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Les débuts d'un transboy (la découverte de ma transsexualité)

Un témoignage personnel sur la découverte de ma transidentité : le cheminement qui m'a fait prendre conscience que je suis un garçon, malgré un corps de fille.

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J'ai pensé faire un article informatif pour vous expliquer ce qu'est la transidentité, le parcours d'une personne trans... Mais ça, vous pouvez toujours aller chercher sur Google.

J'ai donc décidé de vous raconter mon histoire. Le cheminement qui m'a fait prendre conscience de ma transidentité, pourquoi aujourd'hui je cherche à devenir physiquement un garçon alors que j'ai un corps de femme...

Bonne lecture !

Comment j'ai découvert ma transidentité : retour en arrière

Retour un an en arrière : le 4 novembre 2004, j'écrivais dans mon journal : « Je me suis bien adapté au fait d'être une fille, la preuve je me sens à peu de choses près bien dans ma peau, mais j'ai tout de même toujours été terriblement frustré de ne pas être né garçon (enfin né garçon, et je me rappelle d'une époque où j'écrivais à la première personne en accordant tout au masculin, et là pour raconter ma vie je vais faire une légère digression, et la maîtresse me corrigeait sans cesse, sans se douter qu'il ne s'agissait pas là d'une simple faute de grammaire mais d'une certaine forme de lapsus) lorsque j'aimais. Même si je savais pertinemment que ce n'est pas le simple fait que je sois garçon qui ferait que telle fille m'aime en réciproque. Il faudrait peut-être que je rectifie : je suis toujours frustrée d'être une fille dans le cadre sentimental. Je ne deviendrais pas trans pour autant ! On s'habitue à tout. » Je fais remarquablement bien l'autruche, vous l'aurez remarqué !

Comment pouvais-je affirmer être bien dans ma peau alors que peu de temps auparavant j'avais éclaté en sanglots en plein milieu de cours, sans raison apparente, et mes pleurs ne cessèrent qu'au bout d'interminables efforts ? Je ne savais pas pourquoi je pleurais, j'avais juste l'idée que quelque chose ne pouvait durer, que ça n'allait pas... L'infirmière m'a dit quelque chose comme : « j'étais sûre que cela arriverait un jour. Tu paraissais trop heureuse pour l'être réellement. » Et elle avait terriblement raison ; mon bonheur était feint et je me livrais chaque jour à une remarquable interprétation du bien-être.

Il faut noter que la frustration de ne pas être né garçon se ressentait surtout « dans le cadre sentimental », car dans ce domaine (ma manière d'aimer, de vivre sentiments et attirances), et malgré tous mes efforts pour enfoncer ma tête dans le sable, je ne pouvais nier la part de garçon qui vivait en moi. Il est probable alors que si je n'avais pas été en couple si longtemps, je n'en serais pas là aujourd'hui. Il fallut du temps pour que le malaise soit palpable, du temps pour que cela me devienne insupportable, du temps pour réaliser que ce qui est si flagrant dans ma relation de couple — mon identité masculine — était en fait sous-jacent dans tout le restant de ma vie. Cela veut-il dire que sans Virginie je serais encore une fille ? J'en aurais encore l'apparence... J'aurais joué le jeu jusqu'à ce qu'un électrochoc me fasse réaliser que la vie n'est pas un théâtre où j'ai à interpréter un personnage, mais simplement à être moi-même. C'est bien plus difficile, mais tellement plus gratifiant ! Sans elle, j'aurais perdu des années à attendre le déclic.

Mon coming-out intérieur : le combat contre moi-même

Mars 2005. Le garçon ne cesse de me hanter, de me harceler, il me dit que moi, c'est lui, que je ne suis qu'une imposture, une création artificielle pour faire face au monde et aux gens qui le peuplent. Il me dit que je suis un garçon, mais mon reflet dans le miroir me montre bien qu'il n'en est rien ! Je vois une fille, et lorsque je la vois, je suis plutôt content(e), satisfait(e) de l'image que je renvoie. Et dans la vie de tous les jours, elle reçoit des sourires, des compliments, c'est agréable d'être dans sa peau. Bien sûr j'ai l'impression de ne pas être à ma place, mais quoi ? Il n'y a rien à faire ! Je prends ma plume, et écris ceci au garçon qui voudrait exister :

