
La vraie vie de Noa : une enfance brisée
En effet, lorsque sa maman recevait, Noa devait se rendre dans sa chambre et faire semblant de jouer. Histoire de faire croire aux autres au bonheur parfait d'une petite famille qui avait autrefois été touchée par la tragédie. Noa, malgré ses huit ans, comprenait parfaitement la situation. Il savait que cette liberté ne serait que de courte durée et que, dès que la porte aurait claqué, il devrait redescendre dans sa vraie « chambre ». Celle où un sentiment de peur et de détresse l'envahissait. Car Noa vivait en réalité dans une pièce de 4 m², sans fenêtre, fermée par une porte blindée. Il avait essayé de crier et de frapper sur la porte, mais il avait cessé à partir du moment où il s'était rendu compte que ses agitations rendaient sa mère folle de colère. Il était un petit garçon emprisonné dans une pièce sans lumière, avec pour nourriture du pain dur et de l'eau dans une gamelle pour chien.
Au départ, Noa pensait que tout cela était normal et que tous les enfants vivaient de cette façon. Mais, à son entrée au CP, lorsqu'il a entendu les autres enfants raconter leurs vacances et exprimer leur bonheur d'avoir vécu des choses fabuleuses, il s'est rendu compte que ce qu'il vivait lui, n'était pas ce que les autres vivaient.
Au tout début, quand sa maman venait le chercher à l'école, souriante, maquillée et pétillante, Noa pensait que tout allait changer à la maison ; lui aussi allait avoir une vraie vie de famille. En réalité, tout cela n'était qu'une apparence. Une fois dans la maison, Noa était reconduit brutalement dans « son carré noir » et n'en sortirait pas avant le lendemain. Parfois, il avait la mauvaise surprise de voir entrer sa mère avec un bâton, un martinet, des allumettes. Il savait à ce moment-là que son esprit devait s'échapper, que seul son corps devait être présent mais qu'il ne fallait plus penser à rien, faire semblant de ne plus être là.
Au final, Noa ne pleurait plus. Il endurait la douleur morale mais ne sentait plus la douleur physique. Il savait que cela recommencerait et recommencerait encore. Il s'était habitué à la maltraitance, au désamour de sa mère. Noa n'enviait pas les autres enfants car il n'avait aucune idée de ce qu'ils vivaient. Le bonheur, lui, il ne connaissait pas et il était persuadé qu'il ne connaîtrait jamais ce sentiment.
La fin du calvaire : vers une nouvelle vie
Noa a aujourd'hui 16 ans. Son calvaire est terminé. Un parent d'élève s'est rendu compte de sa situation et a averti les autorités compétentes lorsqu'il avait 12 ans. La DASS est venue et Noa s'est retrouvé en foyer, avec un psy pour confident. Il a mis du temps pour en parler mais aujourd'hui, il raconte son histoire d'une manière assez éloquente. Sûrement pour atténuer cette douleur qu'il gardera à jamais en lui.
Sa mère est en prison. Il l'a revue une seule fois (conseil du psy), il n'a pas pu lui parler, elle n'a pas pu lui expliquer. Histoire difficile d'une femme minée par la mort de son mari et qui s'est vengée sur son fils. Douze ans de maltraitance pour un enfant qui ne demandait qu'une chose : aimer sa mère du plus profond de lui-même.