
Premiers questionnements sur mon orientation sexuelle au lycée
La première fois que l'idée d'avoir un rapport sexuel ou amoureux avec un mec m'est venue à l'esprit, j'avais 15 ou 16 ans. Je venais d'entrer au lycée, et je découvrais à cette époque énormément de choses de la vie. J'étais resté un enfant auparavant. Le divorce de mes parents m'avait complètement renfermé sur moi-même...
À cette époque donc, dans mon conscient, c'était aux filles que je devais m'intéresser, vu que depuis ma naissance, on ne m'avait pas parlé d'une autre possibilité. L'homosexualité était perçue comme une sorte de « bug » de la société. Moi, je me sentais normal et je ne pouvais donc en aucun cas faire partie de ce monde.
Le refoulement et les premières relations
Durant mes années lycée, j'ai commencé un travail de refoulement, en me forçant à regarder les filles et en évitant le plus possible de regarder les beaux mecs (quel gâchis !). Ce n'est pas si difficile que ça, j'ai marché comme cela pendant 2 ans. Je suis sorti avec 2 filles, lors de deux étés différents. Ces relations ont été d'un échec cuisant, avec dans le rôle du goujat salop... moi-même. Au lycée, c'était pourtant différent : j'étais entouré que de filles, je ne m'entendais pas avec les garçons. Le meilleur pote que j'avais pendant ces 3 années, je « fantasmais » discrètement sur lui. Enfin c'était mêlé de fantasme et de refoulement, un réel bad trip... Assez difficile à expliquer.
Bref, pour résumer cette période, je me considérais comme hétérosexuel avec des pulsions homosexuelles que je refoulais plutôt bien, et qui allaient sûrement passer avec le temps.
Année de Terminale : le déclic
L'année de ma Terminale a été différente. Les choses ont commencé à bouger dans ma tête, mais indirectement. J'avais pris beaucoup de poids en très peu de temps et je commençais à me sentir mal dans ma peau et beaucoup plus faible moralement. En novembre de cette année (1999), j'ai même fait une petite dépression mêlée à une reprise de poids de l'ordre de 7-8 kilos. Je suis donc allé chez un médecin, auquel j'ai fait croire que le Bac me stressait déjà et que j'avais besoin de décontractants... etc. Ce médecin me trouvait plutôt en mauvais état et m'a demandé de faire une prise de sang. Celles-ci se sont avérées affreuses et j'ai été mis à la diète immédiatement !
Il faut dire que je frôlais les 100 kilos. En très peu de temps, j'ai donc perdu 15 kilos (puis 10 kilos sur 1 an) et suis passé de la taille 50 à la taille 40-42 pour les pantalons. Je me sentais réellement mieux dans ma peau, mais toujours refoulé, en me disant que je règlerais ce problème après le Bac... Que si j'avais ce fichu diplôme, je pourrais m'occuper de moi durant mon premier été de 3 mois et demi.
L'après-Bac : premières découvertes sur Internet
J'ai donc eu mon Bac avec succès, je suis parti en vacances avec deux copines, et je n'ai plus cherché à sortir avec des filles, je n'en avais plus envie. Je me sentais comme « assexué ». Et le dossier Homosexualité est resté de côté. Il a même pris la poussière...
Pourtant, le travail que j'avais commencé à faire sur moi a avancé, très doucement certes, mais sûrement. Je crois que c'est à cette période que j'ai commencé à visiter le web gay, en me créant des pseudos sur des chats, en me forgeant une personnalité qui restait tout de même assez éloignée de la mienne, pour ne pas être reconnu... Bref, j'étais devenu un peu schizophrène paranoïaque (lol). Il fallait que j'en sache plus sur l'homosexualité sans être découvert. Peu à peu, j'ai commencé à me dire que j'étais peut-être bi. Je ne pouvais pas admettre que j'étais homo, surtout que je n'avais jamais eu de telle relation.
Premiers pas vers l'acceptation de mon homosexualité
Mon premier (petit) pas dans la réalité a été de mâter un beau mec qui était dans ma promo. Et là, je ne pouvais plus me cacher face à certains de mes penchants. J'assumais donc cet acte !!! Grandiose !
Puis, les choses ont rapidement bien tourné. En novembre 2001, j'ai fait la rencontre d'un pote super sympa sur un chat homo. Et il s'est avéré que pour la première fois, je rencontrais un homo qui me convenait entièrement. Je suis tombé amoureux de lui et ma vie entière a été bouleversée. C'était la première fois que je tombais amoureux de quelqu'un. C'était comme si après une énorme tempête, les nuages se dissipaient enfin. Le soleil est apparu dans ma vie. Je ne le connaissais que sur le net. Et rapidement j'ai déchanté : il n'avait que de l'amitié pour moi et le jour où il m'a annoncé qu'il avait un copain, je suis tombé dans une grosse déprime. Je n'ai pas pris de poids, mais je ne m'intéressais plus à rien...
La rencontre décisive et mon premier copain
En janvier 2002, j'ai fait la connaissance d'une amie sur Internet, un peu plus âgée que moi. Son expérience m'a beaucoup apporté. J'ai réalisé que je devais arrêter mon cinéma et m'assumer une bonne fois pour toutes. Cela, sans pour autant lui en parler...
Mais il est vrai que peu à peu, mes deux vies ont commencé à fusionner. J'ai d'abord commencé à chercher des « plans cul », j'ai même rencontré plusieurs mecs dans la réalité, mais face au fait, je n'ai pas pu aller plus loin que de boire un coup dans un café. Un jour, en avril 2002, un mec que j'ai rencontré pour un de ces fameux « plans cul » m'a conseillé d'opter pour une relation durable. J'ai écouté son conseil... et en mai 2002, j'ai fait la rencontre d'un mec, de mon mec. Nous sommes sortis ensemble au bout d'une semaine. Et à part une petite crise en août dernier (où j'avais l'impression que ma vie avançait à toute vitesse), tout se passe très bien avec mon p'tit homme.
Mon parcours de coming-out
Pour ce qui est du coming-out, j'ai fait le premier à cette amie du net en juillet dernier, avant qu'elle ne parte aux USA. Puis ont suivi ma mère et ma sœur en novembre, à la plupart de mes meilleurs amis et mon cousin qui compte énormément pour moi en mars, des amis de la fac en avril 2003. Il ne reste plus que mon grand frère...
Tout s'est passé assez bien, et de nombreuses personnes ont compris qui j'étais. Je donnais l'impression d'être mystérieux à beaucoup.
Le coming-out qui s'est le moins bien passé est celui envers mon « plus que » cousin. Il s'est senti trahi par moi, que je lui avais menti pendant toutes ces années. Je pense qu'avec le temps il comprendra que je me mentais à moi-même et que je ne pouvais donc pas le lui dire.
De toute manière, je comprends très bien sa réaction : accepter d'un coup ce que j'ai mis 5 ans à accepter... ça risque d'être impossible vu qu'on est à peu près pareils... lol
Bref, maintenant, j'ai l'impression que la vie est devant moi, et je peux enfin me mettre à réaliser les projets qui me tiennent à cœur. Une vraie libération !