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Lifestyle

Ma famille...

J'ai 24 ans et je porte seule le poids d'une famille dysfonctionnelle : père absent, mère malade, grand-mère dépendante. Épuisée par les responsabilités, je cherche une voie pour m'en sortir.

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C'était un jeudi 4 novembre 2005, c'était la rentrée de taekwondo après les vacances de la Toussaint. Je suis au chômage depuis un an et ça commence vraiment à me peser. J'attendais cette rentrée avec impatience. Juste avant de rentrer dans le gymnase, je reçois un message de mon père qui dit qu'en ce moment Mémé n'arrive pas à se lever et qu'il dort chez elle. D'habitude, elle n'est pas toute seule car mon oncle vit avec elle.

Le lendemain matin, mon père m'appelle : « Tu as reçu mon message hier ? » Je lui réponds : « Oui. » Il me dit : « Tu ne m'as même pas rappelé !!! » Il m'explique qu'il dort chez Mémé car elle n'arrive pas à se lever quand elle est allongée la nuit. Puis il ajoute : « Ce soir j'ai trop de travail, tu pourrais pas aller dormir chez elle ? »

Je lui dis ok mais je demande : « Où est Tonton ? » Il me répond que Tonton s'est faufilé en douce pour aller dormir chez sa copine Maggie, la pouffiasse !

Mon père me dit qu'il faut que j'aide Mémé la nuit quand elle veut aller aux toilettes, au moins 3-4 fois. On est vendredi. Je suis allée chez ma grand-mère à 19h et mon père y était. On était tous les trois assis sur le canapé. Mon père voulait regarder « On a tout essayé avec Laurent Ruquier » et ma grand-mère voulait voir « À prendre ou à laisser ». Deux personnes à se prendre la tête pour une télévision à la con.

J'étais assise à côté de mon père et je lui en voulais ! J'avais envie qu'il me laisse avec Mémé, qu'il se casse. Il y a des fois où je ne le supporte plus. Il ne s'occupe pas de nous — de moi, de mes trois frères, de ma mère qui est malade. Il s'occupe à peine de sa mère. C'est moi, ce soir, qui devrai m'occuper d'elle.

On regarde les informations. Mon père me dit : « Oh là là, tu as vu ce qui se passe en France à cause des bandes de jeunes racailles ? Ils foutent le feu de partout. » Patati et patata...

Dans ma tête, je me disais : qu'est-ce que j'en ai à foutre de tes commentaires ? Te poses-tu au moins la question de savoir si ta fille va bien, si tes fils sont heureux ? Tu préfères t'apitoyer sur le sort de gens inconnus. C'est plus facile, c'est moins de responsabilités.

Évidemment, après les informations, mon père nous dit — à moi et ma grand-mère — : « Bon, je vais y aller. » Et moi dans ma tête, toujours le même refrain : tu vas où à 21h ? À ton lieu de travail ? Dans ton bureau à la maison ? Ou chez ta maîtresse ? Mais ces choses, je les garde pour moi. Telle est la grande question que nous nous posons mes frères et moi : a-t-il une maîtresse ?

Il part. Ma grand-mère et moi regardons « Star Academy », cette émission de chanteurs précoces. À peine 22h, je vois ma grand-mère qui ferme les yeux. Elle dort sur le canapé, d'habitude, alors je lui dis : « Tu veux qu'on dorme ? » Elle me demande : « Tu as sommeil toi ? » Je réponds oui, alors qu'étant au chômage, je dors d'habitude à minuit ou 1h du matin. Mais bon, il fallait que je lui laisse la place sur le canapé.

Je prépare son canapé, le lit de mon oncle pour y dormir. J'éteins les lumières. Ma grand-mère m'appelle : « Céline, Céline... » Je me réveille, je la prends par les mains et la tire vers moi pour qu'elle puisse se soulager.

Une fois à minuit, une autre fois à 2h du matin. Je l'ai entendue vers 4h du matin se débrouiller toute seule. Et j'ai dû l'aider encore une fois à 6h45.

En gros, je n'ai pas dormi de la nuit. On a bien pris soin de coincer la porte entre le salon et la chambre pour qu'elle reste ouverte si ma grand-mère voulait que je l'entende.

