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Lifestyle

La vie réelle (suite 2)

À 14 ans, une adolescente subit le harcèlement et la violence dans sa cité. Un témoignage brut sur l'enfer quotidien, la honte, et l'espoir de briser le cercle vicieux.

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Comme je disais, je sais que j'ai promis du soft, du tranquille, rien de méchant, et patati, et patata... Mais j'ai relu mon texte, et je me suis demandée : « Qu'est-ce que tu veux faire comme soft avec des horreurs pareilles... Tu ferais mieux de tout balancer, et toi par la même occasion. » Bon. Je me suis pas balancée (j'aurais pt'être dû ?), mais je vous mets un autre extrait. Je dois avoir 13-14 ans, là. Je (re)commence à aller mal. J'ai changé le prénom de mes sœurs... Je crois que c'est tout ce que j'ai à préciser, hein...

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Ma vie dans la cité : le cauchemar du harcèlement

« C'est aussi à cause de tous ces mecs, qui traînent en bas, ceux que j'ai peu connus, mais les seules fois où je les ai rencontrés... J'ai dû me réfugier dans mes mots.

(C'est « aussi » – juste avant, je parlais de mes premières dépressions.)

Je sors vers 19h30, direction Leclerc. Ouais, good, je suis un peu naze, j'ai pas dormi depuis 2 jours. Les mecs m'abordent : "Tu me regardes trop bizarrement, pourquoi ?" Petit badinage, j'arrive à passer mon chemin. Au retour, même chose : "Tu serais pas un peu shootée... ?" Je passe les détails, je sais pas comment je me retrouve dans l'escalier du 17ème étage. J'ai honte, tellement honte ! J'ai envie d'arrêter, de me casser tout de suite. Mais comment échapper à 3 hommes en manque ??? Trop, trop dur. Comment j'ai réussi à me regarder dans la glace, la gorge souillée de leurs semences ? Surtout, pourquoi ai-je recommencé ????? Là, la question reste entière, ou pas vraiment...

De retour dans la rue, c'est le harcèlement moral : "Je vais tout balancer à ta mille-fa", "C'est la dernière fois, t'inquiète !", harcèlement téléphonique... Je les hais. Je les hais de m'avoir fait recommencer, de m'avoir transformée, à leurs yeux, en taspé. Oui, une vraie tass ! J'ai aucun plaisir à ça, mais je dois leur dire que si. Je dois leur dire que j'aime ce que je fais, je dois supporter leur foutre dans ma gorge, je dois supporter leurs prétendus mots doux, je dois supporter tout cela, dans un silence accablant. J'arrive à peine à me retenir de crier quand ils ramènent leurs potes. 5 mecs, qui m'ont construit une réput de tass, 5 mecs que j'ai envie de tuer, 5 mecs qui causeront, sans doute, ma mort. Je ne traîne pas dans cette putain de cité, mais j'y vis, alors les trajets pour aller en cours ou au supermarché deviennent des parcours d'obstacles, et rencontrer l'un des 5 me fais gerber, d'autant plus qu'ils m'abordent, tentent de me faire honte quand je suis avec mes potes. Je suis devenue une tass. Alors quand j'entends Anna (ma sœur) me dire que j'en suis une, j'ai envie de l'étrangler, j'ai envie de lentement la torturer, de voir la vie s'échapper d'elle, avoir un contrôle total sur sa mort. Mais c'est pas à propos... J'avais envie d'avoir un contrôle total sur la mienne, aussi... Mais c'est toujours hors propos, non ?

Une fois K... a réussi à m'entraîner à la Seine. Il paraissait si gentil, avec les plus belles intentions du monde. On a parlé, presque une demi-heure. J'étais amadouée, complètement dans le coltar, je croyais que c'était juste... pour parler. Quand il a commencé à parler de me faire lui faire une "petite gâterie", je me suis dit : "Casse-toi au plus vite, ma fille, sinon même dans ta tête, tu seras une vraie tass !!!" C'est là que j'ai dit non. Non, un point c'est tout.

Pendant longtemps j'avais tellement peur, tellement peur de rencontrer un mec, de traîner trop près de la cité, ou dans des bâtiments inconnus. K... m'avait menacée de "représailles", alors valait mieux que je ferme ma gueule. Ça a été une horreur, de les revoir. Qu'ils me harcèlent, et pire encore, de me regarder dans la glace, regarder mes lèvres, sans repenser à leur bite dans ma bouche ! Comment ai-je fait, je ne sais pas. Je n'étais plus que l'ombre de moi-même. D'ailleurs, je ne suis toujours qu'une ombre. Mais je ne suis plus moi-même. »

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Message aux filles : dire non et s'en sortir

J'ai rien vécu, plus rien. Je me suis mise à trop de choses, je me suis détruite, et je continue encore... Je veux plus vivre, et je sais pas ce que ça a à voir avec cette vie que j'ai tenté de surmonter, avant. Mais je n'ai fait que la subir. C'est pas plus mal, après tout.

Pour la suite... Je voudrais parler de petites fleurs, d'amour, de joie... Mais avant (bah ça m'est quand même arrivé, hein, l'amour et tout et tout !! J'ai que 15 ans !!), y a trop de choses. Entre mes sœurs, et ces mecs, entre le lycée et la rue... Y a trop de choses qui m'ont eue.

Pour toutes ces filles, ces tass qui veulent relever la tête. Oser dire non, à leur tour... Un "grand frère", ça te sert à rien, dans la cité... Même si c'est le boss du coin, t'as pas besoin de te faire trouer pour te faire respecter, parce que t'entreras jamais dans leur clan. Tu seras jamais toi-même !! (Et en plus, même s'ils le disent, ils te filent rien à moitié prix... C'est trop cho !!!)

Alors bah... Toi-même tu sais ce qu'il te reste à faire... TIRE-TOI !!! (Pas une balle... Juste de ce cercle vicieux...)

Ah oui... Désolée, je sais pas où j'ai trouvé l'image pour le paragraphe précédent... Si y a un problème, mailez-moi !!! (Pffffffff francisation grotesque !!)

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erenesse
Rose Nanga @erenesse
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