Je sais que quelque chose ne va pas
Est-ce pure bêtise de ne pas chercher quoi
Se présentent à moi doutes et hypothèses
Mais je ne veux rien savoir, rien entendre
Que ce bruit sourd dans ma tête se taise
Je ne veux rien savoir, rien comprendre
Je voudrais nier, faire semblant d'ignorer
Tais-toi, je t'en prie, car tu me fais mal
Silence ! Que ma vie garde son cours normal
Arrête tes douloureuses insinuations
Laisse-moi, je veux rester dans la négation
Je connais l'existence de cette possibilité
Est-ce lâcheté ? Je ne veux rien confirmer
Dis-moi, à quoi servent les certitudes
Lorsqu'elles remettent tout en question ?
Alors oublions ce navrant interlude
Dans un même élan cessons l'introspection
Je voudrais renier tout ce que j'ai appris
Sur l'être bizarre et frustré que je suis
Alors comprends que la suite est redoutée
Même et surtout si tu détiens la vérité
Ce que tu affirmes ne pourrait me libérer
Alors cesse – c'est un ordre – de m'interpeller
Je ne veux pas, je ne veux plus t'écouter
Si un jour tu prends ma voix et que tu dis
Que tu doutes et pourquoi j'interdis toute discussion
Je te ferai menteur et traître. Voleur de vies.
Je me ferai mentir. La peur est un solide bâillon.

« À quoi servent les certitudes, lorsqu'elles remettent tout en question ? »... Je voulais lutter contre lui, pourtant je savais bien qu'il détenait la vérité. Je redoutais tellement d'ouvrir les yeux sur ma vie, j'avais peur de l'inconnu, de ce que je deviendrais si j'acceptais le fait d'être un garçon.

Le déclic : ma prise de conscience en juin 2005

Nous arrivons à juin 2005. Plus précisément, le 24 juin : soirée des Terminales de mon lycée. C'est l'électrochoc. La fumée, l'alcool, la chaleur... J'étais dans un état second. Vivi dont j'attendais et redoutais la venue... Nous étions alors dans une mauvaise passe. Que dire, que faire si je la vois ? J'aurais des difficultés à raconter la soirée en détail, je me souviens de divers épisodes dans le désordre, mais elle n'a guère d'importance, c'est en moi que s'est fait l'électrochoc.

Quelques jours plus tard, j'écrivis à Vivi à propos de cette soirée :

« Lorsque je t'ai retrouvée, de vieux démons m'ont repris. Le conflit qui m'habite, la cause de mon mal-être, a repris de plus belle. C'est pour ça que je me suis assise après, et que je suis partie. Je suis allée dans les toilettes me passer de l'eau et me fixer dans les yeux (ça m'arrive parfois) et n'étant pas en état de mener à bien une réflexion je suis rentrée chez moi. Les jours qui ont suivi j'ai compris contre quoi je luttais et que ce combat n'aurait pas de fin. Aussi mes problèmes sont-ils insolubles. Déjà réaliser cela soulage, je vais pouvoir arrêter de cogiter vainement. »

Lorsque je me suis fixé dans les yeux, dans le miroir, j'ai aperçu, furtivement, Carot. Il était là, au fond de moi, je ne pouvais m'en débarrasser.

Les jours qui suivirent, on s'est apprivoisés. Après s'être affrontés des années dans ce corps, on a décidé de régler la question ensemble, de cohabiter calmement. Je lui ai laissé la parole, et il a répondu à mon précédent poème. C'était le 1er juillet 2005, la veille de mes 18 ans.

Tes efforts furent vains pour me réduire au silence
Agitations inutiles qui n'ont fait que renforcer ma présence
Il faut que tu te fasses une raison car tu ne peux me tuer
Je n'en tire nulle satisfaction : j'aurais préféré ne pas exister
Entre nous, pas de vainqueurs. Le combat sera éternel
À cause de nous, que de douleurs pour cet être charnel
Il n'est qu'impuissance face à ces démons qui l'habitent
— Que nous sommes ! — et qui le tiraillent et l'agitent
Tu t'es proclamé l'esprit qui se conjugue avec ce corps
Comme si tu étais seul ici ; qu'en est-il de moi alors ?
Bien sûr, j'en suis conscient, il ne me va pas. Difficile avec lui
De s'accorder. Mais c'est mon domaine et partir, je ne le puis.
Il faudra bien qu'avec nous deux, nous tous il compose
Un personnage qui nous ressemble. Impossible ! Tout nous oppose
Ses opinions, ses orientations, ses choix sont sujets à tourments
Nos débats interminables sur tout ce qui est important
— Quoique parfois nous tiraillons aussi pour ce qui n'est qu'accessoire
Et ce serait drôle si cela semblait moins une bataille, plus une foire —
Bien que son cœur nous ait mis d'accord sur la personne
Lorsqu'il s'agit de gérer sentiments et relation les canons résonnent
Tu réalises qu'en fait, j'ai toujours été à tes côtés
Mais aujourd'hui je t'inquiète en dévoilant mon identité
Il est temps pour moi que j'intervienne dans le contrôle
De ce corps, de cet être. Tu ne pourras me mettre en geôle
Je ne me laisserai enfermer. Me censurer te sera dur
Je le sais, je nous conduis dans une impasse... Où est le mur ?

