
Il est 00h24. Fatigué, j'ai dit bonne nuit à mes parents et j'ai regagné mon lit. J'ai éteint la lumière mais j'ai gardé la porte grande ouverte — c'est très important. Un claustrophobe ordinaire a seulement peur de se retrouver enfermé ; moi, j'ai peur de ne pas trouver d'issue aisément lors de « leur » attaque. Stupide, n'est-ce pas ?
Je me suis glissé sous la couette et j'ai caché ma tête, afin qu'aucune parcelle de mon corps ne dépasse du drap. Dix minutes plus tard, j'ai laissé un petit espace pour respirer. Mais il était hors de question de sortir la tête. Le risque d'être happé par une créature était trop grand.
Qui sont mes persécuteurs ?
Pourquoi ai-je constamment peur d'eux ?
Quand tombe l'obscurité, je commence à angoisser, à me sentir observé, à sentir qu'une personne ou une « chose » est derrière moi, prête à me détruire. Je ne me retourne pas constamment... Rien derrière moi. Logique et prévisible selon certains. Qu'aurait-il pu y avoir ?
Je suis pourtant quelqu'un de rationnel la plupart du temps, qui n'a foi qu'en ce qui est scientifiquement prouvé... J'ai bien précisé : la plupart du temps. Par moments, le doute me gagne et je me retourne fatalement pour voir ce qu'il y a derrière moi. Rien. Encore rien. Toujours rien. Pourquoi je me sens sans cesse observé alors ?
C'est seulement aujourd'hui, au moment où j'écris cet article, que la réponse m'a paru plus qu'évidente. Je suis observé par moi-même. Je suis constamment observé par ma conscience.
Le poids de ma conscience
Inutile de se voiler la face, je ne suis ni un saint ni un juste. Heureusement que je peux encore me prétendre honnête. Ce sentiment d'avoir trahi ma propre personne, de m'être poignardé moi-même dans le dos, progressivement, s'est transformé en une peur absurde des revenants qui sont sûrement les symboles concrets de mes mauvaises actions.
Chaque nuit, je subis mon procès, procès de moi contre moi. Être jugé par soi-même, voilà une grande épreuve. Je me blesse moi-même (moralement). Pourquoi n'ai-je pas fait ceci ou cela ? Pourquoi lui ai-je fait ceci ? Qu'est-ce qui m'a pris de prendre pareille décision ?
Mes défauts et mes erreurs
J'agis comme un idiot, comme bon me semble et ça fait du mal aux autres. Je me venge d'une façon exagérée, je calcule sans cesse les situations pour être la vainqueur à la fin même si je ne le mérite pas, je me mets en colère pour rien et je suis tout le temps en état d'excitation constante.
Toutes les bêtises que j'ai commises et qui ont fait souffrir les autres ne sont pourtant pas irréparables. C'est seulement que je refuse de les réparer. La nuit, je suis tourmenté au point de me dire que demain, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour tout régler. Et demain, je ne répare rien, j'oublie la nuit et je retourne à mes occupations... Et je fais pire que la veille, pour devoir souffrir encore une autre nuit.
L'insomnie et la recherche d'apaisement
Parfois il m'arrive de rester éveillé des heures dans mon lit, à penser. Je ne suis pas insomniaque, épuisé physiquement mais trop éveillé moralement, éveillé jusqu'à ce que ce maudit procès veuille bien prendre fin. Je souhaite par-dessus tout entendre la douce musique d'une berceuse pour retrouver peu à peu mon innocence, mon enfance, ma capacité à conserver un cœur sans tache. J'aimerais tant qu'on m'offre une berceuse. Mais personne ne le fera. Pourquoi ?
Parce que je n'ai pas la même personnalité avec les autres que celle que j'ai avec moi-même. Les autres (tous les autres) ont fini par conclure que je suis une personne qui a vaincu ou maîtrisé ses sentiments, une personne qui aurait oublié le sens du mot « sensibilité ». Quelqu'un qui se serait construit une personnalité inflexible et impénétrable. Et moi, comme un imbécile, et même pour tout l'or du monde, je ne renoncerais pas à ma fierté en demandant à quelqu'un une berceuse. Ça, jamais ! Je suis beaucoup trop fier, arrogant, orgueilleux et prétentieux pour ça.
Le sommeil recommencera à m'entraîner vers une nuit de cauchemars où je serai encore une fois tué par un monstre ou probablement mort dans un combat en affrontant quelqu'un qui me ressemble beaucoup.