
7h48 : J'arrive devant le collège, les yeux enfoncés dans leurs orbites, le nez qui coule. Il fait froid, alors j'arrive à éviter une vingtaine de bises en prétextant : « Je suis malade, désolé, malade... » Mais il y a toujours l'autre vingtaine pour me dire : « Non mais vas-y, moi aussi je suis malade ! » Et allez, smock, smouick, smack.
8h00 : Interrompus dans notre discussion matinale par THE pionne redoutée et crainte de tous, championne dans les hurlements et la prise de carnet, nous préférons faire les moutons et nous ranger docilement en grognant. Gabriel n'eut pas autant de chance : déjà, la pionne ajoutait une nouvelle victime à son palmarès.
8h07 : Petit tour d'horizon de la classe. Elle sent encore les élèves fraîchement lavés, le déodorant et le parfum. Les trompettes de mouchoirs ne se font pas prier. Ce matin, c'est géographie. Parfait pour continuer ses heures de sommeil. La classe est vide, 6 ou 7 absents, sûrement contaminés par ma grippe. Rachel s'est assise à côté de moi, parce que Julie (chouchou incontesté du prof d'histoire, même si c'est la seule à parler en cours) est absente. Le prof se lamente en constatant que ses chers petits sont absents, et commence à s'énerver en faisant l'appel de Rachel. Il tonne en regardant le plafond :
- S'il y a des changements de places dans cette classe, j'aimerais bien être au courant ! Rachel, vous êtes le modèle de la parfaite élève ! Je ne comprends pas votre attitude. (Petit regard vers moi.) Pfff, non mais ELLE, c'est normal, c'est S****, c'est une petite effrontée, une insolente...
J'arrive difficilement à réprimer mon fou rire devant les yeux ébahis de la classe, qui sait bien que je ne suis pas comme ça. Mais je ne proteste pas. Le prof distribue les cartes, toujours en essayant de crever les yeux des élèves avec, et il arrive près de mon bureau. Et là, malheur. Le prof, qui est dans la force de l'âge (mais ça, vous le savez), se prend les pieds dans un sac et commence à tomber dangereusement vers moi, à s'étaler sur mon bureau. Heureusement, réflexe, je recule. Donc il s'étale joyeusement, mon fou rire reprend d'autant plus que le prof se parle à lui-même :
- Oh la la, mais qu'est-ce qu'on va penser si je me mets sur S****, elle va penser des choses la petite, si je l'écrase...
9h00-10h00 : C'est parti, deux heures de techno. C'est tranquillou la techno. Le prof parle pendant deux heures, on fait 2, 3 exercices et voilà, deux heures écoulées. J'observe la petite touffe de poil bouclée qui dépasse du col du T-shirt du prof, ainsi que ses postillons qui s'écrasent sur mon cahier. C'est très comique la techno. Parfois j'ai un mouvement de recul, car le prof, trop près de ma tête à mon goût, fait des grands moulinets avec ses bras pour expliquer. Aussi, quand je m'ennuie vraiment et que le prof est toujours à côté de moi, je fais mine de me gratter l'œil avec un doigt bien précis, pour montrer à Florian comme je l'aime. Ça doit être réciproque, parce que bizarrement, avec le même doigt, il se frotte la joue.
10h05 : Récré. On sait que certains profs sont allés fumer leur clope ou boire leur petit remontant, tandis que nous, on se gèle sur les bancs à attendre la douce chaleur des salles de classe.
11h00 : Je passe vite sur l'heure de maths, qui n'est pas très riche en péripéties cette année. La prof est trop sympa et pas assez casse-couille. M'enfin, avec mon voisin de table, on trouve toujours le moyen d'avoir le cahier déchiré, rempli de grosses taches d'encre, les exercices pas faits et la trousse vidée par terre. Et la prof ne voit rien.

12h05 : Yeees, midi ! L'heure de toutes les conneries !
13h45 : On se traîne péniblement vers la salle d'anglais renforcé. Cette salle qui est toujours surchauffée et qui sent les égouts. Pour couronner le tout, c'est la mauvaise heure car c'est l'heure où nous sommes en train de digérer. La prof nous donne un article de journal anglais sur la coupe du monde de rugby Angleterre/Australie. C'est assez bien, sauf qu'il faut tout comprendre. Donc on lit, elle demande si on a compris, réponse : « Gnè ? » Alors elle explique. Je ne sais plus pourquoi (sûrement j'ai pas écouté), elle en est venue à parler de moutons, de pratiques barbares. Alors moi, décidant avec courage de poser une question, je lève la main innocente :
- Madameuh, qu'est-ce qu'ils faisaient avec les moutoneuh ?