Accepter ma transidentité : recherches et témoignages

27 juillet 2005. Il faut bien que je me rende à l'évidence.

Transsexuel : adj. Qui a le sentiment d'appartenir au sexe opposé (à son sexe biologique) et se conduit en conséquence.

La définition me correspond. J'ai vécu pendant 5 ans dans la peau d'une homosexuelle, et cela ne m'a jamais posé problème, pourquoi ai-je tellement de mal à accepter que je puisse être « transsexuel » ? Et qu'est-ce qu'il est laid ce terme !

Ce jour-là, je décide de me confronter à la transsexualité. Je passe une nuit entière sur l'ordi, à effectuer de multiples recherches. J'apprends le vocabulaire, lis des dizaines de témoignages, épluche les forums... Je me reconnais dans les propos d'un tel, j'ai ressenti la même chose que cet autre, celui-là m'émeut particulièrement. Je me sens moins perdu, moins seul. Mes yeux s'éteignent, la fatigue m'assaille, mais je reste encore longtemps sur le net ; j'ai peur que ce monde disparaisse si je me couche, surtout je redoute de me voiler la face au réveil (il ne s'est rien passé, ce que j'ai lu ne me correspondait pas, oublions tout ça). Alors je laisse un message sur un forum, titré « une bouteille à la mer ». Et surtout, j'envoie un texto à Vivi sans rien lui dire de ma révélation, mais lui demandant seulement de ne pas me laisser faire l'autruche ; avec ça je ne pourrai revenir en arrière !

Dans la foulée, j'ai commencé à rédiger une lettre pour tout lui expliquer. « Il s'avère que je puisse être transgenre »... Ce fut un choc pour elle lorsqu'elle a lu, mais ce fut tout aussi difficile pour moi de l'écrire. « Transgenre ». Pourquoi pas transsexuel ? Sur le moment je n'envisageais pas de faire une transition, d'entamer un parcours. Les hormones, les opérations, l'administration, la désapprobation... Je ne pensais pas pouvoir endurer tout cela.

Le lendemain, j'avais déjà reçu deux réponses à mon post sur le forum. Dont celle de Julien, que je remercie encore ici, car il m'a apporté les réponses dont j'avais besoin :

« "Avant", je me disais : je suis une fille pas canon, mais pas trop moche non plus vu que je plais, et j'essayais aussi de me "plaire" à moi-même ainsi. J'ai oscillé longtemps entre "garçonne" et "féminine" : "garçonne", c'était la façon de me retrouver, "féminine" c'était celle de donner aux autres ce qu'ils attendaient de moi. "Garçonne" j'étais bien "mais...", "féminine" j'étais mal "mais...", car au final, d'un côté comme de l'autre, je n'avais jamais la possibilité que "Julien" s'exprime dans son intégralité, tout simplement.

Maintenant, je ne me pose plus la question. Je vis et évolue tel que je suis : un FtM. Mon "équilibre" s'y retrouve.

Je ne vais pas te dire que c'est plus "facile" qu'avant. C'est "différent" : c'est MOI, dans mon intégralité, donc je l'assume et l'affirme avec force et conviction. »

« (...) Demande-toi "qui" t'a mis sur cette île au milieu de la mer, pourquoi, puis t'a laissé grandir seul, avec cette fausse culpabilité envers toi-même pour seul bagage. N'attends pas qu'on vienne t'y rechercher, construis ton propre radeau et tu verras, la mer n'est pas si grande que tu ne puisses un jour relier TA terre promise, celle où il fait bon vivre, communiquer avec autant d'êtres en nombre qu'ils en sont différents :o) Mais n'y vas pas pour trouver le "pardon" de l'être qui t'a mis là, vas-y créer TA vie, amuse-toi à la découvrir. On ne grandit que par le jeu, regarde les petits, puis les ados, puis les adultes, comment font ceux qui réussissent ? Le jeu !... Celui dont on se fait soi-même les règles, comme quand on était petit... Il s'agit pas de tuer, de voler, de violer, juste de VIVRE... Crée TA vie, ne la subis pas, n'attends rien d'elle, attend tout de toi, espère tout de toi... Mais avance et ne t'arrête que lorsque tu te sentiras CHEZ TOI... En toi et hors de toi à la fois... »

