne le critique pas » alors qu'évidemment, si c'est classique, ce n'est pas original donc on a le droit de critiquer. C'est sobre, c'est conventionnel, bref c'est tellement... normal (summum du laid et du nous-n'en-voulons-pas). Alors je demande : pourquoi est-ce que si c'est anormal, ça devient bien ? Pourquoi mettre du rouge à lèvres noir serait-il attirant ? Ah mais non, parce que l'une des autres facettes de la morale « jeunes, quoi » c'est de ne surtout pas essayer d'être attirant : on le fait pour soi-même, pas pour les autres.

Alors pourquoi essayer si fort de se démarquer ? Si quelqu'un met tant d'effort à choisir une tenue (n'en déplaise à ceux qui veulent faire croire qu'ils ont juste enfilé la première chose qui leur tombait sous la main, ou que leur jean troué n'est que le résultat de l'usure), c'est avant tout pour transmettre un message. Normal, c'est beaucoup moins fatiguant que de parler, de s'exprimer et donc d'utiliser son cerveau. C'est bien pratique : tout le monde voit du premier coup comment vous êtes habillé, pas besoin de se justifier, pas besoin d'expliquer ou d'avoir le moindre argument. Il suffit d'ajouter un air ostensible, style « ouais, c'est moi et je trouve ça beau », et tout le monde vous laisse tranquille. En clair : le message sans argument. Et en général, quel est le message ? « Je suis rebelleeeeeeeeeeeeeeeeeée ».

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La rébellion, nouvelle norme juvénile

Nous y arrivons : avant même d'être original, la meilleure des qualités que le « jeune, quoi » puisse avoir, c'est d'être rebelle. Être rebelle n'est plus quelque chose que l'on fait, genre une lutte au quotidien, non, c'est un état d'être, un trait de caractère. Se rebeller contre quoi ? Peu importe, être rebelle c'est tout ce qui compte. D'où l'avantage que cela passe à travers notre façon de s'habiller : pas besoin de trop s'expliquer sur la nature de notre (grandiose) rébellion ! À savoir tout de même, les rebelles se font la guerre entre eux : et oui. Lutte impitoyable entre les rebelles « rock », les rebelles « rap » et les rebelles « gothiques ». Bon, il y en a d'autres, mais de toutes façons, tous sont aussi pathétiques les uns que les autres.

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Le refus de réfléchir : la vraie mode

Du genre, pour les gothiques, avoir l'air maladif. C'est censé être mignon ? Non, c'est pour se faire remarquer bien entendu, pour marquer sa différence, pour pouvoir s'afficher comme victime lorsque les autres n'aiment pas votre style. Voilà le problème du jeune : il veut se rebeller, mais est trop paresseux pour se rebeller intelligemment. Pas de souci, il suffit de contourner le problème, critiquer tout ce qui est normal : aucune originalité, quoi. Mettre n'importe quoi sur son dos, critiquer les profs, les parents, tout ce qui a une quelconque autorité sur nous, en oubliant que nous serions bien bêtes sans eux. Voilà le but du « jeune, quoi » de nos jours : critiquer la normalité. Évidemment, on ne peut pas le formuler ainsi, ça sonnerait trop bête. Alors voilà le nouveau message : le normal n'existe pas. Bravo !

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milkshake
Shake! Milk @milkshake
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