Le lendemain, son médecin qui fait les piqûres à la cortisone devait venir à 7h et il est venu à 9h. Ma grand-mère m'a réveillée et m'a dit qu'il fallait aller faire le marché. J'ai à peine eu le temps de me lever. Elle m'a servi du café et je ne me suis même pas lavée — on devait se dépêcher !

On a mis deux heures pour presque rien acheter parce qu'elle met du temps à marcher. J'avais très froid, je portais le caddie et j'avais les mains gelées. Dès qu'on a fini, j'ai tout rangé. Puis je suis allée au Casino d'à côté pour continuer les courses.

En rentrant, je me suis assise pour regarder la télévision. Ma grand-mère préparait à manger — elle n'aime pas qu'on l'aide pour ça. Mon père venait manger avec nous à midi. Je lisais le Télé 7 Jours, une couverture sur moi. Ma grand-mère me dit : « Tu veux que je mette du chauffage ? » Je lui réponds : « Si toi aussi tu as froid, on le met. Sinon ça va. » Elle me dit : « Moi ça va, j'ai pas froid. Mais toi, tu fais rien — c'est pour ça que tu as froid. »

Elle insinue toujours des choses, et c'est vraiment un truc que je ne supporte pas. Après, elle me dit : « Heureusement que tu m'as entendue cette nuit. Je t'appelais une fois et tu venais tout de suite. » Elle ajoute : « Par contre Tonton, quand je l'appelle parfois il met une demi-heure pour venir m'aider. » Puis elle commence à pleurer et à dire : « Mais c'est pas de sa faute... » Il a la maladie de Parkinson, et elle aussi d'ailleurs. Moi je me suis dit que peut-être il l'entendait, mais que le pauvre, il voulait pas se lever pour qu'elle se débrouille seule. Lui, peut-être qu'il a envie de faire une nuit longue sans se réveiller juste pour qu'elle aille aux toilettes, non ?

12h passé, mon père est arrivé pour manger avec mes frères jumeaux de 17 ans. J'étais contente qu'ils soient là, mes frères. On a mangé et après on voulait rentrer à la maison. Ma grand-mère me demande : « Céline, tu redors là encore ce soir ? » Je propose : « Tu veux dormir chez nous ce soir ? » Elle ne veut pas. Elle trouve des excuses : « Je dois faire à manger demain pour toute la famille, il faut que je dorme ici. J'ai peur chez vous. » On a une grande maison, on est six dans la famille, et elle a peur. Alors que chez elle, c'est un HLM et elle est toute seule en ce moment.

Mon père me regarde, regarde mes frères, et dit : « Qui c'est qui dort là ce soir ? » Personne ne répond. C'est pas très propre chez ma grand-mère et personne n'a envie de faire le bon samaritain.
Alors ma grand-mère nous a dit que c'est bon, elle dormirait toute seule ce soir. Et on est rentrés chez nous.

Je me sens coupable. J'ai mal au ventre, je ne sais plus quoi faire. Dois-je prendre sur moi ? Je suis l'aînée de la famille — 24 ans — mais j'en ai marre de prendre toutes les responsabilités dans cette famille de fous.

Mon père n'est jamais à la maison, il ne dort jamais à la maison. Ma mère est folle et malade. J'en ai marre. J'ai envie de me barrer de chez moi, avoir mon indépendance. Mais j'ai un problème en ce moment. Je me suis renfermée sur moi-même depuis que je suis au chômage, presque un an. Je ne sors plus, j'ai peur de l'extérieur, je me sens inutile, pas aimée.

Je n'arrive pas à me faire d'amis. J'ai eu une rupture douloureuse il y a un an. J'ai peur des mecs, et des gens en général. J'ai quitté une de mes meilleures amies car je me suis rendue compte qu'elle profitait de ma gentillesse et qu'elle me manipulait depuis huit ans.

Je n'ai plus confiance en personne — ni en mes amies, ni en ma famille qui, de toute façon, ne m'a jamais soutenue, réconfortée quand j'ai eu des moments difficiles. Jamais...

Aidez-moi ! Que puis-je faire pour aller mieux ? Pensez-vous que c'est normal que je souffre autant ? Ai-je des raisons valables ? Et pourquoi suis-je si mal dans ma peau ? Pensez-vous que je pourrais avoir un appart dans pas longtemps ? Je pense à mes frères qui seront tous seuls quand je serai plus là...

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buffy
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