« Tu verras que "le petit garçon" qui sommeille en toi, qui n'a jamais pu grandir, n'est pas si "vilain" qu'il ne t'y paraît actuellement, que c'est même un type vachement bien et fort apprécié des autres. Puis c'est également là que tu pourras avoir la certitude de savoir ce qui est bon POUR TOI, que tu fasses par rapport à ton corps. Mais une chose est certaine, tu en prendras enfin soin, car tu l'aimeras enfin, que ce soit ton corps de "fille" ou ton futur corps de "garçon". »

Il y avait également un post de Kael que j'ai ressenti comme agressif. Mais il a finalement eu raison de me bousculer un peu ; son message, son blog et son projet "xxboys" m'ont permis de voir que l'on pouvait vivre la transidentité autrement que comme un drame, que l'on pouvait être fier de son identité trans.

Révélation à mes proches : vers l'acceptation

Août 2005. Joie : j'apprends que mon cousin, Yoann, a besoin de se rendre à La Rochelle pour un entretien. Je saute sur l'occasion pour revisiter cette ville que j'avais découverte un mois auparavant et rendre visite à Vivi qui passe ses vacances sur l'île de Ré. J'en profiterai pour lui remettre la lettre d'aveux...

Que dire sur ce séjour ? J'ai adoré. Grand merci à Yoann, que j'ai pu découvrir cette semaine-là ! Je ne le connaissais pas vraiment, et je me suis rendu compte que j'avais un cousin adorable. Les pâtes mangées assis sur le port furent tout aussi savoureuses que le repas pris au Food and Bar ; merci pour les virées à Châtelaillon et les ballades dans la vieille ville... Bref, là n'est pas le sujet du blog.

À un moment donné, je me suis senti mal à l'aise en lui parlant. Il ne savait pas que j'étais plutôt porté sur la gente féminine, je lui ai donc appris que j'étais « lesbienne », et dans ma tête cela sonnait déjà faux. Pourtant, des années durant j'ai cru à ce que je racontais ! Comme c'est simple de se mentir à soi-même... On est pour soi la dernière personne dont on se méfierait. Lorsque l'image que je renvoyais m'est apparue comme un rôle que j'interprétais, j'ai discerné le mensonge, et me suis alors déconnecté du personnage ; j'ai senti que je ne pourrais plus tenir ce rôle bien longtemps.

Le 9 août, j'ai loué un scooter pour me rendre sur l'île de Ré, en face de l'église de Sainte-Marie, point de rendez-vous avec Vivi. Je vais éviter les « mon cœur exultait de joie » et autres « quel bonheur de... » pour raconter les épisodes de ma vie dont elle fait partie, si elle passe par là je pense qu'elle appréciera que je m'abstienne ;o). Du coup, je zappe sur le déroulement de la journée, et j'en arrive à l'instant où je lui remets la lettre. J'avais souhaité qu'elle la lise en ma présence, mais réflexion faite, je n'aurais eu ni réaction, ni commentaire à chaud, donc il ne fallait pas compter sur une discussion.

Dans la soirée, j'ai reçu un texto d'elle : une promesse de lettre en réponse, et cette phrase : « sache juste que le sujet ne m'étonne absolument pas, au contraire j'attendais que tu l'abordes enfin... ». J'ai souri, j'étais rassuré : tout va bien alors, puisqu'elle le savait.

Le lendemain matin, dans la salle de bain de la chambre d'hôtel, ce fut la révélation : j'ai cessé de voir Caroline dans le miroir, il me renvoyait non pas une image, mais mon reflet, ma perception de mon identité ; c'était moi, c'était Carot. Alors je me suis dit tout haut quelque chose comme : « toi, t'es un vrai mec ! » (c'est risible, je vous l'accorde :o)). Il me semble qu'enfin j'existais, puisque Vivi savait, me connaissait. Et je fus alors rempli d'un immense soulagement, d'une confiance en moi énorme et d'une grande espérance en un bonheur et un bien-être prochain. Tout cela en même temps : c'était grandiose.

Suivre mon parcours de transition

La suite, si elle vous intéresse, s'écrit au jour le jour, sur mon blog.

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