(La prof, ironique) : « Eh bien, tu sais Lucie, ils étaient souvent seuls, et quand ils n'avaient pas de femmes... »
- !!!! (Ça m'apprendra à poser des questions idiotes)
14h40 : 1, 2, 3, 4, musique ! Tous, tous, tous, musiiiique... Toujours avec le même prof imbu de sa personne. Le cours de musique, c'est détente. Nous devons lire et surligner les phrases de l'histoire sur la feuille, et écouter. Ce que je ne faisais évidemment pas. Mon voisin avait décidé d'engager une compétition de surlignage avec moi. Le but ? Surligner le plus vite. Bien sûr, j'ai gagné. Le prof m'aimant toujours aussi fort, a décidé de m'interroger à l'improviste sur le texte.
- Lucie.
- C'est moi.
- À ton avis, il doit aller au paradis ou en enfer ?
(Moi, cherchant à gagner du temps vu que je ne savais pas de quoi il parlait) : « Umm... C'est pas moi qui décide mais... » (Rires de la classe). « Moi je dirais paradis. » Et toc, raté.
- Comment ça, paradis ? Il a tué la femme qu'il aimait juste parce qu'elle l'a trompé, et tu dis paradis ?!
- Et bah oui, ben tiens !! Ma foi, elle méritait la mort, elle l'a trompé ! Donc c'est totalement justifié, il peut aller au paradis.
- Ahem non, quand même pas, je pense que ça vous arrivera à tous d'être trompé et...
- Pas à moi, parlez pour vous.
- ... ou de tromper votre conjoint, mais vous n'allez pas pour autant le tuer !
- (Ma copine et moi en chœur) : Té, on va s'gêner !!!
15h35 : Récré.
15h55 : Ah, enfin, le dernier cours de la journée. Je trouve ça intéressant comme matière, la SVT. Le prof (ami du prof de musique, on se demande pourquoi) est assez énervé de nature, et sûrement en souvenir de mon frère, adore me casser. Il m'annonce la couleur dès le début du cours.
-
Môsieur, excusez-moi, mais j'ai pris mes affaires de maths au lieu d'SVT...
-
Ah ouais !! Et t'as souvent maths toi en dernière heure !! Pas étonnant que tu sois si peu attentive, vu ton contrôle...
Donc on corrige le contrôle. J'ai eu la mauvaise note de 17/20, mais le prof m'a menacé d'un zéro parce qu'il paraît que ma copie était SALE. On enchaîne sur les chromosomes et Cie. Le cours risque d'être assez folklorique. Contrairement au premier cours ce matin, les élèves sont bouillants, crasseux, transpirants et sentant la viande de midi. Le prof nous distribue des pinces à linge de différentes couleurs pour représenter les chromosomes. On se met par groupe de 4. Je me retrouve avec mon grand déconneur de toujours, Florian.
Il faut trouver avec les pinces à linge comment se divisent les cellules. Mais avec Flo, les esprits divaguent un peu. La division se change en reproduction : au lieu de se dupliquer, les chromosomes font l'amour entre eux. Ajouter nos théories foireuses comme quoi le sperme des chromosomes (blanco ici) et la position de l'accouplement des pinces à linge, le sérieux des deux autres copines qui essaient tant bien que mal de trouver la solution en écoutant les autres équipes, et ça devient vite le bordel. Le prof devient fou. J'essaie alors de faire bien mais tout ce que je réussis à faire, c'est de casser deux pinces à linge. Florian est mort de rire, moi je cache les pinces à linge. Le prof passe et nous avons juste ! (C'est normal, on a pompé sur les autres équipes). Hélas, c'est déjà la fin, nous devons regagner nos places et écrire les devoirs.
Alors, prête pour une nouvelle journée ?
Ainsi se clôt cette deuxième journée loufoque, c'est toujours aussi criant de vérité, en espérant qu'elle vous ait été aussi drôle que la première ! Bonne lecture, petits et petites effrontés ! MOUHAHAHAHA